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Itinéraire d’un lecteur gâté : Dictionnaires et traductions

Huitième épisode

Épisode 8 Podcast

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Cette série d’articles ne serait pas complète si on ne consacrait pas une partie aux dictionnaires et autres traducteurs. En ce qui concerne les premiers, je dirais que dans un sujet consacré à la lecture numérique, il est assez évident qu’on mentionne ces traditionnels volumineux ouvrages qu’il était soit pénible de transporter (je ne sais pas s’il existe encore des écoliers qui ont la charge – au sens propre – de leur épais Larousse écorné), soit impossible de transporter (du temps que j’étais étudiant le Trésor de la langue française tenait en plusieurs volumes. Il fallait alors que je me rende à la bibliothèque pour les consulter). Il va sans dire que le numérique permet d’avoir tout ça dans sa poche. On peut ainsi faire ses recherches à toute heure du jour et de la nuit, alors qu’auparavant, il fallait se rendre à la bibliothèque, attendre éventuellement qu’elle ouvre, croiser les doigts pour que l’ouvrage désiré ne soit pas emprunté.

Quoi qu’il en soit, je vous ferai le détail de ce que ma poche contient d’ici quelques lignes, mais auparavant, il me faut en venir au deuxième point de cet article, les traducteurs. Or ceux-ci n’avaient aucun équivalent dans ma vie analogique. Ils n’existaient tout simplement pas. Google Translate n’était pas seulement un rêve. Ce n’était même pas l’embryon d’une possibilité. C’était tout au plus la fantaisie d’un roman de science-fiction ou un appareil magique digne de Star Trek.

Les dictionnaires

Le petit Robert

La première application que j’ai achetée lorsque j’ai eu mon premier iPad (on devait être en 2012 je crois) a été le Petit Robert. Bien m’en a pris car je bénéficie gratuitement des mises à jour depuis cette année-là, sans que j’aie jamais eu besoin de repasser à la caisse, ce qui ne cesse de m’étonner, tant on s’efforce de vous faire payer et repayer ce que vous avez déjà acheté en ces temps où l’abonnement est la forme de transaction la plus commune. Bref.

Le Petit Robert

Pas grand-chose à dire de son interface certes simple et claire, ni des fonctions qui rendraient l’application absolument indispensable par rapport à sa version papier. On peut bien sûr écouter les mots, ce qui peut s’avérer utile si l’alphabet phonétique reste un mystère pour vous. Reste la recherche intuitive qui peut s’avérer pratique si vous ignorez l’orthographe d’un mot. On a bien l’historique ou la possibilité de créer des favoris, mais rien de transcendant. Rien qui ne permette vraiment de procurer des arguments irréfragables à qui voudrait vous faire abandonner la version papier.

Antidote

Il n’en va pas de même de l’application Antidote qui n’est pas qu’un simple dictionnaire.

Antidote

La première fois que j’ai essayé Antidote, ce n’était d’ailleurs pas tant pour son dictionnaire (le Robert faisait et fait encore largement mon affaire) que pour son correcteur orthographique largement plus puissant que celui intégré au système. En raison des limitations du système de l’iPad, on ne bénéficie pas de certaines fonctions mais on les retrouvera sur la version web.

À ce propos, permettez-moi une petite digression. On dit souvent que les correcteurs orthographiques seraient responsables de la baisse du niveau des compétences d’écriture des élèves, que ceux-ci ne savent pas ou plus écrire, car le correcteur écrit pour eux. Laissez-moi vous compter une tout autre histoire. Quand j’ai acheté Antidote, ce n’était pas tant pour vérifier mon orthographe dont j’étais, en tant que prof de français, plutôt sûr, mais pour m’offrir le confort d’une relecture supplémentaire, une vérification certes, mais pas pour combler mes lacunes, mais plutôt pour m’assurer qu’une éventuelle étourderie n’aurait pas laissé traîner une disgracieuse et humiliante lacune. Or très vite j’ai pris conscience de la nécessité d’acquérir une nouvelle compétence que je n’avais pas et qui se trouvait être la maîtrise de la typographie. Antidote me conseillait en effet d’insérer ici des guillemets français, là un cadratin ou encore une espace (oui, on dit en principe UNE espace) insécable. J’ignorais tout cela et pendant quelque temps, Antidote a suppléé à mon ignorance et puis à force de lire et accepter ses recommandations, je les ai progressivement intégrées à ma pratique et faites miennes. En somme, j’ai appris. Le logiciel m’a servi de béquille, me disant quoi faire jusqu’à ce que je n’en aie plus besoin. Bref, le correcteur corrigeait pour moi, mais se faisant m’a instruit.

Le correcteur d'Antidote

La correction porte donc aussi bien sur l’orthographe, la grammaire que la ponctuation et donc la typographie. Et forcément, on trouve à présent un peu d’intelligence artificielle vous proposant de donner une autre tournure à votre prose, mais c’est pour l’instant bien peu convaincant, et je n’en ai pas grande utilité. Pour l’instant en tout cas.

Un peu d'IA dans Antidote

En fait, j’utilise aujourd’hui beaucoup Antidote pour son dictionnaire anglais. Il est en effet depuis quelques années bilingue. Je n’utilise que peu les autres fonctions. Elles sont pourtant, pour l’amoureux des mots, toutes très intéressantes. On a, par exemple, la possibilité de créer des favoris et parmi ces favoris, des listes que l’on pourra exporter dans un tableur (à partir de là les possibilités d’exploitation sont nombreuses. J’en ai parlé dans Utiliser Google Sheets pour apprendre du vocabulaire).

Les guides d'Antidote

Il y a aussi des guides qui sont de vrais manuels de grammaire. Il y aussi des jeux qui vous permettent de sélectionner un mot au hasard et d’apprendre son étymologie ou l’équivalent du pendu.

L'étymologie dans Antidote

Des jeux dans Antidote

Et aussi

On pourrait installer beaucoup d’autres dictionnaires, mais beaucoup de ceux que j’utilise sont en ligne. En voici une liste non exhaustive.

J’ai tout de même recours au TLFi (le Trésor de la Langue Française informatisé) du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales qui, avec le Petit Robert, est un… eh bien… un trésor, et pour lequel il existe une app offrant une interface plaisante, claire et aérée.

Le TLFi

J’utilise aussi encore parfois le dictionnaire Larousse français anglais qui ne fait malheureusement pas l’objet d’autant d’attention de la part de son éditeur que le petit Robert. Il n’est plus mis à jour et l’interface n’est même plus adaptée au système d’exploitation actuel. C’est malheureusement le lot de nos vies numériques parsemées d’apps moribondes.

Il est quand même un autre Robert qui se partage mon cœur et qui est le Dictionnaire historique de la langue française. Quand je l’ai acheté, celui-ci avait la forme d’un livre dans l’application Books. Le dictionnaire est à présent une application autonome, certes un peu chère, mais deux fois moins que son équivalent papier, ce qui est suffisamment rare pour être noté. Et vous l’aurez compris, ce voyage dans dix siècles d’histoire des mots est bien plus léger et maniable et accessible.

Le Robert historique de la langue française

Les traducteurs

Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Google Translate ou DeepL. En revanche, je vous dirai quelques mots de ce que de telles applications changent à la lecture. Et pour ce faire, je remonterai à nouveau le temps pour évoquer mon passé de lecteur.

Pour tout dire, je ne crois pas avoir été jamais doué pour les langues. Je me souviens bien (au collège ou au lycée) avoir fait l’acquisition d’un dictionnaire anglais et d’ouvrages en édition bilingue (une page en anglais, l’autre, en regard, en français), mais peut-être n’étais-je alors pas prêt à fournir les efforts nécessaires, mais je me souviens bien de mon désarroi et surtout de mon impossibilité de progresser dans ma lecture et dans ma maîtrise de la langue anglaise. Je ne mentionnerai même pas la potentielle utilisation du dictionnaire (unilingue forcément) vous obligeant à quitter votre lecture pour ouvrir ledit dictionnaire. Autant dire que la plus grande flemme me paralysait. Le désarroi que j’éprouvais atteindrait le désespoir quand on nous demanda de lire Absalom, Absalom! de Faulkner, encore que la gageure m’avait valu un bruyant éclat de rire que je ravalais amèrement et silencieusement. Je savais que c’était perdu d’avance.

Tout allait changer avec la Kindle. Cet objet a été pour moi un vrai tremplin pour la maîtrise de la langue anglaise (work in progress here). Et c’est probablement une raison supplémentaire expliquant ma désaffection pour le livre papier qui avait échoué à m’aider, à me supporter (pour emprunter un anglicisme) dans mes efforts pour comprendre la langue de Shakespeare. De surcroit, coincidaient pour moi le besoin d’améliorer mon anglais et l’adoption naissante de la liseuse.

Or, sur un tel objet, non seulement le dictionnaire est à portée de doigt puisqu’il est intégré. Un appui prolongé sur le mot le fait apparaître. Mais si d’aventure, la définition ne vous aide pas à comprendre la phrase (et sincèrement cela m’arrive encore. J’ai cherché tous les mots, et le sens de la phrase continue de m’échapper), alors il vous reste la possibilité de traduire tout en restant dans le livre.

Le dictionnaire dans l'application Kindle
La traduction dans l'application Kindle

L’intégration de la traduction n’est pas l’apanage de la Kindle. On la retrouve dans tout l’OS de l’iPad. Ainsi quand vous lisez une page web, vous pouvez faire la même chose. Vous pouvez obtenir la traduction d’un mot.

Le dictionnaire intégré dans Safari

Comme avec la Kindle, si le dictionnaire ne vous apporte pas l’aide désirée, vous pouvez obtenir la traduction d’une ou plusieurs phrases.

La traduction dans Safari

C’est également toute la page que vous pouvez faire traduire si vraiment la langue de Shakespeare (ou d’un autre) vous rebute. Remarquez que même le texte sur la photo est traduit !

Traduire toute une page dans Safari

Autant dire qu’avec de telles possibilités, on n’a aucune raison de ne pas lire ou de faire l’effort de lire dans une langue étrangère. On aura ainsi abandonné un effort (celui de chercher dans un dictionnaire) pour en fournir un autre (lire un texte dans une autre langue), et c’est souvent cela que permet la technologie : cesser de faire une chose, en somme perdre une compétence, pour en acquérir une autre ou en tout cas pour disposer d’un temps que l’on dévolue à d’autres tâches. L’exemple le plus criant est certainement Google Maps, mais je lui préfère celui de la machine à laver qui, en faisant le boulot pour vous, ne vous transforme pas en grosse feignasse méprisable, mais vous permet de faire autre chose. In fine, la machine à laver, c’est l’essor de la culture (c’est drôle, non ?).

