Liste de lecture pour un collégien

Le rat de bibliothèque

On m’a demandé récemment quels romans pourrait lire un garçon – bon lecteur – actuellement en classe de quatrième. J’ai aussitôt suggéré quelques titres, puis j’ai promis de rédiger une liste bien évidemment non exhaustive contenant divers romans, mais aussi des contes ou des nouvelles.
Cette liste est constituée de titres qui me sont plus ou moins rapidement venus à l’esprit, parce qu’ils m’ont marqué et qu’il m’a semblé qu’ils pourraient plaire à un jeune lecteur. Comme cette liste s’adresse à un collégien de niveau quatrième, elle prend appui naturellement sur le programme (et s’en affranchit parfois). Elle est classée par genre (si tant est que cela soit toujours possible).

Science fiction

Je suis une légende de Richard Matheson
Journal d’un monstre de Richard Matheson
La Nuit des temps de Barjavel
Le Voyageur imprudent de Barjavel
La Machine à explorer le temps d’H. G. Wells
La Planète des singes de Pierre Boulle
Le Passeur de Lois Lowry

Romans policiers

Le Chien des Baskerville d’Arthur Conan Doyles
Les Aventures de Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyles
L’Île aux trente cercueils de Maurice Leblanc
L’Aiguille creuse de Maurice Leblanc
Dix petits nègres d’Agatha Christie
Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie
Pars vite et reviens tard de Fred Vargas

Récits fantastiques / surnaturels / noirs

La Vénus d’Ille suivi de Colomba et de Mateo Falcone de Prosper Mérimée
Le Horla de Guy de Maupassant
Nouvelles histoires extraordinaires d’E. A. Poe
Contes fantastiques de Théophile Gautier
Le Moine d’Antonin Artaud
Le Sorcier d’Honoré de Balzac
La Peau de chagrin d’Honoré de Balzac
Les Mystères du château d’Udolphe d’Ann Radcliffe
Le Diable amoureux de Jacques Cazotte
La disparition d’Honoré Subrac de Guillaume Apollinaire
Les Armes secrètes de Julio Cortázar
Le K de Dino Buzzati

Romans d’aventures / historiques

Le Monde perdu d’Arthur Conan Doyles
Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier
Les Mystères de Paris d’Eugène Sue
Les Misérables de Victor Hugo
Oliver Twist de Charles Dickens
Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas
Vingt après d’Alexandre Dumas
Pauline d’Alexandre Dumas
L’Île mystérieuse de Jules Verne
Voyage au centre de la terre de Jules Verne

Récits ou contes du XIXe

L’auberge rouge d’Honoré de Balzac
Trois contes de Gustave Flaubert
Contes du jour et de la nuit de Guy de Maupassant
La Maison Tellier de Guy de Maupassant

Qu’en pensez-vous ? Voyez-vous de regrettables oublis ?
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Un iPad au collège

L'iPad sur le bureau

Ma femme ayant récemment eu le bon goût de m’offrir un iPad, j’ai immédiatement délaissé mon MacBook Pro (et ma femme) au profit de la tablette d’Apple. Je pensais, au début, simplement faire l’essai du passage de l’un à l’autre, voir s’il était seulement envisageable de troquer l’un pour l’autre, mais je me vois aujourd’hui difficilement faire marche arrière. Les quelques lignes qui suivent tentent d’apporter une réponse, même si tout a probablement déjà été dit sur la chose. Mais enfin, voici mon expérience propre.

Un poids en moins

Moi qui trimballe ma machine chaque jour que Steve Jobs fait (ou faisait), la première chose que j’ai observée – ou plus précisément ressentie – est la légèreté nouvelle de mon sac. Le Mac avec son chargeur atteint facilement ses quatre kilos alors que l’iPad pèse moins de 700 grammes ! Mon sac me paraît même vide, et ne l’a pas en horreur (le vide). J’ai aussi gagné de la place sur mon bureau. S’il y a bien une chose que je déplore depuis que j’enseigne à l’aide d’un ordinateur et d’un vidéoprojecteur, c’est le truchement de la machine, cette frontière même ténue qui s’interpose entre mes élèves et moi. Et franchement, quoi de plus triste que ces professeurs qui restent assis derrière leur bureau, les mains sur le clavier ? Désormais, je branche donc l’iPad sur le vidéoprojecteur (il faut pour cela un adaptateur VGA). L’iPad est d’ailleurs si petit qu’il se ferait presque oublier s’il ne suscitait chez les élèves un émerveillement auquel je ne m’attendais pas. S’ils sont parfaitement blasés quand un enseignant sort son ordinateur, fût-ce un Mac tout rutilant, ils sombrent dans une béatitude dont on les sort difficilement les premiers jours quand on exhibe (malgré soi) un iPad. Les jours passants, l’outil se fait plus ou moins oublier et l’on peut travailler. Mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que serait un cours si d’aventure l’administration consentait à équiper ma salle d’un vidéoprojecteur wi-fi (je ne sais même pas si la chose existe) ? Que ne pourrait-on faire alors ? Déambuler dans la salle, quitter ce bureau monotone, et, la tablette à la main, afficher tel ou tel point de grammaire en fonction des difficultés aperçues dans les rangs (par exemple)… Il va de soi que, dans ces conditions (et même sans wi-fi), on ne tourne plus le dos aux élèves lorsque l’on écrit au tableau. Pas mal, non ?

En plus du poids, il est un autre avantage lié aux tablettes numériques : la batterie qui, pour ce que j’en fais, tient largement toute la journée. Je n’ai donc pas besoin de prise de courant, et il y a ainsi, dans ma classe, un fil de moins dans lequel les élèves venant au tableau peuvent se prendre les pieds. Ce n’est pas rien.

Comme dans un livre

iCal

S’il est une chose qui, lorsque j’allume l’iPad me séduit tout particulièrement, c’est l’interface dans ce qu’elle a de plus proche avec l’objet qu’elle imite. Ainsi, le calendrier (iCal) ou les livres (dans iBooks) ont l’avantage du numérique (je peux les projeter, les annoter, zoomer…), ils ont aussi l’avantage du papier dont on tourne les pages. Ils se présentent dans toute leur familiarité d’objets connus. C’est alors un plaisir esthétique et pratique qu’on ne cesse que difficilement d’apprécier benoîtement à chaque utilisation. Ainsi quand je donne les devoirs à faire, les élèves ont le calendrier sous les yeux. C’est, il me semble, plus facile d’envisager la semaine dans sa globalité avec les temps forts de la semaine ou au contraire ses moments libres, et de juger de la pertinence de donner tel ou tel travail à tel ou tel moment. Les alarmes me rappellent chaque jour que j’ai donné tel travail à tel élève qui en avait besoin. Elles me rappellent également la punition que j’aurais oublié de réclamer autrement.