Puis-je dire pour autant que je suis pleinement satisfait ? Que nenni. Pour que je le sois, il faudrait encore que les dictionnaires ou traducteurs soient mieux intégrés au système. Ils le sont déjà, mais ce sont ceux d’Apple qui le sont. Si vous voulez traduire une page, c’est le traducteur d’Apple que vous avez sous la main, mais si vous voulez DeepL, il vous faut quitter ce que vous étiez en train de faire et vous diriger d’un doigt alerte vers l’app idoine, ce qui est souvent la première étape d’un jeu pénible de va-et-vient.

Ce qu’il faudrait, c’est exactement ce qu’Apple a permis avec les claviers (souvenez-vous d’iOS 8). Depuis 2014 donc, vous pouvez télécharger des claviers comme vous le feriez avec des apps et les installer et ainsi les utiliser partout dans le système c’est-à-dire dans l’OS. C’est exactement ce qu’il faudrait pouvoir faire avec les dictionnaires ou traducteurs. Je voudrais, par exemple, convoquer Antidote directement dans l’application Kindle, pouvoir mettre un mot en favori et le retrouver et l’exporter dans des listes que je pourrais manipuler, éditer, exporter, enrichir, etc.

Bref, on commence à comprendre que le lecteur gâté l’est à double sens. Il est gâté comme on l’est quand on est comblé de cadeaux, mais il l’est aussi comme dans l’expression « pourri gâté ». On n’est jamais satisfait et c’est heureux puisque les appareils sur lesquels nous travaillons sont mis à jour à intervalles réguliers. Je ne suis pas bien certain que le souhait d’une telle intégration soit très partagé parmi les utilisateurs d’iOS, mais sait-on jamais.

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Le livre numérique, l’histoire d’un naufrage

Cet article a été, à l’origine, publié sur Medium, il y a quelque temps déjà. Il prenait la forme d’une lettre ouverte destinée aux éditeurs auxquels j’entendais confier mon désarroi concernant l’état du livre numérique. J’y avouais ma déception quant à la négligence dont lesdits éditeurs faisaient preuve à l’égard du livre numérique.

Au moment où cette lettre a été écrite, je dois confesser que je pensais que les choses finiraient par s’arranger. Mais hier (c’est-à-dire deux ans après), j’ai pris conscience qu’il n’en était rien. C’est même pire.

Le livre numérique, état des lieux

Il y a deux ans, donc, une de mes filles m’a dit : « Je n’aime pas trop la liseuse ; je préfère un vrai livre ». Mais qu’est-ce qu’un vrai livre ? Autrefois volumen, devenu codex, transformé en livre de poche, aujourd’hui électronique, l’une de ses formes  peut-elle prétendre définir à l’exclusivité de toute autre ce qu’est un livre ?

En ce qui me concerne, longtemps, j’ai lu sur papier. Longtemps, ma passion pour le numérique a eu pour borne le livre papier. Je n’avais pas alors perçu tout ce qui faisait la richesse du livre numérique. Mais à présent que je le comprends, je ne cesse de lire sur ma tablette, sur mon téléphone ou mieux ma liseuse. Je suis devenu un lecteur avide et je n’aime rien tant qu’indiquer la progression de ma lecture sur Goodreads et voir ce que lisent mes amis.

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Malheureusement, cette ardeur est vite tempérée par le catalogue exsangue que les éditeurs proposent. Lire Si c’est un homme ? Pas possible. Lire Les Mots ? Non plus. Lire Ellis Island ? Vous n’y pensez pas. Lire Enfance de Nathalie Sarraute ? Lire Journal extime. N’y pensons pas non plus. Ni Levi, ni Perec, ni Sartre, ni Sarraute, ni Tournier n’ont vraisemblablement mérité que des éditeurs se livrent à leur première mission, celle de diffuser l’œuvre des écrivains, celle d’être un peu le héraut de ces artistes. Mais, après tout, ils ont bien manqué le rendez-vous avec Proust, Gracq ou Artaud. Alors on n’est pas très étonné de ces lacunes du catalogue que donc, par définition, les éditeurs possèdent pourtant déjà. Ils sont capables de rater deux fois le même rendez-vous.

Alors, on cherche ailleurs. Mais j’y reviendrai…

Si d’aventure on trouve l’ouvrage désiré, que se passe-t-il ? Prenons un exemple. J’ai acheté L’Âge d’homme de Michel Leiris. L’ouvrage est publié par Gallimard. C’est un ePub flambant neuf. Cet ouvrage de 1939 a bénéficié d’une « édition électronique » le 25 janvier 2016 (édition réalisée par Inovcom). Qu’est-ce que ça donne ?

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L’ouvrage, du moins la première partie, est truffé d’erreurs. On trouve les traditionnels guillemets ou points d’exclamation qui se retrouvent tout seuls au début d’une ligne. On trouve des signes de ponctuation qui n’ont rien à faire là où ils se trouvent. Un point ici, un signe de parenthèse là. Et on comprend que le scanne du livre papier n’a pas dû faire l’objet d’une relecture très attentive. Par conséquent, le lecteur achoppe sur des bouts de phrases qui ne veulent rien dire : « clans de telles conditions », « aucun danger de ment », « on petit dire »…

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Dans L’Enfant de Jules Vallès, il y a certes moins d’erreurs (il y en a cependant un nombre important), mais parfois il manque carrément un mot.

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Toutefois, ce qui est bien avec Amazon, c’est qu’on peut signaler les erreurs. Du coup, j’en ai signalé près d’une vingtaine. Évidemment, ces erreurs se retrouvent chez le concurrent. Chez Apple par exemple. Cela me laisse perplexe d’ailleurs. Sachant à quel point ils sont excessivement vétilleux et zélés chez la pomme, je subodore que certains éditeurs bénéficient de passe-droits ou du moins d’une certaine clémence. En ce qui me concerne, Apple a retiré de son store un de mes bouquins pour des erreurs qui n’existaient pas.

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Mais les éditeurs s’en fichent comme de l’an 40 ! La preuve ! Ces deux erreurs sont dans cette édition depuis des années et des années et elles n’ont jamais été corrigées !

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L’ePub, ce mal aimé des éditeurs

En fait, ces éditions électroniques que les éditeurs confient à je ne sais trop qui, elles les indiffèrent un peu ! Assez cruellement, ils vont jusqu’à prétendre qu’il n’y a aucun intérêt à s’intéresser au marché du livre numérique.

En lisant cet article de Numerama, on découvre que ce livre numérique serait même moribond. L’article, dont voici l’en-tête, propose ironiquement un intéressant état des lieux tel que les éditeurs le définissent :

L’ebook va mourir ! Mais si, vous l’avez lu un peu partout dans la presse il y a quelques semaines. Les études le prouvent : le marché du livre numérique serait au point mort quand le livre papier reviendrait en force. Pour certains, l’affaire est pliée, le bon vieux bouquin a gagné et la technologie a perdu. Enfin ça, c’est ce que certains aimeraient croire. Sans doute un peu parce que ça les arrange.

Parce que ça les arrange. C’est exactement ça.

Parce que si le livre numérique se meurt, c’est quasi in utero. Les éditeurs ont pris si peu le temps de le mettre au monde ! On peut le comprendre. Ils sont tellement contents de ce marché à 4 milliards d’euros. C’est le plus gros en France devant le cinéma ou le jeu vidéo. Ils sont plein aux as. Ils parviennent même à faire croire aux gens que le vrai livre s’incarne dans cette reliure de feuillets apparue grosso modo à la Renaissance (bon, d’accord, exit le cuir et le vélin et place au papier recyclé sur lequel l’encre s’efface). Pourquoi investir dans un nouveau modèle ? Pourquoi dépenser de l’argent alors qu’ils en gagnent tant avec un business model déjà bien établi ?

Bien sûr, on le leur a déjà dit, mais n’ayons pas peur de le répéter. Les éditeurs vont mourir. Exactement comme cela s’est passé avec la musique. D’abord, il y aura le piratage. Oh ! Chers éditeurs, ne prenez pas cet air exaspéré ! Le moyen de faire autrement ? Vous croyez que je l’ai lu comment, Enfance de Nathalie Sarraute ? Sincèrement, je préfère acheter mes livres, mais quand ils n’existent pas… Et c’est pareil pour Journal extime de Michel Tournier. D’ailleurs, j’étais prêt à l’acheter en papier. Après trois passages vains chez mon libraire (pas préféré), je suis allé le chercher ailleurs…

Le piratage n’est que la première étape. La seconde est un remplacement. Comme pour les disquaires ou les plateformes n’ayant pas su évoluer, de nouveaux acteurs débarquent sur le marché avec leurs longues dents qui rayent le plancher. Les Spotify ou les Deezer pour la musique. Et pour l’édition ? Eh bien cherchez qui jettera la première pelletée de terre sur le mausolée que les éditeurs se sont confectionné.

Pour ma part, j’ai choisi l’autoédition. Je publie les versions numériques de mon dernier livre chez Apple, Amazon, Kobo, Google Play… Et j’ai même une version papier avec Createspace. Mais je ne suis pas là pour vous parler de mon expérience d’auteur. Je suis là en tant que lecteur. Et je suis un lecteur déçu, c’est-à-dire au sens étymologique trompé. Je me suis bien fait avoir. Je ne vous remercie pas.

Au reste, quitte à trouver des erreurs, je préfère encore télécharger un livre provenant de Wikisource et aider au bien commun en corrigeant les erreurs quand j’en trouve.

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Quand l’édition numérique tourne à la farce

Les ouvrages que l’on peut acheter sont donc de bien mauvaise facture, on vient de le voir. Ce qu’on ne sait pas, c’est que c’est encore pire que ce que l’on peut penser, un peu à l’image de cette reproduction qui, devenue numérique, est vide de sens.

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Mais la dernière acquisition que je viens de faire me laisse quasiment sans voix.

Voici.

La dernière de mes filles vient de finir Les Malheurs de Sophie. C’est une lecture qu’elle a appréciée. Pour prolonger ce plaisir littéraire, on décide de télécharger Les Petites filles modèles. On choisit une édition payante avec des illustrations de Pénélope Bagieu qui nous semble sympathique (Folio Junior).

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Et c’est tout. Je donne la liseuse à ma fille.

Constatant le peu d’engouement de celle-ci, je m’étonne sans plus. Puis, nonchalamment, je regarde où elle en est de sa lecture. Tout d’abord, je suis un peu surpris de la mention d’une 2CV chez la comtesse de Ségur. Et puis l’évidence me frappe ! La couverture est la bonne mais le livre, à l’intérieur, est… tout autre. Il s’agit de La Troisième vengeance de Robert Poutifard ! J’ai acheté Les Petites filles modèles. J’ai la couverture des Petites filles modèles, mais à l’intérieur, c’est La Troisième vengeance de Robert Poutifard  !

Le livre n’est donc pas le bon. Gallimard s’est trompé de livre !