L'ïle mystérieuse dans iBooks

Non, mieux qu’un livre

J’apprécie également l’utilisation d’applications tels les dictionnaires : Le Petit Robert, le TLFi, Antidote Ardoise ou Le Larousse illustré. Ces dictionnaires sont un véritable plaisir à utiliser, et je regrette simplement que les élèves n’aient pas une tablette à eux afin de pouvoir consulter ces ouvrages lorsqu’ils travaillent en classe notamment lors des rédactions. À ce sujet, je préciserai – dans le débat sans cesse ravivé Papier vs Numérique – que jamais je ne retournerai au support papier (du moins en ce qui concerne les dictionnaires). Je ne comprendrai jamais que l’on puisse regretter le pavé que représente un dictionnaire, épais, lourd et donc intransportable. Et que dire de ses articles en noir et blanc à la typographie minuscule ? Quel contraste offre alors le Petit Robert sur iPad qui s’offre le luxe de l’espace, de la clarté, de la couleur, de la lisibilité en somme ! Ça y est ! J’entonne un hymne lyricotechnologique. Pardonnez-moi. De surcroît, avec ce système d’application, on fait même l’économie de l’insupportable CD de vérification à glisser tous les 45 jours (oui, je sais les Ayatollahs du libre vont hurler, et ils n’auront pas forcément tort) que le Petit Robert m’inflige sur le Mac.

Quelques inconvénients

Évidemment, il y a bien quelques petites choses qui me chagrinent. Ainsi, on peut regretter que les suites bureautiques ne soient pas vraiment pléthoriques. C’est le moins que l’on puisse dire… Il y a bien iWork, et je m’en accommode, mais j’apprécierais de pouvoir lire le format .odt par exemple. Cependant, la suite d’Apple est assez agréable à utiliser et transférer un document créé sur le Mac ou l’iPad se fait assez aisément en dépit de l’absence d’un véritable système de fichiers (ça, c’est une remarque pour ceux qui voudraient tant voir un port USB sur ce type de tablette). Je n’ai pas encore acheté Keynote (il faut dire qu’on passe son temps à acheter chez Apple), mais j’ai Pages pour le traitement de texte, et Numbers pour les feuilles de calcul.

Pages

Je suis moins habile avec le clavier de l’iPad qu’avec le clavier de mon ordinateur. Si les élèves les plus lents apprécient de me voir taper moins vite, je regrette pour le moment ma maladresse et le peu d’habileté que j’ai pour le moment sur ce type de clavier. Quant à Numbers, je déplore juste que les feuilles de calcul que j’ai importées soient amputées des annotations ou encore des fonctions (les moyennes).

N’ayant pas un iPad 3G mais uniquement Wi-Fi, je regrette l’absence de connexion internet au collège notamment pour accéder à mon propre site ou encore pour utiliser DropBox ou Box.net. L’iPad dépourvu de connexion à internet paraît quelque peu amputé, mais s’offrir le luxe d’un abonnement iPhone plus iPad…

Dernier point. Je suis parfois gêné par les reflets des lumières au plafond. J’ai donc légèrement déplacé mon bureau afin de ne pas être importuné par l’éclairage. C’est évidemment un détail, mais il se rappelle forcément à votre bon souvenir. Heureusement, la SmartCover permet d’incliner la tablette et de se jouer ainsi des reflets indésirables. À ce moment-là, il faut bien songer à vérifier qu’un élève n’a pas collé sa table à votre bureau et ne fasse choir la tablette ainsi en équilibre d’un grand coup de cartable.

En classe
L’iPad relié au vidéoprojecteur (au plafond)

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SCONET

Dans notre établissement, pendant quelques années, nous avons utilisé Campus pour remplir et éditer les bulletins. Las de dépenser des milliers d’euros pour une prestation peu satisfaisante, il a été décidé que nous adopterions SCONET (Scolarité sur le Net).

SCONET, nous dit Wikipédia, est une application nous permettant «via un simple navigateur sur un réseau sécurisé» de rentrer nos notes et nos appréciations.

Pour y accéder, nous avons reçu une clé OTP (One Time Password). Cette clé affiche un code qui change toutes les minutes.

Clé OTP

Dès lors, on est confronté à un grand moment d’informatique. Qui peut, en effet, savoir que dans la zone de saisie dite «Passcode OTP», l’utilisateur est convié à entrer non seulement le code fourni par la clé OTP mais aussi le code PIN qui a été demandé auparavant ?

SCONET (capture 1)

Si j’en crois mon expérience en matière d’informatique, je n’ai jamais eu à rentrer deux codes en une seule case, mais peut-être me trompé-je… Quand on pense à quel point l’informatique peut avoir ce côté anxiogène, on se dit vraiment qu’on est con de ne pas y avoir pensé… Mais pouvait-on seulement y penser ?

Bref, on rentre son code PIN et le code OTP qui a eu le temps de changer plusieurs fois avant qu’on ait compris quoi que ce soit, et l’on parvient à cette page :

SCONET (capture 2)

À ce moment, on se dit qu’on a loupé quelque chose. C’était quand même bien la peine de nous faire rentrer un double code si c’est pour aboutir à une page dont le certificat n’est pas valide ! À ce sujet, en matière de sécurité, le navigateur Chrome est assez prolixe :

SCONET (capture 3)

Évidemment, on passe outre l’avertissement ; on veut rentrer ses notes, et bon an mal an on arrive sur cette page (avec un beau https) :

SCONET (capture 4)

Le hasard me fait cliquer sur Portail ARENB. Bingo ! Et on arrive là :

SCONET (capture 5)

Et là, avant de comprendre que si l’on veut rentrer ses notes il faut cliquer sur Rechercher, il se passe un certain temps. De clic en clic, on arrive sur une page dans lequel un petit bouton + est niché. C’est lui le Graal :

SCONET (capture 6)

Enfin ! On s’acquitte de sa tâche. On valide et tout et tout. On nous dit qu’on a bien fait tout ce qu’il fallait… et qu’on peut quitter notre navigateur :

SCONET (capture 7)

Pour ma part, même si le message m’évoque fortement les Guignols («Vous pouvez retrouver une vie normale»), je ne peux m’empêcher de protester et de penser que je vais peut-être rester et continuer à flâner sur le net.

Cette petite aventure au pays de l’Éducation nationale s’achèvera lors du conseil de classe par un beau plantage avec l’indicible écran bleu de la mort :

SCONET (capture 8)

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Orange Ô désespoir ou l’incroyable histoire de mon abonnement internet

Contrairement à ce que laisse entendre le titre, cette diatribe ne vise pas uniquement Orange mais aussi SFR. Ladite diatribe aurait d’ailleurs aussi pu s’intituler Comment j’ai eu internet dans ma cambrousse ?

Laissez-moi vous raconter cette histoire.

Le haut débit sous les cocotiers

L'ADSL en Nouvelle-Calédonie

Quand j’ai quitté la Nouvelle-Calédonie, j’avais internet. Pas du bas débit, de l’ADSL s’il vous plaît (en 2004 il me semble). Certes en 256 ko/s mais de l’ADSL quand même. Une fois mon séjour achevé et conformément à la loi, le fonctionnaire que je suis a été prié – au terme d’une durée de quatre ans – de retourner sur le territoire de ses ancêtres (en 2006, ça c’est sûr). Dont acte. La somme de mes points m’a permis d’obtenir la Champagne-Ardenne. Quel chanceux je fais ! Quand je pense que j’aurais pu avoir Biarritz ! Je m’y installe et pense déjà à ma future connexion internet. Las ! je découvre que je ne pourrai avoir que du bas débit ! Misère…

Quid facimus ? pensais-je in petto.

Bah rien…

En plein travaux de rénovation de la bâtisse que j’ai acquise que la banque possède, je reçois un coup de fil. Une voix doucereuse venue du service commercial d’Orange me déclare, avec la certitude de celui qui sait, que je vais – contrairement à ce qui m’avait été dit – pouvoir jouir du haut débit. Et aussitôt de dégainer ma carte bleue. On me dit alors que je recevrai une Livebox, etc.

Les jours passent, les semaines, les mois aussi d’ailleurs, mais d’internet haut débit point du tout.

Bien sûr, je m’enquiers auprès des services compétents. On n’en sait rien, On va voir, On vérifie, Attendez, On vous rappelle, On ne sait plus, Qui vous a dit ça ? etc. Qu’importe la personne à qui j’ai lâché mon numéro de carte bleue, cette personne s’est évanouie dans les limbes du démarchage d’abonnements à internet. La seule solution consiste à contracter un abonnement en bas débit. Et ça, c’est l’horreur. Il ne me reste plus qu’à maugréer et à déplorer en un silence plein d’aigreur le désintérêt des fournisseurs d’accès à internet pour les paysans isolés que nous sommes.

Enfin le haut débit en France métropolitaine

Antenne me permettant de recevoir internetLe temps passe. Et puis un jour, j’apprends que je vais avoir le haut débit.

Je manque de défaillir.

Il y a même une réunion à la mairie où on nous explique comment cela va se passer. À l’approche des élections (nous sommes alors à l’aube de 2007), il ne sera pas dit qu’on aura laissé des gens sans accès au haut débit. Internet devient un droit fondamental, en passe de devenir inaliénable, il faut que les paysans que nous sommes aient internet. Le conseil général se sort alors les doigts du… du… du porte-monnaie et met du pognon là où l’opérateur historique ne saurait le faire (merde, ce sont des paysans en nombre insuffisant quand même).

Là, je déchante : pour la modique somme d’une quarantaine d’euros, on aura du 512 voire du 1 Mo. Mais il faut voir comment ! On tire une ligne classique qui parvient jusque dans l’église. Dans la sacristie, on place un routeur et sur le faîte, à côté du coq, on met une antenne diffusant les précieux kilo-octets par Wi-Fi que l’on reçoit avec une antenne géante ! Ça s’appelle le Pack Surf Wi-fi. Alléluia ! Comment ne pas croire en dieu ? Malheureusement, comme le disait un jour le créateur du feu Nabaztag dans l’émission Plein écran, le Wi-Fi, c’est de la merde. Le moindre truc vous dévie une onde et vous prive de votre connexion, vous savez celle que vous avez acquise à prix d’or sans les communications illimitées, la télé et tutti quanti. J’oubliais ! Sans la box (bon sang ! que je déteste ce mot) non plus. Il faut faire l’acquisition d’un routeur, mais j’y reviendrai plus tard.

L’internet du pauvre pour un prix de riche

Quelle que soit la qualité de ma connexion, j’ai le haut débit. Pas du 18 Mo comme à dix kilomètres pour un prix inférieur avec les communications téléphoniques, et tout et tout mais le haut débit quand même. Nos élus voulaient pouvoir affirmer que tout le monde a le haut débit, mais ils omettent de dire que tout le monde n’a pas le même haut débit : par Wi-Fi avec les aléas qui lui sont inhérents ou par Satellite avec des quotas ou encore par les fils de cuivre avec les avantages que cela présente, par la fibre…

Après un début très difficile (ça ne marchait vraiment pas), je suis souvent amené à me plaindre de déconnexions, parfois fort longues, fort ennuyantes, en général réglées plus ou moins rapidement. Raison pour quoi, je rêve d’avoir une connexion normale par les petits fils de cuivre de mon téléphone.

Et SFR vint

C’est à ce moment que SFR intervient. Ceux-là, je ne les apprécie guère, mais je me range à leurs arguments. Avec eux, j’aurai une connexion classique. Je souscris donc à un abonnement chez SFR. Je reçois les identifiants puis la «box», et je n’ai plus qu’à attendre le raccordement qui m’apportera enfin la paix intérieure. Malheureusement, en dépit de l’éligibilité à laquelle il semble que je puisse prétendre, je reçois un courrier m’informant que les services techniques n’ont pas été en mesure de me satisfaire. Il faut donc que je renvoie la «box».

Box SFR

Pas grave. Le Wi-Fi, avec mon antenne géante changée entre-temps, me satisfait plus ou moins. Ce n’est pas extraordinaire, mais ça marche. De temps à autre, j’appelle le service technique toujours pour des problèmes de déconnexion, mais en principe cela est réglé plus ou moins vite. À condition que l’inopinée déconnexion ne se produise pas un week-end (que je ne veux pas écrire weekend).

Un beau jour, je reçois un coup de fil de… SFR : «Coucou, c’est nous. On a fait des travaux. Vous êtes éligible et blabla, blabla». Moi : «Non merci, on m’a déjà fait le coup. Je reste chez Orange». SFR : «Si, si. Sur mon ordinateur, etc. Et puis si je vous le dis, etc.» Bref, je décline. On en reste là.

Et puis un autre beau jour, non pas un beau jour, paf ! Plus de connexion. Me piquant d’être un peu geek tendance Nerd à pulsion No-life, je bidouille. On débranche. On ping. On change de chaîne. On change même les DNS. On vérifie tout et tout. Mais il faut se rendre à l’évidence, force est de constater que ça ne marche plus. Rien n’y fait. Et le service technique d’avouer au téléphone son impuissance et de m’annoncer la nécessité d’une intervention technique… dans trois semaines.

J’en tombe de ma chaise. Je frémis, je brûle, je bous ! Ni une ni deux, je me connecte (de mon établissement scolaire) et je cherche quelles solutions s’offrent à moi. Après tout, du temps a passé, peut-être suis-je vraiment à nouveau éligible.

Et après ?

Vous connaissez l’art de la temporisation ? Dans un roman, cela consiste à différer la suite de l’histoire en racontant autre chose afin d’impatienter le lecteur, de piquer sa curiosité et de le pousser – in fine – à lire la suite.

Ce que je vais faire.

Trois semaines sans internet. Évidemment, dans mon collège, je pouvais assouvir mes pulsions technophiles. Je n’ai donc souffert que le minimum. Et puis j’avais mon iPhone… C’est d’ailleurs à cette période que j’ai lu l’article sur la 4G. On y disait que les opérateurs s’engagent à couvrir plus de 90% du territoire. Ce qu’ils avaient fait pour la 3G (s’engager je veux dire)… S’étaient-ils engagés à faire de même pour l’Edge ? En tout cas, dans ma cambrousse, je n’ai ni l’un ni l’autre. Ni Edge ni 3G. Ah si ! j’ai un réseau Edge. Un sous-réseau, un truc indéfinissable probablement commun à tous les opérateurs, quelque chose d’une telle lenteur que le bas débit fait office de rêve de geek. Si si ! Voyez plutôt cette vidéo montrant le temps qu’il faut pour afficher entièrement un site pourtant adapté à un téléphone mobile (je vous préviens, c’est la vidéo la plus ennuyante du net) :

Alors quand je reçois un coup de fil m’annonçant avec grand fracas que les clés 3G c’est vachement bien, je pouffe et je raccroche.

Bref, c’est cette maigre connexion qui me permet de patienter trois semaines. Et je vous l’ai dit, je me suis demandé que faire. Sur internet, je n’ai pas trouvé grand-chose. Orange ne permet pas de prétendre au haut débit de façon classique, mais SFR oui. Je m’en étonne, mais ils sont formels. Le désespoir suspend mes doutes, et malgré ma déplorable expérience passée, je souscris. Je me dis que cette fois, c’est la bonne. Alors je reçois mes identifiants, la «box», et je n’ai plus qu’à attendre le raccordement. J’ai bon espoir, je suis naturellement et benoîtement confiant.