J’avais déjà été déçu par le passé mais là c’est le coup de grâce. C’est désormais l’évidence. Le livre numérique, c’est un naufrage dont les éditeurs sont pleinement responsables.

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Le livre numérique est né au Moyen Âge

Une exposition à la Bodleian Library

En passant à Oxford (que c’est beau !), et au hasard d’une promenade, j’ai eu la chance de voir une exposition sur le livre à la Bodleian Library. Mon attention a tout d’abord été attirée par une vidéo racontant l’incroyable processus de création d’un livre manuscrit. Non pas qu’on y apprenne grand-chose de nouveau, mais cela m’a inspiré quelques réflexions.

On le sait, le livre est un objet incroyablement complexe. L’ensemble du processus rend compte de sa richesse : de l’animal dont on a récupéré la peau, à sa longue préparation (comme le rappelle l’exposition avec humour, « l’animal ne naît pas rectangulaire »), en passant par la constitution de l’encre, la taille de la plume, l’écriture patiente et soignée, les emplacements laissés à l’enlumineur dessinant, peignant à grosses gouttes puis appliquant ses feuilles d’or et, pour finir, le travail de reliure des feuillets à la grosse aiguille et l’épaisse couverture protégeant le tout et souvent accompagné d’un fermoir savamment ouvragé. On voit bien à quel point le livre était un bel ouvrage (désolé pour la tautologie).

Métamorphoses du livre

Naturellement, le livre tel qu’on le connaîtra ensuite tout au long des siècles qui ont suivi la découverte de l’imprimerie subira bien des métamorphoses. Il aura fallu inventer le papier, matière première indispensable pour que les orfèvres travaillant le métal appliquent leur savoir-faire à la création des fontes (lisez L’Apparition du livre de Lucien Febvre et Henri-Jean pour en savoir plus sur le sujet).

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La confection de l’objet connaîtra une nette accélération malgré une confection encore très artisanale pendant des années et des années, et puis, dans les années 1950, on en est arrivé à la démocratisation de la chose. Un jour, le livre est devenu livre de poche. Papier recyclé, colle séchant précocement et cassant, encre s’effaçant au contact du pouce ; objet devenu courant et accessible mais devenu si laid et ayant perdu sa consistance ; il semble à peine le reflet de ses illustres ancêtres.

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Le livre et la nymphe

Ce n’est pas que je regrette que seule une maigre aristocratie ait les moyens de commander et acheter de rares et splendides ouvrages, mais il m’apparaît à présent avec évidence que le livre est un peu comme la nymphe Écho. Malheureuse de ne pas être aimée du beau Narcisse auquel elle ne peut s’adresser, elle dépérit, maigrit et perd son corps pour n’être plus qu’un son. Le livre, aujourd’hui, c’est un peu la même chose. On est passé du superbe objet fait de cuir et de vélin au petit format du Folio et puis il est devenu fichier numérique. Il est presque intangible et ne pèse désormais que quelques kiloctets. À peine. C’est devenu un bien immatériel.

Et vous savez quoi ? Eh bien, c’est tout à fait normal. Ça va dans le sens de l’histoire. Beaucoup de gens expriment leur amour du livre, du papier, de l’objet palpable, lourd et manipulable. Mais cet objet prétendument aimé a commencé à disparaître il y a déjà plusieurs siècles. Précisons dans une parenthèse que je vais très vite refermer que les beaux livres ont trouvé refuge dans les catalogues d’exposition, les livres d’art ou la littérature de jeunesse richement illustrée. Seulement, ce n’est pas la majorité des livres. Notre objet de consommation n’est pas le beau livre. C’est un ersatz qui s’il disparaît un jour face au livre numérique ne saurait vraiment être regretté.

Mais on sait bien qu’il n’y aucune raison pour que le livre même de médiocre qualité disparaisse. C’est même plutôt fortement improbable. Il n’y a d’ailleurs aucune raison de l’opposer à son avatar numérique. Mais ce qui me frappe à présent, c’est combien le livre numérique ressemble à son vénérable ancêtre médiéval. L’exposition que je viens de voir me confirme à quel point le livre ressemble à internet depuis… le Moyen Âge.

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Par exemple (voir ci-dessus), on associe la possibilité de laisser un commentaire au site web ou au blog, mais les manuscrits du Moyen Âge offraient déjà cette possibilité aux lecteurs en insérant une large marge dans laquelle on pouvait inscrire quelques ajouts ou surligner les passages importants pour les futurs lecteurs.

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On voit dans cet ouvrage que l’écriture à plusieurs mains n’était pas l’apanage de Wikipédia. Un livre pouvait être commencé par tel scribe et être poursuivi par tel autre. Un siècle plus tard, un lecteur ajoutait une traduction dans les marges.

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Dernier exemple (ci-dessus) parmi une kyrielle d’autres que je n’ai pas pris en photo : dans cette bible latine, les scribes ont glissé quelques traductions en anglais un peu à la façon d’une Kindle où l’on peut insérer dans les interlignes des traductions pour aider le lecteur à surmonter les difficultés linguistiques.

De fait, je ne saurais finir sans un clin d’œil amusé à tous ces gens — et ils sont légion — qui craignent que le livre disparaisse alors que la parenté du format ePub avec ses prédécesseurs manuscrits est si évidente ! Si l’évolution du livre vous effraie ou vous horripile, apprenez que cette évolution a commencé bien avant votre naissance. En fait, elle était contenue en germe dès la naissance du livre.

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Ralentir travaux fête ses 10 ans 🎂

Cette année, Ralentir travaux a dix ans. Un peu plus d’ailleurs, mais j’ai pris l’habitude de fixer l’anniversaire de ce site web à la date d’achat du nom de domaine et de l’hébergement.

Quelques chiffres

Quelques chiffres pour commencer et surtout pour vous remercier. De 2007 à aujourd’hui, vous avez été 15 millions à vous rendre sur Ralentir travaux. Soyez 15 millions de fois remerciés (c’est une image, hein ! 😃). 15 millions, c’est une estimation parce que je n’ai commencé à utiliser Google Analytics que vers 2009, mais je ne dois pas être loin de la réalité. En tout cas, si j’en crois Google Analytics toujours, Ralentir travaux a été visité (presque) partout dans le monde.

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Un peu d’histoire

On m’a souvent demandé pourquoi j’avais choisi ce titre : Ralentir travaux ? C’est en effet un titre qui évoque davantage la signalisation routière que la poésie. Et pourtant, c’est le titre d’un ouvrage surréaliste écrit par André Breton, Paul Éluard et René Char. J’aimais ces mots qui évoquent le nécessaire ralentissement (en particulier sur ce qu’on avait alors coutume d’appeler les autoroutes de l’information), mais aussi le travail en cours (le fameux work in progress) et évidemment l’écriture à plusieurs. Ce dernier point n’a pu se faire et pendant toutes ces années, Ralentir travaux n’aura eu qu’un seul auteur. Cela devrait changer, mais n’anticipons pas.

À l’origine, Ralentir travaux s’adressait spécifiquement à mes élèves puis son public s’est élargi progressivement. C’était un tout petit site au départ sur lequel je plaçais les cours qui avaient été réalisés en classe. Ce n’était parfois pas bien brillant ni original, mais c’est ce qui avait été réalisé avec les élèves. Il y avait aussi un cahier de textes qui tout d’abord tenait du journal de bord. Par la suite, j’ai voulu rendre les cours plus complets, plus attrayants en les illustrant, en ajoutant un peu d’interaction. Bref, au fur et à mesure, Ralentir travaux s’est enrichi d’un contenu qui dépassait le cadre du travail produit en classe.

L’enseignant apprenant

Réaliser Ralentir travaux a été pour moi un travail particulièrement enrichissant. Pour mettre en ligne certains contenus, il a fallu lire beaucoup, se documenter, se renseigner, demander, résumer, simplifier, rédiger, et partager. Ce dernier point a été l’occasion d’apprendre comment diffuser mon travail et j’ai ainsi découvert le HTML, le CSS, l’ePub, le Markdown, etc. En somme quand je repense à ces dix ans, j’ai le sentiment d’être resté un élève apprenant perpétuellement et ayant des univers entiers à découvrir.

Ces dix années ont été passionnantes. Cependant, nul doute que l’année qui a vu la publication de mon premier manuel fait avec iBooks Author a été une étape importante de mon travail. Toutefois, l’année où j’ai reçu votre soutien pour renouveler mon matériel et produire un énième manuel et passer à une licence libre représente certainement le souvenir qui m’arrache encore quelques larmes.

Tout ce travail m’a amené souvent très loin de mon bureau : Montréal, Londres, Genève, San Francisco… Mais cette bonne claque géographique à ceux qui font une fixette sur le temps d’écran ne vaudrait rien sans toutes ces personnes fascinantes que j’ai eu la chance de rencontrer. Je pense à Ghislain, François (x2), Anne, Evelyne, Véronique, Nicolas, Jacky, Marie, Christophe, Mireille, Julien et tant d’autres que je ne peux nommer sans établir une liste excessivement longue. Votre apport a été inestimable.

Mais dix ans, c’est long. Or mesurer l’évolution de Ralentir travaux durant ces dix (longues) années n’est pas vraiment facile. Pour cette raison, j’aimerais beaucoup avoir votre avis là-dessus : que représente pour vous Ralentir travaux ? Vous a-t-il aidé à un moment ou un autre ? Quelle image en avez-vous ?

Quel avenir ?

Honnêtement, je n’en sais rien. Je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à mon site. Depuis que je suis à Londres, j’ai encore moins de temps. Mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas de projets.

J’ai bien pensé à transformer Ralentir travaux en un wiki accessible à tous. Ce serait la libération ultime de ce site. Ce serait le vôtre. Qu’en dites-vous ?

Cette année, j’ai des lycéens. Ralentir travaux pourrait-il s’ouvrir désormais au lycée ? À voir…

Mais surtout, l’idée de travailler avec vous notamment avec l’objectif de créer un nouveau manuel scolaire libre au format standard ePub est probablement ce qui me tient le plus à cœur.

J’ai aussi très envie de continuer à parler de pédagogie. C’est ce que je voulais faire en ouvrant ce blog Un Centaure à l’école en écrivant ce type d’article. Cela émane en fait de formations que j’ai réalisées et que je réécris pour les publier. C’est assez long à faire, mais, comme à l’accoutumée, passionnant.

Enfin, pour terminer, je ne saurais mettre un terme à cet article sans remercier les deux (seuls) journalistes qui ont jamais apporté un soutien à Ralentir travaux. Je pense à Sandrine Chesnel et Luc Cédelle que je remercie chaleureusement.

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Lettre ouverte aux éditeurs

Le lecteur (Honoré Daumier)
Le lecteur (Honoré Daumier)

Déception

Chers éditeurs,

Comment vous dire ma déception ? Comment à la fois vous parler de ma passion pour le livre et vous donner à comprendre combien celui-ci n’est pas un objet figé dans le temps ? Ou que l’ultime stade de son évolution (en l’occurrence, numérique) ne mérite pas votre mépris ?