J’attends.

Je n’ai plus internet, mais j’attends.

Et le couperet tombe. Un courrier venant de SFR m’informe que les services techniques n’ont pas été en mesure d’établir la connexion demandée. Je dois donc renvoyer à nouveau leur putain de «box». À ce moment, je me pose quand même une question : soit ils sont cons, et ça m’étonnerait un peu, soit ils ne sont pas cons, et ça m’étonnerait beaucoup. Ils s’amuseraient à prétendre des choses fausses, à distribuer des «box» et à se les faire renvoyer à leur frais ? J’ai des doutes… Lors de mon abonnement, on m’a demandé si je voulais basculer entièrement chez SFR, et ne plus dépendre en aucun cas d’Orange, ce que j’ai décliné. Si j’avais accepté, je n’aurais pas l’ADSL, mais mes communications téléphoniques seraient payées à SFR… Est-ce le but de la manœuvre ? Nous forcerait-on un peu la main en faisant miroiter un prétendu abonnement internet impossible pour faire souscrire à un nouvel abonnement téléphonique ? Je me pose la question… Ça me semble un peu tordu comme raisonnement, mais enfin…

Abonnement possible

Abonnement impossible

Quoi qu’il en soit, j’ai eu la réparation par Orange de ma connexion. Leur nouvelle installation n’a pas été sans problème d’ailleurs. Tout marchait à nouveau, excepté que ladite installation était incompatible avec mon routeur Netgear. On m’a conseillé un Belkin, ce que j’ai fait sans sourciller tant j’étais désireux de retrouver enfin une connexion. Évidemment, j’ai dépensé une quarantaine d’euros pour un nouveau routeur alors que l’ancien fonctionne très bien, mais pas avec ma nouvelle installation. Passons.

Jusqu’au prochain problème, tout ça ne sera certainement qu’un méchant souvenir, mais franchement j’ai ri à gorge déployée quand j’ai reçu ce mail de SFR :

Mail de SFR

Y a-t-il un sens du comique chez les FAI ?

Mon problème est-il réglé pour autant ? Il y a quelques jours, j’ai reçu un courrier de la mairie.

Courrier de la mairie

Ils le font exprès ?

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Logiciels payants et logiciels libres

Kernel Panic J’ai eu récemment quelques soucis avec Mac OS X Lion m’obligeant à procéder à une réinstallation totale du système. C’est ce qu’on appelle faire une clean install. Soit. Désireux de chasser impitoyablement le moindre bug, j’ai évité de réimporter toutes mes petites données via Time Machine. Il a donc fallu tout réinstaller à la main, à l’ancienne : télécharger les logiciels (je ne les garde plus sur un disque externe, il est tellement plus simple de tout retélécharger), les installer, les enregistrer, les activer, et tout le tralala.

J’installe Photoshop Element. Je possède la version 6 de ce logiciel que j’ai acheté il y a quelque temps, soucieux que j’étais de ne plus utiliser une version complète d’un logiciel dépassant mes moyens et intellectuels et financiers (vous voyez ce que je veux dire). J’ai d’ailleurs failli acheter la dernière version de Photoshop Element, mais l’essai de 30 jours que j’ai pu en faire ne m’a que très peu convaincu, et surtout un bug gênant m’a dissuadé de me délester de plus d’une soixantaine d’euros (être enseignant, ça a parfois des avantages), un bug que j’espérais voir disparaître avec ma toute récente réinstallation (d’ailleurs ça m’a rappelé la première installation de Windows XP au début du siècle quand je n’utilisais pas encore Mac OS) : avec un compte non administrateur, certaines palettes d’effets ne s’affichent pas, elles ne fonctionnent donc plus ! J’ai essayé, j’ai repassé mon compte en admin, Photoshop Element fonctionne très bien bien. On peut dire «bien», pas «très bien» : c’est comme ça que ça fonctionne chez Adobe : il y a un bug ? N’espérez pas un correctif ! achetez la prochaine version et priez pour que le bug soit corrigé. Dans le cas qui me préoccupe, les versions 7, 8 et 9 ne changent rien à l’affaire. Photoshop Element veut fonctionner sur un compte admin. Eh bien non ! C’est un principe : je n’utilise pas un compte administrateur !

Du coup, j’utilise Pixelmator que j’ai acheté il y a longtemps déjà et dont je n’ai pas payé une seule mise à jour. Évidemment, une version 2 étant prête à voir le jour, je vais peut-être repasser à la caisse. Cela dit, quand on voit (ce qu’on voit, dirait Coluche) la dernière version de The Gimp, il est permis d’avoir quelques hésitations…

Mais ce qui m’a vraiment exaspéré, lors de cette réinstallation de Mac OS, c’est Parallels Desktop, un logiciel qui permet la virtualisation d’un autre système (vous pouvez installer une distribution Linux ou un Windows sur votre Mac au sein même de Mac OS X). Cette possibilité est apparue avec les processeurs x86 quand Apple a abandonné le Power PC (vous avez déjà émulé Windows, au fait, sur un PowerBook ?). Le premier a avoir publié son programme, ce n’est pas VMWare, qui s’est fait griller la priorité, mais Parallels ! C’est même l’un des premiers logiciels que j’ai acheté pour mon premier MacBook Pro avec processeur Intel en 2006. L’année d’après, j’ai acheté la mise à jour, j’ai donc acheté la version 2, puis la version 3 l’année suivante, et la version 4 l’année d’après. Déjà quelque peu lassé, j’avais freiné des quatre fers, et puis je ne sais plus comment, j’ai tout de même obtenu la version 5 (dans un bundle, je crois). L’année suivante a vu l’apparition de la version 6, et puis plus récemment de la version 7, et si tout se passe bien en 2050, il y aura eu à peu près autant de versions que d’années dans ce cinquantenaire…

Quoi qu’il en soit, je veux réinstaller Parallels Desktop ! Tout d’abord, je constate la difficulté de se procurer la version 5. Heureusement, j’avais tout de même, dans un coin d’un de mes disques durs, gardé une copie. J’installe et l’installateur me propose de télécharger une version plus récente (que j’espère être la 5 pour laquelle j’ai un numéro de série). La chose se passe avec une lenteur qui indique que leurs serveurs ne sont pas consacrés à permettre au client de rapatrier une version ancienne. Au bout d’un temps interminable (et d’un échec), j’installe la chose… et paf ! Incompatibilité avec Lion ! Hein ? Quoi ? Tout ou presque est compatible ou rendu compatible avec Lion, et là non ? Hein ? Quoi ? Sur le site de l’éditeur, on m’apprend que la version 5 restera incompatible avec Lion, cette version qui marchait très bien avec Snow Leopard, et qui – alors vraiment très curieusement – semblait fonctionner avant formatage du disque sur… Lion.

Dépité, je me fais une raison. Je m’apprête à ressortir une énième fois ma carte bleue mon compte Paypal et dépenser plein d’euros, et puis je me suis dit : «Mais quel con ! Pourquoi ne pas télécharger VirtualBox qui est gratuit ?» Dont acte.