Essayons.

Récemment, une de mes filles m’a dit : « Je n’aime pas trop la liseuse ; je préfère un vrai livre ». Mais qu’est-ce qu’un vrai livre ? Autrefois volumen, devenu codex, transformé en livre de poche, aujourd’hui électronique, l’une de ses formes – si l’on veut bien reléguer nos habitudes qui lui transfèrent notre préférence – peut-elle prétendre définir à l’exclusivité de toute autre ce qu’est un livre ?

En ce qui est name concerne, longtemps, j’ai lu sur papier. Longtemps, ma passion pour le numérique s’est bornée aux livres papier. Je n’avais pas alors perçu tout ce qui faisait la richesse du livre numérique.

Mais à présent que je le comprends, je ne cesse de lire sur ma tablette, sur mon téléphone ou mieux ma liseuse. Je suis devenu un lecteur avide et je n’aime rien tant qu’indiquer la progression de ma lecture sur Goodreads et voir ce que lisent mes amis.

Enfance de Nathalie Sarraute
Enfance de Nathalie Sarraute

Malheureusement, chers éditeurs, cette ardeur est vite tempérée par le catalogue exsangue que vous proposez. Lire Si c’est un homme ? Pas possible. Lire Les Mots ? Non plus. Lire Ellis Island ? Vous n’y pensez pas. Lire Enfance ? Lire Journal extime ou Black boy ? N’y pensons pas non plus. Ni Lévi, ni Perrec, ni Sartre, ni Sarraute, ni Tournier, ni Wright n’ont vraisemblablement mérité que des éditeurs se livrent à leur première mission, celle de diffuser l’œuvre des écrivains, celle d’être un peu le héraut de ces artistes. Mais, après tout, vous avez bien manqué le rendez-vous avec Proust, Gracq ou Artaud. Alors on n’est pas très étonné de ces lacunes à votre catalogue (que donc, par définition, vous possédez déjà). Vous êtes capables de rater deux fois le même rendez-vous.

Alors, on cherche ailleurs. Mais j’y reviendrai…

Si d’aventure on trouve l’ouvrage désiré, que se passe-t-il ? Prenons un exemple. Je viens d’acheter L’Âge d’homme de Michel Leiris. L’ouvrage est publié par Gallimard. C’est un ePub flambant neuf. Cet ouvrage de 1939 a bénéficié d’une « édition électronique » le 25 janvier 2016. Qu’est-ce que ça donne ?

L'Âge d'homme, Folio (Gallimard)
L'Âge d'homme, Folio (Gallimard)

L’ouvrage, du moins la première partie, est truffé d’erreurs. On trouve les traditionnels guillemets ou points d’exclamation qui se retrouvent tout seuls au début d’une ligne. Je ne vous ferai pas la leçon sur les différentes espaces que vous devriez utiliser. On trouve des signes de ponctuation qui n’ont rien à faire là où ils se trouvent. Un point ici, un signe de parenthèse là. Et on comprend que le scanne du livre papier n’a pas dû faire l’objet d’une relecture attentive. Par conséquent, le lecteur achoppe sur des bouts de phrases qui ne veulent rien dire : « clans de telles conditions », « aucun danger de ment », « on petit dire »…

L'Âge d'homme, Folio (Gallimard)
L'Âge d'homme, Folio (Gallimard)

Dans L’Enfant de Jules Vallès, il y a certes moins d’erreurs (il y en a cependant un nombre important), mais parfois il manque carrément un mot.

L'Enfant de Jules Vallès
L'Enfant de Jules Vallès

Ce qui est bien avec Amazon, c’est qu’on peut signaler les erreurs. Du coup, j’en ai signalé près d’une vingtaine. Non, non, ne me remerciez pas. Évidemment, ces erreurs se retrouvent chez le concurrent. Chez Apple par exemple. Cela me laisse perplexe d’ailleurs. Sachant à quel point ils sont excessivement vétilleux et zélés chez la pomme, je subodore que certains éditeurs bénéficient de passe-droits ou du moins d’une certaine clémence. En ce qui me concerne, Apple a retiré de son store un de mes bouquins pour des erreurs qui n’existaient pas. Vous allez en prendre plein la tronche quand ils vont s’en apercevoir…

Signaler des erreurs sur une Kindle
Signaler des erreurs sur une Kindle

Ah ! mais non ! Suis-je bête ! Vous en fichez comme de l’an 40 ! La preuve ! Ces deux erreurs sont dans cette édition depuis des années et des années et elles n’ont jamais été corrigées !

L'Île au trésor, Livre de Poche (Hachette)
L'Île au trésor, Livre de Poche (Hachette)

L’ePub, ce mal aimé des éditeurs

En fait, ces éditions électroniques que vous confiez à je ne sais trop qui, elles vous indiffèrent un peu ! Assez cruellement, vous allez jusqu’à prétendre qu’il n’y a aucun intérêt à s’intéresser au marché du livre numérique.

En lisant cet article de Numerama, on découvre que ce livre numérique serait même moribond. Bien sûr le pure player de Guillaume Champeau n’y est pour rien. Son article, dont voici l’en-tête, propose un intéressant état des lieux :

L’ebook va mourir ! Mais si, vous l’avez lu un peu partout dans la presse il y a quelques semaines. Les études le prouvent : le marché du livre numérique serait au point mort quand le livre papier reviendrait en force. Pour certains, l’affaire est pliée, le bon vieux bouquin a gagné et la technologie a perdu. Enfin ça, c’est ce que certains aimeraient croire. Sans doute un peu parce que ça les arrange.
Parce que ça les arrange. C’est exactement ça.

Parce que si le livre numérique se meurt, c’est quasi in utero. Vous avez pris si peu le temps de le mettre au monde. On peut le comprendre ! Vous êtes tellement contents de ce marché à 4 milliards d’euros. C’est le plus gros en France devant le cinéma ou le jeu vidéo. Vous êtes plein aux as. Vous arrivez à faire croire aux gens que le vrai livre s’incarne dans cette reliure de feuillets apparue grosso modo à la Renaissance (bon, d’accord, exit le cuir et le vélin et place au papier recyclé sur lequel l’encre s’efface). Pourquoi investir dans un nouveau modèle ? Pourquoi dépenser de l’argent alors que vous en gagnez tant avec un business model déjà bien établi ?

Oh ! J’y pense ! On vous l’a déjà dit, mais n’ayons pas peur de le répéter : vous allez mourir. Exactement comme ce qui s’est passé avec la musique. D’abord, il y aura le piratage. Oh ne prenez pas cet air exaspéré ! Le moyen de faire autrement ? Vous croyez que je l’ai lu comment, Enfance de Nathalie Sarraute ? Sincèrement, je préfère acheter mes livres mais quand ils n’existent pas… Et pareil pour Journal extime de Michel Tournier. D’ailleurs, j’étais prêt à l’acheter en papier. Après trois passages vains chez mon libraire (pas préféré), je suis allé le chercher ailleurs…

Le piratage n’est que la première étape. La seconde est un remplacement. Comme pour les disquaires ou les plateformes n’ayant pas su évoluer, de nouveaux acteurs débarquent sur le marché avec leurs longues dents qui rayent le plancher. Les Spotify ou les Deezer pour la musique. Et pour l’édition ? Eh bien cherchez qui jettera la première pelletée de terre sur le mausolée que vous vous êtes confectionnés.

Pour ma part, j’ai choisi l’autoédition. Je publie les versions numériques de mon dernier livre chez Apple, Amazon, Kobo… Et j’ai même une version papier avec Createspace. Mais je ne suis pas là pour vous parler de mon expérience d’auteur. Je suis là en tant que lecteur. Et je suis un lecteur déçu, c’est-à-dire au sens étymologique trompé. Je me suis bien fait avoir. Je ne vous remercie pas.

Je n’achève pas avec une quelconque formule de politesse. Je sais que vous ne me lirez pas et si vous le faisiez, vous accueilleriez ma prose avec un rictus de condescendance. Après tout, vous êtes capable de tout, y compris de publier cela dans une version numérique…

L'Univers expliqué à mes petits-enfants, Édition du Seuil
L'Univers expliqué à mes petits-enfants, Édition du Seuil

P.-S. Si vous pouviez quand même corriger les fautes d’orthographe et les fautes de frappe des éditions que j’ai achetées, cela me ferait infiniment plaisir.

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Umberto Eco et le livre indépassable

La mort d’Umberto Eco me plonge dans une insondable tristesse. Cet auteur et son Lector in fabula m’accompagnent depuis près de 30 ans et j’aurais voulu le remercier ne serait-ce que pour son œuvre romanesque.

Je voulais donc écrire un hommage à l’un de mes écrivains préférés, et finalement je ne produirai que cette petite réflexion sur le livre numérique basée sur ces mots d’Umberto Eco.

Vous affirmez : « Le livre a fait ses preuves. On ne peut rien inventer de mieux. » Mais au fond, qu’est-ce qu’un livre ? Un objet ? Des pages à lire ? Un support ? Un texte ? Le livre, c’est une série de pages de texte et/ou d’images réunies ensemble par quelque truc technique qui rend possible le feuilletage. Voilà la structure du livre. Que les pages soient en parchemin ou papier de bois comme aujourd’hui, cela n’a pas d’importance. Et si les pages sont numériques et se feuillettent sur un écran ? Nous restons dans la structure du livre. L’e-book, sur lequel le feuilletage est possible, a beau se présenter comme une nouveauté, il cherche à imiter le livre. Dans une certaine mesure seulement, puisque, sur un point au moins, il ne peut l’égaler : le livre de papier est autonome, alors que l’e-book est un outil dépendant, ne serait-ce que de l’électricité. Robinson Crusoé sur son île aurait eu de quoi lire pendant trente ans avec une bible de Gutenberg. Si elle avait été numérisée dans un e-book, il en aurait profité pendant les trois heures d’autonomie de sa batterie. Vous pouvez jeter un livre du cinquième étage, vous le retrouverez plus ou moins complet en bas. Si vous jetez un e-book, il sera à coup sûr détruit. Nous pouvons encore aujourd’hui lire des livres vieux de cinq cents ans. En revanche, nous n’avons aucune preuve scientifique que le livre électronique puisse durer au-delà de trois ou quatre ans. En tout cas, il est raisonnable de douter, compte tenu de la nature de ses matériaux, qu’il conserve la même intensité magnétique pendant cinq cents ans. Le livre, c’est une invention aussi indépassable que la roue, le marteau ou la cuiller.

Le livre, un objet indépassable ?

Cet extrait de Télérama présente le livre (papier) tel qu’il existe aujourd’hui comme un objet indépassable.