Exit Parallels. Ils sont peut-être polis chez Parallels. Dans les mails qu’ils vous adressent pour vous signaler une mise à jour payante, ils ne s’adressent pas à vous en ces termes : «Chère vache à lait, nous sommes heureux de vous annoncer la mise à jour de, etc., etc.)», mais franchement à prendre les gens pour des cons, un jour les cons, ils s’en vont. C’était pourtant bien Parallels Desktop, nettement plus abouti que VirtualBox, mais pour l’utilisation que j’en fais, ça sera suffisant.

Évidemment, je ne suis pas contre les mises à jour ! C’est génial qu’un programme soit actualisé régulièrement. En revanche, on ne va peut-être pas payer la moindre mise à jour dès qu’on change d’icône ou qu’une option cachée est ajoutée ! Pixelmator est apparu en 2007, je n’ai pas déboursé un centime depuis, et pourtant le programme a évolué très régulièrement. Je prendrai très probablement la version 2. Une mise à jour payante tous les quatre ou cinq ans, ce n’est pas l’horreur. Un éditeur canadien fait de même. C’est Druide pour lequel j’ai payé une seule mise à jour sur des dizaines ! Du coup, leur logiciel Antidote est peut-être un peu cher, mais au regard de ce qu’il permet et de la fréquence des mises à jour offertes, je veux bien payer.

Alors je me demandais ce que j’allais faire : passer au tout libre ou rester sur Mac OS (j’ai quand même réinstallé Ubuntu sur une partition). J’aime trop Lion pour m’en passer, mais je me fais cette réflexion : il y a de plus en plus de logiciels libres sur ma machine : Firefox, LibreOffice, VirtualBox, VLC, etc.

Et je me fais ces réflexions : heureusement que le libre promeut des standards qui vous permettent aisément de passer d’un système à l’autre (iWork, c’est bien ! mais uniquement entre Macs, et ne me dites pas qu’on peut «exporter»). Vive LibreOffice ! Il se lance même plus vite que Pages ! Heureusement que des logiciels libres vous permettent de vous affranchir de la voracité commerciale de certains éditeurs (mais tous ne sont pas à mettre dans le même panier, on l’a vu) ! Heureusement qu’un navigateur – Firefox pour ne pas le nommer – vous offre (littéralement) la possibilité d’avoir une réelle vie privée sur internet grâce à de très nombreuses extensions (dont j’ai déjà parlé dans ce billet : Internet tel que je l’utilise). Heureusement que Linux permet à des logiciels d’exister. L’exemple en fera peut-être sourire quelques-uns, mais Aircrack-ng existerait-il sur une autre plateforme que Linux (ne me dites pas que ça existe sur Windows) ?

En somme, il y en a pour tout le monde : pour ceux qui veulent payer beaucoup, tout le temps, à tort et à travers, un peu, parfois, pas du tout. En tout cas, il faudra tout de même observer qu’Apple (au moins de façon logicielle) l’a compris : on veut bien payer, mais pas des sommes exorbitantes (ça dépend aussi du type de programme, je veux bien le comprendre). Mac OS X Lion coûte moins d’une trentaine d’euros, c’est beaucoup, beaucoup moins que Windows. Certains diront : «C’est beaucoup plus qu’Ubuntu» !

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On dit «la voiture à ma sœur» ou «la voiture de ma sœur » ?

29/08/2011 2 commentaires

Nombre d’individus poussent des cris d’orfraie lorsqu’ils surprennent, dans les propos de leur interlocuteur, une erreur de grammaire. Un excès de rigueur les conduit à mépriser l’emploi de «malgré que» (si fréquent chez certains grands écrivains) ou l’emploi du subjonctif après la locution conjonctive «après que». Pour ces gens, l’horreur est à son comble lorsqu’un indélicat mésuse de la préposition «à» et l’emploie à la place de «de». Et aussitôt de s’exclamer : « On ne dit pas la voiture à ma sœur, mais la voiture de ma sœur ». Avec une pointe de suffisance aigre, on fait ainsi valoir son indignation lorsque quelqu’un commet un solécisme disgracieux dû à une banale erreur de préposition.

Parfois, on me demande mon avis, et en tant que professeur de français, je suis sommé de rétablir les droits du bon usage, ce qui me laisse bien souvent perplexe…

Je rétorque que, tout d’abord, je dis la grosse bitte à Dudule, et non la grosse bitte de Dudule. Et toc ! Ou j’évoque, quand je sens que mon entourage ne sera pas sensible à la chansonnette populaire, le Moyen Âge, période pour laquelle on utilisait beaucoup la préposition à là où on emploierait aujourd’hui la préposition de. Ainsi, on trouve dans Aucassin et Nicolette (je puise un exemple au pif) :

Et se tu fenme vix avoir,

je te donnerai la file a un roi u a un conte [...]

On lit bien : «la fille à un roi ou à un conte» et non «la fille d’un roi ou d’un conte».

D’ailleurs, comme le fait remarquer Geneviève Joly dans son Précis d’ancien français, «la construction du complément déterminatif du nom à l’aide de la préposition a n’a aucune connotation familière en ancien français. Elle est très représentée encore au XVIe siècle, surtout en poésie» (page 238). Elle cite même deux exemples d’emploi de la préposition appartenant «déjà à un niveau de langue déjà marqué» chez deux écrivains du grand siècle :

Je suis la très humble servante au seigneur Anselme (Molière, L’Avare, I, 4)

La vache a notre femme

Nous a promis qu’elle ferait un veau (La Fontaine, Contes, IV, 11, 72)

De toute façon, au Moyen Âge, le cas régime absolu (très fréquent) se passait complètement de préposition et cela donnait, et donne toujours de curieuses associations, comme en témoigne encore le délicieux nom de la ville de Bourg-La-Reine, ce qui, comme chacun sait, signifie le bourg de la reine, et non une injonction à bourrer la reine (à propos, vous connaissez la blague : Bourg-La-Reine ou Choisy-le-Roi… Le doute m’habite…) !

Il n’en reste pas moins que l’usage, aujourd’hui, ressent comme vulgaire certain usage de la préposition à, ce qui n’a jamais dérangé le bas peuple qui l’utilise depuis fort longtemps, comme en témoigne des locutions comme la bande à Bonnot, la fête à la grenouille, etc.

Il convient cependant de faire un choix. À tout prendre, je mets donc les puristes de mon côté en utilisant la bonne préposition, et en n’attirant pas sur moi la désapprobation des censeurs. Et puis, on ne glisse pas sur une merde à chien, on ne s’exclame pas « Fils à pute », que diantre ! Alors utilisons la préposition «de» !

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Blâme et éloge de la mouche

«Va-t’en, chétif Insecte, excrément de la terre»

C’est en ces termes que le lion s’adresse au moucheron dans la fable de Jean de La Fontaine. On voit, chez le moraliste toujours, combien le misérable insecte est de surcroît gonflé d’orgueil !

S’il est vrai que la mouche peut s’avérer être un redoutable adversaire que pas même la force léonine ne peut vaincre, tout porte à croire qu’elle s’efforce pourtant de rechercher inlassablement un but unique : se faire exploser à coups de tapette si opportunément dite à mouches.

Depuis que je vis à la campagne, du printemps à l’automne, il n’est pas un instant qui ne me fait déplorer la si vaine existence du diptère (précisons que d’aucuns – pour rester dans les bornes étroites de la politesse – disent «sodomiser les diptères» pour «enculer les mouches», improbable préoccupation qui a pourtant ses adeptes… ). Pas un jour, disais-je, qui ne me fait regretter l’inopportun insecte : il vrombit systématiquement au plus près de mes tympans lorsque je tente de lire un livre ou de travailler sur mon ordinateur. En ces périodes troublées, je ne peux d’ailleurs pas regarder une vache dans les yeux. J’y vois le désespoir morne et résigné de l’animal envahi, qui n’a pas su inventer la tapette ou le papier tue-mouches pendouillant si inélégamment dans nos cuisines.