Autant je peux comprendre qu’un tel objet présente une perfection qu’un demi-millénaire (prenons pour date de départ l’apparition des incunables) n’a cessé de peaufiner, autant j’ai un peu de mal à considérer que le livre est désormais un objet figé dans le temps qui ne saurait être dépassé. Si le livre a quitté son berceau (jeu de mots inside), il n’est pas encore mort au point qu’on puisse faire sa nécrologie et dater son âge d’or. Cela d’autant plus que le livre numérique est encore bien jeune pour se prononcer sur sa durée de vie ni même affirmer qu’il ait atteint un degré de maturité tel qu’il puisse rivaliser avec ses illustres prédécesseurs. Surtout qu’Eco le présente face aux inventions qui sont le fondement de la civilisation comme la roue ou… la cuiller (orthographe non rectifiée), symbole d’un raffinement parvenu à son degré ultime de raffinement, un raffinement que nul numérique ne parviendra à augmenter.

Je trouve aussi que l’évocation de Robinson Crusoé ou de la chute du 5e étage sont des arguments un peu spécieux. Je peux comprendre que n’avoir pas à brancher un livre et donc ne pas être dépendant de l’électricité est un atout pour le bon vieux livre sur papier. En revanche, on ne peut pas prétendre se retrouver dans la même situation que Robinson Crusoé (homme du passé) et se trouver dans une situation embarrassante liée aux aléas du monde moderne sans un minimum de mauvaise foi : échouer sur une île comme notre Robinson ne peut arriver qu’à un commerçant du XVIIIe siècle. D’ailleurs le vrai Robinson a demandé lui-même à être débarqué… Gageons qu’aujourd’hui les seuls Robinson sont des volontaires et qu’ils partiront avec une batterie solaire. En fait, l’argument d’Eco m’évoque une institutrice que j’avais eue au CM1. Elle avait regardé avec mépris ma montre à cristaux liquides et déclaré que s’il y avait une guerre nucléaire, on ne saurait plus lire l’heure. Je crois que c’est la première fois que j’ai éprouvé du mépris pour la parole d’un enseignant. L’argument du “si vous étiez ou s’il arrivait” est devenu pour moi l’exemple même de la faiblesse argumentative. Car il faut reconnaître que la guerre n’est jamais arrivée et que Ravage est resté un roman et que j’ai toujours de l’électricité tout le temps, partout où je vais (il est vrai que je n’ai pas grand-chose du baroudeur qui de toute façon ne s’encombre pas de lourds volumes dans son sac à dos).

Quant aux autres arguments avancés par l’auteur du Pendule de Foucault, ils ne me semblent pas plus convaincants. Je ne suis pas trop sûr de comprendre ce qu’Eco entend par “intensité magnétique”. Pense-t-il à la longévité des supports comme les disquettes ou les disques durs ? L’homme le sait, il en a fait l’expérience : il importe de procéder à des sauvegardes régulières tenant compte de l’évolution des supports.

Qu’adviendra-t-il du livre électronique dans quelques années ? Pas grand-chose : existant la plupart du temps au format texte – un format incassable, incorruptible, incontournable – il perdurera encore longtemps. Il n’y aura qu’à l’adapter aux évolutions du marché, des supports, des formats…

“Pourquoi voudriez-vous que le livre disparaisse face au texte numérique ?”

De toute façon, comme Eco le dit lui-même dans N’espérez pas vous débarrasser des livres, “Ceci ne tuera pas cela” et le livre numérique ne tuera pas le livre papier. Le XXIe siècle, ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est les deux.

D’ailleurs Umberto Eco ne dit pas autre chose :

[…] le livre de Gutenberg est encore là. Et je peux sans me tromper affirmer qu’il me survivra… et à vous aussi. L’e-book peut éliminer certains genres de livres ou de documents : les quarante volumes d’encyclopédie qui nécessitaient une pièce de plus dans les appartements, c’est sûrement terminé… Il fera disparaître les scolioses de nos enfants qui traînent sur leur dos des kilos de manuels scolaires. Ils auront Molière, la grammaire, sur leur ordinateur portable. Mais rien n’éliminera l’amour du livre en soi. La photographie a changé l’inspiration des peintres, mais elle n’a pas tué la peinture, ni la télévision le cinéma. Pourquoi voudriez-vous que le livre disparaisse face au texte numérique ? Les gens aiment bien se faire peur aujourd’hui en imaginant des catastrophes radicales. Ils ont envie d’un peu de scandale !

Mais on peut se demander si le livre numérique est encore un livre. Google (encore et toujours lui) l’expérimente en publiant des livres unprintable.

De plus, toute innovation s’accompagne d’une reproduction du modèle ancien, raison pour laquelle on retrouve la métaphore de la page que l’on peut aisément faire disparaître et qu’Apple (qui a pourtant breveté la chose) n’a pas manqué de s’en débarrasser dans ses ouvrages faits avec iBooks Author.

Enfin, je trouve que la parenté du livre numérique avec son illustre prédécesseur peut être remise en question. Le livre subit des métamorphoses que l’on a encore de la peine à mesurer. Il en est une qui me fascine. Quand je lis un livre sur ma Kindle, j’ai accès en permanence à plusieurs dictionnaires, à l’encyclopédie Wikipédia et même à une traduction qui est une véritable application dans l’application. En somme, le livre numérique n’est plus un livre. C’est une petite bibliothèque en lui-même et rien que ça me fait dire que l’objet indépassable est sinon dépassé du moins considérablement enrichi. Mais si vous voulez en savoir davantage sur ce qu’est la lecture de nos jours, j’ai écrit tout un article sur le sujet.

Reste qu’on ne saurait demander à un vieillard de tomber en pâmoison devant toutes les merveilles du monde moderne. C’est la raison pour laquelle Umberto Eco pouvait affirmer ce genre de choses :

Mais après tout, il en allait de même avec Michel Tournier ou Claude Lévi-strauss. Tous deux tenaient parfois des propos qui montraient leur peu de goût pour ce monde qu’ils allaient quitter. Et puis pour finir, je rappellerai ce mot qu’Umberto Eco aimait à rappeler lui-même : “Même Homère somnole parfois” et on ne peut pas en vouloir au grand homme (lequel a bien peu somnolé) qui vient de décéder et qui donne une fois de plus raison à Jean-Paul Sartre :

« Dieu sait si les cimetières sont paisibles : il n’en est pas de plus riant qu’une bibliothèque. »

Reqiescat in pace, Umberto. Tes livres m’accompagneront longtemps, qu’ils soient sur papier ou sur ma liseuse.

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10 propositions pour le numérique à l’école

De nombreuses personnes s’accordent à dire qu’il faut enseigner le code à l’école (j’en ai déjà parlé ici), mais certains vont jusqu’à prétendre qu’il faudrait enseigner le PHP dès l’école primaire :

Le pire est que l’incongruité d’une telle proposition ne choque pas plus de gens que ça (ou pas assez pour que plus jamais personne ne dise un truc pareil), et qu’il ne vient pas à l’esprit de ceux qui l’affirment qu’on ne saurait coder sans savoir un minimum d’orthographe qui plus est dans une langue qui n’est pas la nôtre ni sans un minimum de bagage informatique.

Mais il y a pire. On voit bien que ce souci de déterminer ce qui doit être transmis à l’école ne s’accompagne d’aucune réflexion sur les valeurs à transmettre, d’aucune signification autre qu’économique. Je crois comprendre qu’on veut des générations de codeurs parce qu’on trouve sexy l’image du hackeur ou du développeur et que si en plus celui-ci a un côté californien fortuné, ça n’en est que meilleur pour la France et nos égos.

Mais c’est précisément de cette image et surtout de cette école dont je ne veux pas. Comprenez-moi bien : j’appelle le numérique de toute mon âme, mais je refuse de céder à une vulgate complètement irréaliste. J’ai beau le crier sur tous les toits, ça ne sert à rien (il faut dire que mon audience n’est pas bien large). Mais surtout il m’apparaît qu’il faut absolument que je définisse ce qu’est pour moi le numérique à l’école. J’avais déjà fait un modeste galop d’essai.

Je reprends ici avec dix propositions qui fondent ma conception de l’école numérique.

L’élève est un écrivain

Le numérique, c’est le retour à la case Gutenberg. Nos enfants se doivent donc d’écrire et d’écrire beaucoup dans des situations très diverses : ils tweetent, mettent à jour leur statut, ils bloguent, ils ont peut-être un journal (quelle merveilleuse application que Day One), ils notent (avec Evernote, OneNote, Keep, etc.), ils rédigent pour l’école (sur leurs copies numériques), ils font des livres eux-mêmes avec un simple traitement de texte (et l’extension idoine) ou une app comme Bookcreator, ils participent à une encyclopédie libre et gratuite, ils m’écrivent à moi, leur professeur (via le mail, le chat, l’ENT…), etc.

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Jamais un enfant n’a eu autant besoin de maîtriser les codes de l’écrit, de la typographie et de l’orthographe. Il doit avoir du style (au double sens du terme : il use les styles de son traitement de texte et possède une belle plume). Aussi doit-il savoir utiliser dictionnaires numériques et logiciels d’aide à la rédaction. Antidote est l’application rêvée pour cette maîtrise du langage. On sait qu’une simple faute d’orthographe dans un tweet peut vous faire devenir la risée du pays tout entier. Quelques personnalités politiques l’ont récemment expérimenté.

L’élève est polyglotte

Depuis cette année, Antidote nous aide à mieux écrire non seulement en français mais en anglais. Or j’ai coutume de dire à mes élèves que se couper de l’anglais, c’est se couper d’une partie considérable du web, cette invention et (quasi) propriété américaine. Il existe tant d’informations disponibles en anglais et uniquement en anglais ! Et il existe de si belles applications pour l’apprendre que ce serait un crime de s’en passer. En voici deux : Babbel et English Central. Mais on peut aussi évoquer Pilipop ou Duolingo, non limités à l’anglais.

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Mais comme la Chine est le nouveau territoire de jeu des entrepreneurs, je suppose qu’il est temps de proposer l’apprentissage de cette langue. Sur votre clavier virtuel, vous avez déjà le clavier (les claviers) nécessaire(s). Quelle que soit la langue que vous choisirez, pourquoi ne pas utiliser Skype in the classroom ? Vous pouvez même jouer au Mystery Skype et trouver une classe dans le monde entier.

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L’élève est un grand lecteur

J’ai récemment écrit un article sur le sujet, Qu’est-ce que lire au XXIe siècle ? C’est un enjeu majeur tant il est vrai que l’accès au savoir est conditionné par cette compétence. Mais surtout on lit partout, tout le temps. Les fichiers numériques (le PDF, le doc, l’odt, le html, l’ePub…) sont commencés ici et terminés là. L’acte de lire s’est même complexifié. C’est devenu presque un art à part entière que de savoir user de toutes les fonctionnalités liées au livre numérique : dictionnaire intégré, possibilité d’annoter, d’affiner sa recherche, etc.