Chaque fois que la mouche se rappelle à mon bon souvenir, je m’étonne de l’opiniâtreté de celle-ci : aussitôt chassée, elle revient derechef. Je voudrais alors que la formule jupitérienne (disons sartrienne) ait la capacité de chasser ce symbole du remords : «Abraxas, galla, galla, tsé, tsé». Mais rien n’y fait. Alors je frappe, petit Jupiter à tapette à mouches (celle dont le milieu est orné d’un visage et dont le rictus ridicule saisit l’ennemi foudroyé au moment de la mise à mort), je frappe et frappe jusqu’à éviscérer mes proies. C’est une hécatombe de petits boyaux qui s’étalent sur les vitres déjà maculées des déjections d’insectes soulagés. Ah ! il porte bien son nom ce scatophage stercoraire (la mouche à merde) dont les menus gastronomiques sont sur papier hygiénique. Quelle image du cycle de la vie puisque La larve de la mouche vit dans les matières organiques en putréfaction (je fais du Michel Houellebecq : je plagie un article sur la mouche) ! Dans la merde tu naquis, dans la merde tu trépasses.

Mais le soulagement est aussi vif que bref. Aussitôt mouches nouvelles de surgir. C’est un véritable fléau biblique. Le dieu des Hébreux avait envoyé des mouches piqueuses et suceuses pour punir les Égyptiens ; je n’ai droit qu’à la mouche à merde. La malignité divine me refuse ses créations les plus subtiles. Je ne désarme pas pour autant. Je suis devenu Sisyphe imprécateur : «Va-t’en, chétif Insecte, excrément de la terre» répété-je à mon tour. Mais l’inanité, la vanité de ma rage me fait repartir la tapette basse, je m’avoue vaincu («La puissance des mouches : elles gagnent des batailles, empêchent notre âme d’agir, mangent notre corps» écrivait Pascal) et je me souviens que la mouche est éminemment littéraire. L’on a déjà évoqué La Fontaine ou Sartre. Il y a Rimbaud et ses «mouches éclatantes / Qui bombinent autour des puanteurs cruelles». Il y a aussi William Golding et Sa Majesté des Mouches régnant sur les enfants libres…

Force est de constater que l’insecte fascine, et pas seulement l’entomologiste. Lucien de Samosate en fit même l’éloge. Il faut reconnaître que certains points sont particulièrement convaincants :

«Dans ses amours et son hymen, elle jouit de la plus entière liberté : le mâle, comme le coq, ne descend pas aussitôt qu’il est monté ; mais il demeure longtemps à cheval sur sa femelle qui porte son époux sur son dos et vole avec lui, sans que rien trouble leur union aérienne.»

Salvador Dali voyait dans les mouches ce qu’il appelait « les fées de la Méditerranée » (l’insecte évoquerait même, parait-il, la méthode paranoïaque-critique). Au reste – et c’est la première fois, si j’ose dire, que j’ai commencé à regarder l’insecte dans les yeux – La mouche (le remake de Cronenberg), est aussi le titre d’un film dans lequel un homme inventant une machine permettant de se téléporter devient un être mi-homme mi-mouche.

Enfin le dictionnaire rappelle, par sa polysémie, la richesse du mot. La mouche n’est pas qu’un vil insecte. C’est également un petit morceau de taffetas noir qui faisait ressortir la pâleur des beautés du grand siècle (Verlaine en parle de cette mouche «Qui ravive l’éclat un peu niais de l’œil»). C’est enfin l’espion (le mouchard) dont les romans de Jean-François Parot offrent un bel exemple : Tirepot, portant deux pots et une ample robe de toile, monnaye au badaud parisien la possibilité de se soulager. Faisant ainsi la causette avec ses clients, il sait beaucoup de choses sur la capitale et devient la mouche du commissaire Nicolas Le Floch.

Et puis le mot «mouche» abonde dans de charmantes expressions : prendre la mouche, faire mouche, faire la mouche du coche, etc.

Mais quelque littéraire que soit la mouche, aussi polysémique soit-elle, que l’on voie en elle des trésors d’imagination, l’insecte ne peut faire oublier l’importunité de son obstinée présence. C’est ce que me rappelle la radio qui diffuse Alanis Morissette qui, voulant chanter l’ironie de la vie, s’écrie : «It’s a black fly in your chardonnay». Quelle poétesse !

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Internet tel que je l’utilise

29/06/2011 2 commentaires

Paranoïaque ?

Depuis quelque temps, quand j’utilise internet, j’ai le comportement d’un paranoïaque. Je ne sais pas à quoi cela est dû (vraiment je ne vois pas…), mais j’ai une fâcheuse tendance à penser que je ne peux plus faire comme avant, qu’il est temps de changer de comportement.
D’une certaine façon, c’est un peu comme à l’époque où on ne faisait pas de sauvegardes. C’était l’insouciance. Et puis, un jour, il est devenu évident que cela était nécessaire, que si l’on voulait conserver toutes ces précieuses choses que l’on confie à sa machine, il fallait vraiment prendre conscience de la nécessité de les sauvegarder. Pas seulement sur un disque externe quand on veut bien y penser, mais quotidiennement. Une bonne sauvegarde incrémentale et automatique ! Pour ma part, j’en ai deux : une avec Time Machine, une autre avec Personnal Backup. Deux disques durs donc. Et une autre sur internet, car si ma maison brûle, mes sauvegardes également ! Alors j’envoie tout ce à quoi je tiens sur internet. Mais c’est une sauvegarde chiffrée, parce que je ne veux pas que tout le monde puisse intercepter mes données. C’est tellement facile de sniffer le réseau…

Et voilà que je me mets à m’inquiéter de nouveau. Évidemment, on me répondra que pas grand-monde ne s’intéresse aux photos de la petite dernière ou d’ailleurs à tout ce qui m’est personnel. Et, de fait, internet regorge de réflexions de ce genre. Elles pullulent benoîtement : « Je n’ai rien à cacher », « Les VPN servent à cacher que je n’ai rien à cacher », et autres réflexions de ce genre qui justifient toutes les intrusions dans notre vie privée sous le prétexte que nous n’avons rien à cacher.

Pourquoi s’inquiéter ?

Je n’ai donc effectivement rien à cacher, mais c’est encore à moi de déterminer si ce rien doit être exposé ou caché voire exploité dans une base de données à des fins publicitaires. Alors que je me demandais comment chiffrer mes emails, je suis tombé sur cet article expliquant pourquoi nous devrions les chiffrer. L’auteur y explique que, faisant son service militaire dans les transmissions, « les standardistes avaient branché un amplificateur de guitare sur la ligne d’une des cabines publiques »… Et tout le monde de se marrer en écoutant les conversations (voir notamment la partie «Bon, d’accord. Mais qui aurait intérêt à lire mes courriels ? Je n’ai rien à cacher»). Mince alors…

Récemment, la lecture de ces quelques articles a achevé de me convaincre : l’un de Numerama sur les Big Brother conviviaux, l’autre de la CNIL proposant de vous révéler vos traces, un autre enfin de Numerama (encore) sur un rapport de l’ONU non approuvé par la France. Mais, à dire vrai, il n’y a rien de nouveau. Le jour où j’ai découvert tout ce que Google Analytics révélait sur nos visites, j’ai été effaré. Sincèrement, à part votre nom et votre adresse, que manque-t-il ? Je sais combien de temps vous êtes resté sur mon site, comment vous y êtes arrivé, sur quelle page vous avez quitté le site, combien de pages vous avez visitées, je connais votre système d’exploitation, votre navigateur, la résolution de votre écran, la version de flash installé, etc., etc.