Mais il n’y a pas que le livre : lire sur le web est une pratique quasi inconnue de nos élèves. Combien savent ce qu’est un agrégateur de contenus ? Ce qu’est un fichier XML ? Un flux RSS ? Qui connaît Instapaper ou Pocket ? Combien savent garder, ordonner, retrouver les notes de leur lecture ? Combien savent les partager ?

L’élève est un être sociable

Le numérique est une invitation à la promiscuité, au vivre ensemble (comme on dit si mal), à la sociabilisation. L’élève partage et en tire grand bénéfice. S’il lit (même un tweet), il le partage. Il écrit tout un livre ? Il le diffuse sur Wattpad. Il développe des connaissances ? Il les offre au regard d’autrui. Il les publie, par exemple sur Vikidia, et comprend que l’écriture peut-être collaborative. Il l’a découvert sur un Pad, il approfondit cette compétence en écrivant pour et avec autrui.

D’ailleurs mon élève ne travaille plus jamais seul. Le numérique n’est pas une invitation à se replier sur soi et sa machine. Il travaille avec les autres. Il apprend à déléguer, à s’organiser, à faire confiance aux autres, à responsabiliser le réfractaire, à demander de l’aide aux autres.

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L’élève va vers l’autre. Il participe à différents projets que seul le numérique a rendu possibles : il crée une web radio, une web TV, des podcasts, etc. Il interviewe des enseignants, des sportifs, des artistes et mobilise de nombreuses compétences pour arriver à ses fins. Il sait enregistrer, travailler le son, utiliser des bruitages et agrémenter son travail d’une musique. C’est précisément ce que nous faisons aussi avec les audiobooks. C’est un bel exemple de travail collaboratif. Je vous en reparlerai.

L’élève communique

Il est sur les réseaux sociaux et sait que sa parole l’engage. Il diffuse tous azimuts et connaît les moyens de le faire. De ce point de vue, il sait donc écrire et en sait suffisamment pour créer son propre blogue. Mais il sait aussi user de tous les moyens que l’on connaît : les QR-Codes, la réalité augmentée n’ont rien pour lui d’inédit.

Son quotidien en est envahi et, comme chez Marie Soulié, les murs de sa classe parlent. L’information est partout et il contribue à la transmettre.

La Twictée est à ce propos un enjeu intéressant. On fait d’une pierre deux coups en enseignant aux enfants l’orthographe tout en les enjoignant à partager ce travail, à aider les autres et à prendre confiance en eux. Ils ont ainsi franchi des frontières, au sein même de leur propre classe, puisque l’on communique avec d’autres classes aux quatre coins du globe.

L’utilisation d’Edmodo donne un souffle nouveau aux bonnes vieilles correspondances et les échanges d’un continent à l’autre sont devenus monnaie courante. L’univers de mon élève n’est plus la classe, c’est la planète tout entière. Avec sa photo de profil (sa PP comme on dit), il se présente par delà les mers.

Mais il ne communique pas seulement, il transmet comme les élèves de @Jul_Dum ses connaissances aux élèves de primaire :

Nos élèves réinvestissent l’expérience de décantation et de filtrage de l’eau qui est au programme de 5e. Ils se mettent par groupes, refont l’expérience vue en classe avec leur professeur (c’est au programme de 5e) et prennent de nombreuses photos. Ils les trient ensuite, les annotent, et réalisent un tutoriel avec l’application BookCreator (1 tutoriel par groupe).
Le tutoriel finalisé, ils établissent collectivement une grille d’évaluation et reprennent si besoin leur tutoriel en fonction de celle-ci. Les élèves de primaire viennent ensuite au collège (c’est prévu pour après les vacances) pour réaliser l’expérience eux-mêmes. Ils sont répartis par groupe et ont pour seule aide l’un des tutos de nos 5e. Ils doivent refaire l’expérience étape par étape et de préférence la réussir. Les auteurs du tutoriel qu’ils ont en main les suivent à distance pendant ce temps et constatent ou non les failles de leur travail : les primaires arrivent-ils à bien sélectionner/utiliser le matériel ? ont-ils bien toutes les étapes ?

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L’élève manipule l’image

L’élève a acquis une compétence en la matière qui force l’étonnement. Via Instagram ou Snapchat, il cadre et applique des filtres autrefois réservés à quelques happy few (souvenez-vous de la déclaration du fondateur d’Instagram : “All Instagram did was take the creative tools that the pros have been using and put them in the hands of the masses”, cité par Clive Thompson in Smarter than you think). Il sait souligner les détails et enregistrer la frêle beauté d’un moment.

Il sait produire un bon mash-up capable de susciter le rire sur des questions d’actualité. Il use à foison des gifs animés qui sont devenus également un moyen de communication (beaucoup plus difficiles à filtrer que les textes, rappelle également l’auteur de Smarter than you think, raison pour laquelle ils sont si utilisés dans certains pays comme la Chine).

Ces quelques exemples sont même des invitations à repenser notre rapport à l’élève ou à notre pédagogie…

L’élève produit ses propres tutoriels sur YouTube (voir ces vidéos sur l’utilisation de Scratch ou encore le travail des élèves de Naïma Horchani Carton). Il sait ce qu’est un logiciel de montage vidéo et connaît différents formats (et pas seulement du .wma ou de l’.avi). Mais pour faire de la vidéo, combien il est important de persuader ces jeunes élèves qu’il faut accepter sa voix et son corps, qu’il faut accepter de se mettre en avant, face à une caméra. Que de compétences sont ainsi à créer ! Rien que pour faire une vidéo en classe, il faut acquérir les connaissances, organiser ses idées, écrire le script, (se) filmer, monter le film puis diffuser et partager.

J’ajouterai que le numérique permet de montrer des élèves osant se mettre en scène le temps d’une vidéo, de façon isolée et qui n’auraient jamais osé le faire face à toute une classe. Un enseignant à Londres me montrait récemment de jeunes et timides élèves acceptant de chanter face à la caméra. L’an dernier, je découvrais combien ces élèves étaient talentueuses :


De la même façon, j’aimerais mettre en place ce travail : à la fin de l’année, chaque élève de ma classe devra faire un talk. En public, il présentera le sujet de son choix, en s’appuyant sur un diaporama (type PowerPoint) pour évoquer le sujet de son choix. Merci @Ipenou pour cette idée !

L’élève est conscient des enjeux liés au droit

Mon élève sait qu’il a une responsabilité, une responsabilité d’autant plus grande qu’il est conscient des abus liés au droit d’auteur. Mais de la même façon qu’il partage, il est sensible à la culture du libre, des notions de standard, d’honnêteté et de propriété intellectuelle. Si celle-ci est inaliénable, il est conscient qu’un enjeu plus vaste le dépasse et contribue à l’enrichissement du bien commun. Il sait donc ce que signifient les Creative Commons et sait utiliser le travail des autres sans se livrer à un pillage que d’aucuns ne manqueraient pas de lui reprocher. Mon élève sait que ce qu’il écrit sur Vikidia est lu, et remarqué, commenté et supprimé s’il contrevient aux règles. Il sait que le plagiat est une bien vilaine chose.

L’élève est un chercheur

Mon élève est un infatigable chercheur et il connaît les techniques liées à une bonne et efficace recherche. Il sait utiliser non pas un mais plusieurs moteurs de recherche et affiner sa recherche en recourant à tous les outils mis à sa disposition (que ce soit en sélectionnant telle ou telle option mais aussi en recourant à quelques éléments comme des opérateurs booléens).

Il sait aussi remonter à la source d’une info, d’une image et ne s’en laisse pas compter par toutes les rumeurs.

Il ne me regarde pas comme si j’étais Dieu lorsque je lui indique ce qu’on peut faire et surtout trouver d’un simple crtl + f. À ce propos, il sait taper sur un clavier. À lui les joies de la dactylographie. Il est hors de question de le voir continuer à taper à deux doigts (grand maximum).

Et, comme un vrai codeur, il a les mains rivées sur le clavier, usant de tous les raccourcis possibles et imaginables.

L’élève code (un peu)

Cet apprentissage du code est passionnant, mais je suis persuadé qu’un usage précoce serait contreproductif, en tout cas au primaire voire au collège. Bon, si vous faites une fixation sur Scratch, je ne peux plus rien pour vous, mais si vous voulez bien comprendre qu’un élève n’a aucune idée qu’un logiciel peut être autre chose que WYSIWYG, vous comprendrez que l’urgence n’est pas à la notion de variable ni même de programmation. Encore qu’on pourrait envisager une sélection précoce des enfants : les littéraires d’un côté, les scientifiques de l’autre, mais ce n’est pas ce qu’on veut. On veut des scientifiques qui ont des idées, des scientifiques littéraires en somme, des ingénieurs sachant s’exprimer et développer des projets.

À cet effet, je crois que le plus urgent est que les élèves voient ce qu’il y a derrière le rideau (the man behind the curtains). La syntaxe wiki me semble une excellente initiation et on peut embrayer sur le Markdown puis le HTML. À partir de là, la voie est ouverte. Même le CSS intègre désormais des variables, mais je reste persuadé que cet usage doit se développer au lycée.

L’élève fait usage de la machine

Mais avant même que l’enfant devienne un petit codeur, il lui faut un minimum de connaissances. De la même façon qu’on a conçu le socle commun censé représenter (à la fin de la scolarité) le minimum obligatoire, il faudrait concevoir un bagage informatique nécessaire. Pour commencer, je suis toujours surpris de constater que, année après année, les élèves confondent toujours navigateur et moteur de recherche. Ils ne savent pas ce qu’est un client mail, n’ont jamais entendu parler de système de fichiers, ignorent probablement ce qu’est un OS (a fortiori souverain) ; URL, DNS sont des acronymes abscons, etc. Mais reconnaissons qu’ils le sauraient s’ils manipulaient tout cela un peu plus souvent. Pour l’heure, j’ai vu beaucoup d’élèves incapables d’enregistrer un fichier, incapables de le retrouver, incapables de le transmettre… Entendons-nous bien. Je ne les accuse pas d’une nullité déplorable. Je constate simplement que certains élèves ont développé des connaissances très spécifiques (par exemple, jouer aux script kiddies), mais ont une connaissance très vague de principes de base. Ce sont des autodidactes à l’école !

Finalement, ce dont ils ont besoin, c’est d’une pratique régulière de l’ordinateur (ou de la tablette ou du smartphone). Cette pratique, non pas pour elle-même, mais pour produire l’un ou l’autre contenu signalé ci-dessus dans cet article.

Quoi qu’il en soit, vous l’aurez compris, mon élève initié au numérique est un humaniste : faire preuve de jugement, savoir s’exprimer à l’aide de différents médias, défendre des idées de partage, participer au développement de projets communs, devenir altruiste… Voilà les objectifs que je propose.