Au moment même où j’écris ces lignes, je trouve sans cesse de nouvelles raisons de conforter mon opinion (la neutralité du net en une image, L’internet européen à la carte). Et on se prend à constater que les choses ne sont pas prêtes de s’arranger…

La neutralité du web en une image

Au diable les filtres !

Et il existe encore une autre raison de s’interroger sur la manière à laquelle on accède à internet. C’est lorsque l’on est confronté aux filtres. Qui n’a jamais pesté contre un web filtré ? À en juger d’après les nombreuses réactions ou demandes de collègues, on peut penser qu’ils sont nombreux ceux à qui l’on dénie et le plein accès au web et la capacité à décider par eux-mêmes ce qu’ils peuvent voir et ce qu’ils ne peuvent pas voir.

En ce qui me concerne, je ne comprends pas un traitre mot au discours qui m’est tenu à propos du filtrage du net : dans un établissement scolaire, il s’agirait d’empêcher les élèves (et a fortiori les enseignants) d’accéder à des sites qui n’auraient aucun intérêt pédagogique.

Ah !? Parce qu’il y a quelqu’un, quelque part, sachant ce qui revêt un intérêt pédagogique ou pas ? Parce que moi je l’ignore (je ne parle évidemment pas de tout ce que la morale réprouve et qu’il est plutôt facile de bannir). Peut-on même savoir quel chemin l’activité pédagogique va-t-elle emprunter ? Moi, je fais feu de tout bois : Facebook, Twitter, YouTube, un obscur blog, un improbable site, tel ou tel forum nourrissent ma réflexion et stimulent mon désir d’enseigner. En revanche, quand je tombe sur une page m’expliquant que je n’ai pas le droit d’accéder à telle page parce que quelqu’un quelque part en a décidé ainsi, cela me fait sortir de mes gonds. Je me suis déjà vu à plusieurs reprises refuser l’accès à tel ou tel site parce qu’on avait pensé que ce n’était pas pédagogique. Eh quoi ! Raphaël ou Waterhouse ne seraient pas pédagogiques (si si, ça m’est arrivé) ? Une recherche sur les composants vieillissants de la machine qui m’est confiée est interdite ? Que de fois je n’ai pu voir tel ou tel site parce que le filtrage est mal conçu, parce qu’il est inefficace ? Car il faut bien le constater : on trouve durant sa navigation sur le web ce qu’il ne faudrait pas, et on y trouve pas ce qu’il faudrait…

Au diable les filtres donc !

J’ai alors recherché ce qui me permettrait de naviguer sur internet sans laisser tant de traces. J’ai aussi cherché ce qui me permettrait d’utiliser internet sans avoir à subir les limitations imposées par un administrateur réseau. Il faut dire qu’on en parlait  beaucoup au moment des révolutions tunisiennes et égyptiennes. En 2005, Reporters sans frontières avait à ce sujet publié un très intéressant guide, Le Guide pratique du blogger et du cyberdissident qu’il est temps de ressortir ! Quelque temps avant, Hadopi puis Lopsi soulevaient chez les internautes de nombreuses et légitimes questions.

Donc, de manière générale, je veux pouvoir naviguer sur internet en toute sécurité et privauté, cela de façon privée et sans limitation. Comment faire ? Voici quelques réponses. Mais notez bien que mon objectif n’est pas de vous expliquer le fonctionnement des différents logiciels que je vais évoquer, mais de vous indiquer qu’ils existent, et peut-être de vous inciter à les utiliser.

Firefox

Votre navigateur vous permet-il d’accéder à internet sans avertir la terre entière de ce que vous faites ? Rien n’est moins sûr…
Il me semble que la première des choses à faire est d’adopter la recherche SSL. Tout ce que vous recherchez sur Google est alors chiffré (encrypté comme l’on dit si mal). Ni l’administrateur réseau, ni votre fournisseur d’accès à internet ne pourront (a priori) savoir ce que vous faites (pour en savoir plus sur Google SSL).
Ensuite, je vous recommande Firefox, pour lequel il existe une série de plugins destinés aux plus paranos d’entre nous. On ne présente évidemment plus l’indispensable Adblock qui supprime toutes les publicités intempestives. Précisons au passage que si vous utilisez Hotspot Shield (un VPN gratuit), vous ne serez pas gênés par les publicités qu’il vous impose en contrepartie de sa gratuité.

Parce que certains scripts exploitent des failles de sécurité, NoScript ne permet l’utilisation du JavaScript que sur les sites pour lesquels vous avez confiance, BetterPrivacy se charge des cookies divulguant vos habitudes de navigation, HTTPS-Everywhere est à utiliser pour les mêmes raisons que j’ai exposées ci-dessus à propos de Google, mais cette fois étendues aux autres sites : vous utiliserez https pour tous les sites ou presque (remarquez que Twitter propose cela dans les paramètres).

Je vous conseille donc vivement ces plugins, mais sachez qu’il en existe bien d’autres.

Tor

En plus de tout cela, une solution simple consiste à installer Tor sur votre ordinateur. C’est d’une simplicité enfantine, à condition d’avoir un plein accès à votre machine, et non à un espace alloué sur un serveur avec des droits limités. Et encore ! Si d’aventure vous ne pouvez rien installer sur votre ordinateur, vous avez toujours la possibilité d’utiliser Tor sur une clef USB. Il n’y aucune installation. Juste à déplacer ce que vous aurez téléchargé sur ladite clef (pour le reste, voyez la vidéo sur le dernier lien).
Vous pourrez alors surfer (relativement) anonymement durant votre navigation sur le web et accéder à ce que bon vous semble. Comme on peut le voir grâce à cette capture d’écran, la CNIL pense que mon adresse IP est 80.237.226.74 alors que ma véritable adresse est … (je ne vais quand même pas vous donner mon adresse) , et même que je viens de Hambourg !

 

Les traces selon la CNIL

 

Si toutefois vous avez des difficultés à installer Tor – ou plus exactement Vidalia, voyez le site Journal de bord qui vous expliquera à la fois ce qu’est Tor et comment configurer votre réseau, le proxy notamment (les explications sont destinées aux utilisateurs de Macs, mais vous pouvez sans trop de difficultés les adapter à Windows).

Les VPN

Je vous l’ai dit, je ne vais pas vous expliquer tout cela, sans quoi cet article deviendrait excessivement long. Si vous ne savez pas ce qu’est un VPN (Virtual Private Network), lisez l’article de Wikipédia ou encore Le blog du VPN.

 

VPN (wikipédia)

 

Si vous savez que ce «tunnel» vous permet de naviguer de façon confidentielle, vous voudrez peut-être savoir lequel choisir. Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a pléthore. Ce site (béni soit-il) vous propose un large éventail de choix. Certains sont payants, d’autres non. J’ai déjà évoqué Hotspot Shield. Il est gratuit. HydeMyNet semble connaître un certain succès. J’utilise actuellement VPNTUNNEL. En tout cas, le mérite du VPN est certain : si vous voyagez en Chine, si vous voulez accéder à des sites de streaming en anglais, le VPN est fait pour vous (pour 5 $ par mois). Attention, on ne vous autorise pas pour autant à faire du P2P (donc du téléchargement illégal).