Parce qu’ “Il y a de l’humain derrière l’algorithme”, explique Jean-Baptiste Casaux à propos de l’application Citymapper, il est important que l’école formule ses priorités. Il ne saurait être question de coder pour coder. L’algorithme peut bien attendre. Si l’on met celui-ci au centre de l’apprentissage, l’humain s’en désintéressera. Pourquoi voulez-vous que l’algorithme intéresse davantage des enfants que la SVT ou la 3e république ?

Avouez que tout cela est un peu plus excitant que de faire bouger une tortue en Logo (poke @Phitassel). Ne recommençons pas les mêmes erreurs…

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Qu’est-ce que lire au XXIe siècle ?

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On sait que pour beaucoup de gens le débat sur la lecture s’articule autour de cette question : livre numérique ou livre papier ?

Pour ma part, reprenant la formule de Victor Hugo, j’affirme que ceci ne tuera pas cela. Les deux coexistent et l’on voit mal pourquoi une nouveauté (le livre numérique) aurait pour corollaire la disparition de l’ancien (le livre papier). Dans le cas contraire, on doit avoir une conception assez radicale de la culture… On a vu qu’internet n’avait pas tué la télé qui n’avait pas tué la radio qui n’avait pas tué la presse… Il en va de même de tout un tas de choses. Par exemple, la voiture, le train ou l’avion n’ont jamais détruit les autres moyens de transport que sont la marche ou le vélo. Et on comprend bien pourquoi et je ne vous ferai donc pas l’insulte d’une explication.

Il en va de même des livres parce que, outre des considérations purement subjectives qu’on ne saurait s’interdire de prendre en compte, de nouveaux modes de lecture peuvent n’avoir pas plus d’intérêt, dans certaines situations, que prendre l’avion pour aller chercher son pain dans la ruelle d’à côté.

Mais, dans certains cas précis, le numérique permet un mode de lecture nouveau que ne permettait pas le papier. C’est ce petit tour d’horizon que je vous propose. Cependant, je n’évoquerai pas tout ce qui peut entourer et parfois étouffer le texte, à commencer par l’image qui peut même devenir animée ou interactive, la vidéo, l’audio, les quiz, etc. Non, en fait, ce qui m’intéresse ici, c’est bien l’acte de lire en lui-même et surtout pas la débauche de moyens techniques qui vous éloigne du mot.

iBooks

Ma première expérience numérique de la lecture (j’entends par là celle d’un vrai livre) fut iBooks sur iPad. Je n’ai donc pas grand-chose d’un précurseur. Longtemps, mon horizon numérique a eu pour borne la littérature puisque l’accès à celle-ci était toujours cantonné au seul papier. En fait, je n’aimais pas lire sur l’écran de mon iPad. Le rétroéclairage devait être le coupable. Cependant, j’étais assez fasciné par les possibilités induites par le livre numérique.

Surligner

La première chose qui m’a plu était de pouvoir surligner le livre sans avoir à éprouver une once de culpabilité à ainsi barbouiller l’ouvrage puisque je pouvais ensuite tout effacer. La multiplicité des couleurs offre une option intéressante d’exploitation en classe, une fois l’iPad branché sur un vidéoprojecteur.

Surligner

Noter

Plus personnelle est la possibilité de prendre des notes dans la marge. Annoter un livre (de même que mettre un marque-page) n’est donc pas l’apanage du papier. Là aussi, je trouve qu’une exploitation scolaire de la note pourrait être envisagée : l’élève peut répondre aux questions du manuel directement sur le livre. Il peut même envoyer ses réponses à l’enseignant.

Annoter

Partager

Les fonctions de partage permettent également de diffuser mais à plus vaste échelle puisque l’on peut, par exemple, tweeter un passage qui vous a séduit. Il est aussi possible d’archiver tel ou tel passage dans son application préférée de prise de notes. Encore que pour ma part, je fais des captures d’écran des passages qui m’ont intéressé. Et comme une application comme Evernote (OCR oblige) est capable de chercher du texte dans une image, cela ne pose aucun problème à cette méthode d’archivage qui s’est imposée à moi je ne sais trop comment.

evernote5

Peut-être parce que certains livres protégés par des DRM ne facilitent pas vraiment l’option de partage. Tout comme celle du copier/coller parfois purement et simplement désactivée. Cette ablation technique me fait en général considérer que le piratage est préférable à la légalité qui ne vous permet pas de faire des choses très simples comme copier un extrait que je voudrais par exemple donner à mes élèves. Heureusement il existe plusieurs solutions comme les OCR.

Le dictionnaire intégré

N’était-ce la limitation aux dictionnaires intégrés au système, cet accès tient du génie. A-t-on jamais déploré d’avoir à quitter l’ouvrage lu pour chercher un mot dans le dictionnaire ? Ici, tapoter sur un mot fait apparaître une sorte de petit pop-up contenant le sens du mot. Une intégration du Robert, d’Antidote ou du TLFi me comblerait de bonheur.

Définition

Ce qui est amusant, c’est que le dictionnaire s’adapte à chaque langue. Vous lisez en Anglais ? Le dictionnaire sera anglais. Vous lisez en Allemand ? Le dictionnaire sera allemand. Et la même chose en Grec, Italien, Japonais, etc.

J’utilise aussi cette fonctionnalité pour chercher un peu tout et n’importe quoi, en tout cas quelque chose qui ne sera pas dans le dictionnaire. En ce cas, notre petit pop-up me proposera de “Rechercher sur le web” et j’accèderai à une requête Google déjà toute prête.

Prononcer

Cette fonction doit tout d’abord être activée dans les Réglages (> Général > Accessibilité > Parole > Énoncer la sélection). Elle permet de faire lire le texte à voix haute par le système.

IMG_1735

C’est une fonction qui s’adresse aux personnes dont la vue ne permet pas de bien lire le texte même en agrandissant la police (possibilité que je n’ai pas même évoquée tant nous y sommes dorénavant accoutumés).

Évidemment nous pouvons avoir des élèves qui ont ce handicap. On peut être confronté aussi à des élèves rencontrant des difficultés de lecture et qui suivront d’autant mieux la lecture que les mots automatiquement lus sont également surlignés.

Énoncer

Mais je recours moi-même à cette fonction dès lors que je lis un texte en anglais et que je veux m’assurer de la prononciation de tel ou tel mot. De plus, il est vraiment amusant de constater qu’un livre devient littéralement audible. Bien sûr, cela n’a rien à voir avec l’audiobook ; ça n’a rien de commun avec les beaux enregistrements que de bons lecteurs, acteurs et même auteurs ont fait de tel ou tel chef-d’oeuvre, mais disons que ça dépanne.

La recherche

Cette fonction m’a littéralement transporté de bonheur quand je l’ai découverte. Un peu comme le crtl / cmd + f dans une page web ou un document long comme le bras.

Sélectionnez un mot, tapotez sur Rechercher et vous avez toutes les occurrences du mot dans le livre. C’est magique !

Rechercher

En fait, j’utilise le plus souvent cette fonction en tapotant sur la loupe en haut à droite. Essayez et voyez comme il est aisé de retrouver un passage qui vous intéressait et dont vous aviez oublié l’emplacement !

D’autres applications de lecture

Vous vous souvenez que je vous disais avoir peu goûté au plaisir de la lecture sur iPad avec iBooks ? C’était en raison de l’éclairage qui m’agressait fortement les yeux et, la nuit, c’était bien pire, même quand la luminosité était au minimum. Et ce n’était pas le mode nuit qui m’apportait un soulagement parce que l’idée même de lire un texte blanc sur fond noir me paraissait farfelue.

Google Play Livres

En revanche, j’ai beaucoup apprécié le réglage de la luminosité, laquelle baissait automatiquement en fonction de l’heure. Et cette baisse s’accompagnait d’une diminution de la lumière bleue au profit de tons plus chauds, tirant sur le jaune. Cela occasionnait moins de fatigue oculaire. L’une des applications le permettant est Play Livres, l’app de Google. Mais avec l’introduction d’iOS 9.3 et la généralisation de ce réglage à l’ensemble du système, on peut profiter de cette fonction partout. Je l’ai même adoptée sur mon Mac avec flu.x.

Une autre fonction assez amusante de Play Livres est l’option de traduction. Celle-ci s’avère assez efficace.

Traduire

Quoi qu’il en soit, les deux apps (Google Play et iBooks) offrent des fonctions assez similaires et ne vous obligent à choisir entre elles que si vous optez pour l’un ou l’autre des magasins (je n’ose dire librairie) que proposent les deux concurrents.

Kindle

J’ai trouvé dans la concurrence une autre application : Kindle d’Amazon. Mais avant de vous donner les raisons assez évidentes de mon utilisation de cette application, il faut vous dire un mot de ma liseuse, que j’ai adoptée assez tard.

La Kindle

C’est en effet avec la liseuse que je suis devenu un lecteur numérique. Moi qui croyais que la liseuse était une anomalie dans un marché largement occupé par les tablettes ! Un appareil un peu suranné dont le premier modèle était apparu… en 2007 ! Je la voyais comme une tablette amputée de nombreuses fonctions et je ne voyais pas que ce petit appareil léger, relativement peu cher, permettait au lecteur de se concentrer sur le seul texte et ce sans se détruire les yeux avec le rétroéclairage un peu trop violent des tablettes.

Parlez-moi d’amour

En fait, c’était le début d’une longue histoire d’amour, et d’un progressif éloignement du livre papier. À force de lire sur ma liseuse, je trouve que le livre (disons traditionnel, mais ça ne veut tellement rien dire si l’on pense à ses multiples métamorphoses, du volumen au codex) a pour lui plusieurs inconvénients :

  • son poids,
  • ses pages qui ne tiennent pas et qui se rabattent,
  • l’ombre de la main (ou simplement toute ombre résultant de la position du livre par rapport à la lumière) sur la page
  • la nécessité d’avoir un éclairage pour lire (c’est tout bête mais avec la liseuse, j’ai fini par oublier que j’avais besoin d’une source de lumière pour lire),
  • l’encre qui s’efface (du moins celle de ces affreux livres de poche)
  • les traces de doigt ou de tout ce que vous pouvez manipuler lors de votre lecture (allant de la nourriture au cérumen, en passant par les crottes de nez…)
  • le papier de mauvaise qualité (car les lecteurs ne sont pas tous assez fortunés pour se payer de beaux livres imprimés sur du vélin).

En revanche, force est de constater qu’avec une liseuse, on perd plusieurs choses :

  • on voit moins la couverture et on mémorise donc moins bien le nom de l’auteur ;
  • on perd la conscience de l’épaisseur du livre et de l’endroit où l’on se situe. Avec une liseuse, on peut ainsi très facilement se trouver tout surpris d’être à la fin (spécialement quand une partie du pourcentage comprend diverses choses comme une postface ou un sommaire). Mais ce n’est pas sans procurer quelque nouvelle émotion littéraire tant on est déconcerté de se trouver à la dernière page sans que rien ne nous y ait préparé. Cela dit, il est facile d’afficher la barre de progression, et de voir où on se trouve, mais je n’utilise que fort peu cette possibilité.

J’apprécie aussi de pouvoir accéder instantanément au livre désiré. Je n’ai pas même besoin de lever mes fesses pour lire le dernier prix Goncourt. Certains trouveront que c’est un défaut. C’est affaire de point de vue. Pour moi qui ai habité dans des lieux où la culture était peu accessible, j’y ai vu un net avantage.

Et puis même si on peut trouver à redire sur les livres et sa vente qui s’apparente davantage à de la location, il faudra quand même reconnaître qu’une application comme Calibre vous débarrasse bien facilement des DRM indésirables.

Bien sûr, on retrouve toutes (ou la plupart) des fonctionnalités susmentionnées, mais il en est d’autres que je suis toujours surpris de n’avoir toujours pas trouvé chez Apple.

Word Wise

Cette option favorise l’apprentissage de la langue dans laquelle vous lisez. Elle est certes perfectible, mais elle permet d’afficher des définitions au-dessus des mots, en filigrane en somme.

wordwise

On peut même enregistrer le vocabulaire recherché dans le dictionnaire. On se retrouve alors avec un nouveau livre contenant les mots ayant fait l’objet d’une recherche. Très pratique pour réviser, une fois la lecture terminée.

vocabulaireinteractif

Le navigateur intégré

Il m’est arrivé de constater que le lecteur que j’étais devenu ne lisait plus un livre à la fois mais plusieurs. En fait, de nombreuses fois, il m’est arrivé d’être étonné par un mot de l’auteur ou de ressentir le besoin de vérifier la validité d’une information et je le faisais en utilisant le navigateur intégré. C’est un accès à Wikipédia que nous avons ainsi et, comme le dictionnaire intégré, il permet d’effectuer des recherches assez facilement et rapidement.

navigateurintegre

Passages les plus surlignés

Certains n’aiment pas. Je trouve ça assez amusant. On peut afficher les passages les plus surlignés par les autres lecteurs. Ainsi, au cours de votre lecture, vous voyez que tel passage a été souligné tant de fois.

passagessurlignes

Il m’est arrivé de relire deux fois un passage que d’autres avaient souligné. Je n’y avais tout d’abord pas prêté attention puis, constatant que le passage avait été souligné, je me suis dit que peut-être je n’avais pas été assez attentif.

Autres fonctionnalités

La fonction X-Ray est typiquement du type de celle qui aurait changé ma vie d’étudiant.

Comme l’indique Amazon :

La fonction X-Ray permet d’explorer la structure d’un livre sur le Kindle Touch, ses idées essentielles, les personnages ou les thèmes.

Par exemple, cela vous permet d’accéder à tous les emplacements où le personnage untel apparaît. L’ensemble des personnages peut alors être affiché par ordre alphabétique mais aussi par ordre d’apparition ou encore par ordre de pertinence. De même avec les principaux thèmes du livre, ce qui facilite les révisions en vue d’un examen ou un concours.

X-Ray

Malheureusement cette fonction ne se trouve pas dans tous les livres, et de surcroît elle ne se trouve que dans les livres écrits en anglais.

Il y a d’autres options que je n’ai jamais essayées comme Kindle FreeTime qui consiste à créer un profil, à ajouter des livres et créer des défis, des objectifs de lecture pour inciter les enfants à lire. D’autres que j’utilise assez peu comme l’option send to Kindle. Mais je goûte assez la synchronisation de tous les appareils. Je commence un livre sur la Kindle laissée sur la table de nuit. Je peux reprendre dans la journée la lecture sur l’app Kindle installée sur mon iPhone, qui lui a le bon goût de n’avoir pas été oublié sur ladite table de nuit. Voilà pour la justification d’une troisième app dédiée à la lecture.

Mais pourtant j’en ai deux autres.

D’autres manières de lire

Je suis assez étonné de voir à quel point l’expérience de la lecture peut revêtir d’étranges formes, de constater à quel point le numérique peut aider ceux qui peinent à lire comme ceux qui veulent lire davantage.

Voice Dream Reader

Voice Dream Reader lit vos textes (PDF, ePub), vous permet même d’aller en rechercher sur Gutenberg. Ce n’est pas une application de lecture de livres audios. Cela correspond plutôt à la fonction Prononcer évoquée ci-dessus, ce qu’on appelle aussi plus souvent, en Anglais, text-to-speech. À ceci près qu’un large choix de voix vous est proposé (enfin vendu). On peut donc obtenir quelques voix (mais surtout en Anglais) moins “robotiques” que celle intégrée à iOS.

Voice Dream

Cette application prend tout son sens dans le domaine de l’éducation puisqu’un élève peut suivre la lecture (les mots sont surlignés) mais, en plus, il dispose de polices comme Dyslexie ou OpenDyslexic.

Cependant, on peut l’utiliser dans certains cas bien précis : faire lire le livre qui vous passionne dans la voiture (avec un iPhone branché sur l’autoradio par exemple) ou encore pour “faciliter” la lecture. En effet, un ami me confiait récemment qu’il utilisait la fonction text-to-speech parce qu’il avait tendance, au cours d’une lecture “normale”, à vagabonder dans ses pensées et à perdre le fil (vous savez quand vous continuez à lire mais que quelques lignes ou pages plus loin, vous vous apercevez que vous n’avez rien retenu). Au moins, avec une telle fonction, cet ami me disait retenir quelque chose même quand son imagination battait la campagne. Son esprit gardait toujours une trace non pas du texte lu, mais du texte entendu.

Litz

C’est un autre ami qui m’a parlé de Spritz, une application qui utilise le Rapid Serial Visual Presentation. Concrètement, l’application n’affiche qu’un mot à la fois contenant une lettre rouge censée fixer votre attention en un point précis. Cette méthode doit pouvoir vous apprendre à lire très vite. Elle n’est pas nouvelle et date des années 70.

Litz

Vous trouverez une flopée d’applications utilisant cette méthode. J’ai pour ma part retenu Litz pour sa capacité à lire des ePubs. Mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas la solution la plus plaisante (en tout cas pour moi qui lit et aime à lire lentement). Cependant, pour des textes plus courts, de ces articles qui ont donné naissance au terme “infobésité”, une telle façon de lire peut vous permettre d’entamer votre course contre la montre des textes à lire dans la journée.

Conclusion

J’ai omis de nombreuses choses dans cet article, comme les livres enrichis, mais il faudrait aussi traiter du corollaire de la lecture numérique et de l’activité de tri, de conservation et d’archivage de ses propres notes de lecture, évoquer le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion des livres (comme Goodreads par exemple), etc.

Je m’en voudrais de faire croire que ce tour d’horizon de l’état de la lecture numérique en ce début de siècle soit une injonction à lire sur tablette ou liseuse. Ce n’est pas du tout mon propos et j’ajouterai que le livre papier reste un support on ne peut plus agréable et occasionne une déconnexion reposante (n’était-ce le smartphone ou la tablette qui traînent à côté). Quand on me prête ou me donne un livre papier, je ne boude pas mon plaisir et je le prends d’autant plus volontiers que ce livre a une histoire que n’aura jamais un fichier électronique. Récemment, j’ai été ému en tombant sur un livre ayant appartenu à mon grand-père décédé il y a peu et frappé du sceau de son ex-libris. Mais ne soyons pas trop sentimentaux avec ces objets que sont les livres. Mon grand-père s’en débarrassait volontiers, et les bouquinistes sont pleins de ces orphelins dont les gens se détachent par paquets.

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Au reste, on voit bien que même le traditionnel papier peut devenir numérique ou plus précisément un support numérique avec la réalité augmentée. C’est ce que j’essaie de faire avec les fiches de lecture que je demande à mes élèves de réaliser : une fiche tripartite on ne peut plus conventionnelle est réalisée et une fois celle-ci corrigée, elle est lue par un élève qui est filmé. Ce petit travail vidéo est alors convoqué par le truchement de la réalité augmentée quand un élève braque son smartphone au CDI sur la couverture d’un livre pour lequel une fiche de lecture a été réalisée (l’exemple ci-dessus a été fait avec une Kindle mais il peut naturellement être fait avec un livre papier).

Ainsi même l’ancien et le nouveau se rejoignent et c’était bien là tout le sens de mon propos. Cependant, il me semble que l’activité de la lecture, avec le numérique, s’est complexifiée. Assurément, elle s’est au moins diversifiée. Mais ce qui amusant, c’est que cette complication s’est accompagnée d’une simplification de certains processus : l’accès à l’encyclopédie, aux dictionnaires, à l’annotation, à l’archivage, au partage… Il en a de la chance, l’homo numericus !

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Le manuel de 6e sur Google Play Livres

Le manuel de 6e n’est plus sur iBooks, mais est deux fois mis à jour sur Google Play Livres. En trois jours.

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Depuis que j’ai publié mon premier manuel scolaire chez Apple, j’ai développé une légère susceptibilité qui me rend hermétique aux mails vétilleux de la marque à la pomme.

Décidant de claquer la porte, je suis allé publier ailleurs. J’avais déjà commencé et le chantier était resté en l’état, mais mes récents démêlés avec Apple m’ont poussé à reprendre les choses là où je les avais laissées.
Bref, après ma déception pommée, le désarroi qui s’en est suivi, la force s’est réveillée et la chose a eu lieu sur Google Play Livres (qui un jour ou l’autre viendra certainement me chercher des poux aussi, mais d’ici là…).

Pour commencer, j’ai ajouté les vidéos qui manquaient au Manuel de 6e, ePub publié dans la sobriété et la simplicité, loin du faste exubérant d’un iBooks Author, complètement délaissé par la firme de Cupertino (qui fait semblant de mettre à jour son application tous les 36 du mois).
Puis j’ai corrigé quelques erreurs, ajouté quelques images et même deux nouvelles séances (quand on retrouve l’espoir, la créativité revient), et me suis soucié de questions d’accessibilité.
Voilà ! Cette double mise à jour s’est faite en quelque 3 jours. Apple m’aurait déjà envoyé deux tickets (vous ne voulez pas savoir ce que c’est) et m’aurait suspecté de contrevenir à des règles qu’elle n’avait pas encore inventées.

Au passage, un grand merci à Mac4ever et Framablog d’avoir relayé mes malheurs. Je sais bien que je quitte un loup pour en trouver un autre, mais que voulez-vous ? Si les choses tournent mal, j’irai de nouveau voir ailleurs.

Ah ! Au fait, dès que je peux je mets à jour le manuel de grammaire et je m’attaque au manuel de 5e.