Les mails

Chiffrer ses mails n’est pas forcément évident. Cet article vous expliquera tout ce que vous avez besoin de savoir. Le meilleur moyen de le faire est GnuPG, mais ce n’est franchement pas simple à mettre en place.
Il est plus sage d’envisager l’achat d’un certificat (ce que Mail ou tout autre logiciel de messagerie gèrent très bien).

Sur Mac, ce petit logiciel (payant) est fort sympathique et fait très bien l’affaire. Si aucune des solutions proposées ne vous convient, vous pouvez encore plus simplement faire une image avec l’Utilitaire de disque (désolé, c’est encore sur Mac) protégée par mot de passe à envoyer en pièce jointe, dans laquelle vous aurez glissé vos messages.

Utilitaire de disque

Pour finir

Il existe encore de très très nombreuses façons de procéder. Je ne vous ai fait part que des plus évidentes, de celles que j’utilise le plus souvent. Il existe aussi bien d’autres mesures à prendre : protéger sa session par un mot de passe bien sûr, mais il faut aussi penser à la sécurisation des mots de passe avec un logiciel idoine (j’utilise mSecure, mais il y en a d’autres comme 1Password. On pourrait continuer ainsi longtemps ! Pensez à la frêle clef WEP qui protège votre réseau !

Avouons cependant une chose. En prenant les précautions susmentionnées, que ce soit avec Tor ou un VPN, la qualité de votre de débit de connexion s’en ressentira. Vous aurez inévitablement un ralentissement. C’est le prix à payer.

Pour finir, on pourrait aussi se demander d’où vient ce besoin de discrétion sur le web.

J’ai vaguement mentionné le printemps arabe, et l’importance du numérique lors de ce soulèvement populaire, ainsi que des moyens techniques pour contourner les limitations imposées par les gouvernements encore en place à ce moment. Actuellement, sur certains forums, il n’est pas rare de trouver des demandes d’aide de ressortissants français vivant en Chine (par exemple) ne pouvant accéder à des sites comme Facebook. En France,  les récentes lois Hadopi puis Lopsi ont contribué à faire de la France un pays où internet (en tout cas celui que nous connaissons) est menacé. Aussi nombre de gens se sont-ils demandé comment faire pour échapper à des mesures inquiétantes pour leur  vie privée.
À l’époque d’Hadopi, quelqu’un (je ne sais plus qui, c’était dans Le Monde) avait expliqué qu’une telle loi réussirait à déstabiliser un réseau conçu pour résister à une attaque nucléaire. Plus simplement, et mythe fondateur mis à part, il est plus probable que le tout venant (moi en l’occurrence) s’est intéressé à la cryptographie, ce que ne faisait que les gens en danger ou les malfrats…

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Le Cimetière de Prague

24/04/2011 6 commentaires

Une œuvre à trois voix

Le Cimetière de PragueLe Cimetière de Prague est une œuvre à trois voix. Tout d’abord, celle d’un narrateur extradiégétique qui prend en charge l’ensemble du récit. Celle de Simon Simonini ensuite, le protagoniste de l’histoire. Celle de l’abbé Dalla Picola enfin, personnage « secondaire », qui n’est autre que le double de Simonini.
L’ensemble s’organise selon un journal fragmentaire dont le narrateur susmentionné rassemble les morceaux. En effet, Simonini – ayant rencontré Sigmund Freud – écrit ce qui lui reste de souvenirs, espérant retrouver la mémoire et comprendre son histoire en retrouvant le trauma dans lequel s’origine son amnésie. Dans le même temps, le diariste fait la découverte au sein même de son appartement d’un couloir menant à un autre appartement, celui de l’abbé Dalla Picola. Selon toute vraisemblance, Simonini et Dalla Picola ne forment qu’un seul et même schizophrénique personnage. L’un ne complétant le journal que lorsque le second est absent ou endormi.
Nous avons ainsi un étrange journal intime à deux voix qu’une troisième, celle du narrateur, ne jugeant pas suffisamment cohérent ou compréhensible, homogénéise pour en faire un récit malgré tout lacunaire, parcellaire, incomplet. C’est lui le responsable de la vis narrandi.

Un incipit labyrinthique

Cet enchevêtrement de voix (que la typographie, le style et le ton permettent de distinguer aisément) s’annonce en un début labyrinthique. On voit que, dans son dernier roman, Umberto Eco a abandonné l’image du portail (que le lecteur potentiel devrait franchir) pour céder la place à celle du dédale. N’en sortiront que les happy few, ceux que l’œuvre n’aura pas rebutés. Pour découvrir l’histoire du Cimetière de Prague, il faut donc suivre le narrateur dans un entrelacs de venelles qu’un conditionnel passé révèle improbable : « Le passant qui en ce matin gris du mois de mars 1897 aurait traversé à ses risques et périls… ». S’ensuit une traversée des « rares endroits de Paris épargnés par les éventrements du baron Haussmann » menant à une vitrine de brocanteur, officine du faussaire Simonini.

La brocante comme métaphore littéraire

Le bric-à-brac sans valeur qu’on y trouve, c’est tout le matériau narratif du livre, car Le Cimetière de Prague n’est rien d’autre que le recyclage de la production livresque du XIXe qu’elle soit littéraire, pamphlétaire, propagandiste, épistolaire, etc. Le mot « recyclage » n’a d’ailleurs aucune connotation péjorative. Le protagoniste – gagnant sa vie en créant de faux textes brandissant des menaces judéo-maçonniques – ne fait pas autre chose (« N’es-tu pas, toi, le maître du recyclage ? », demande-t-on à Simonini, page 427)
Ce livre, qui fait ainsi le récit de la genèse et du développement de l’antisémitisme, rassemble cette production hétéroclite qu’elle ait une valeur littéraire ou non. On y trouve pêle-mêle les livres les moins lus des grands auteurs (Les Mystères du peuple d’Eugène Sue, Joseph Balsamo d’Alexandre Dumas), mais aussi ces curieux objets sinon « littéraires » du moins historiques que sont Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly, Les Mystères de la Franc-Maçonnerie de Léo taxil, Le Diable au XIXe siècle du docteur Bataille, La France juive d’Édouard Drumont, etc. Simon Simonini, sycophante, faussaire, assassin et antisémite, est ce curieux héros qui pour vivre fait la lecture de tout cela, et produit des textes susceptibles de servir les intérêts des services d’espionnage ou de contre-espionnage agitant des menaces fantasmatiques.

La menace

Six Promenades dans les bois du roman et d'ailleursUmberto Eco a souvent parlé dans ses livres des Supérieurs Inconnus (notamment dans Le Pendule de Foucault). Ils sont évidemment dans Le Cimetière de Prague.
En 1789, le marquis de Luchet avertissait : « Il s’est formé au sein des plus épaisses ténèbres, une société d’êtres nouveaux qui se connoissent sans s’être vus [...] Cette société adopte, du régime jésuitique, l’obéissance aveugle ; de la franche-maçonnerie, les épreuves et les cérémonies extérieures ; des Templiers, les évocations souterraines et l’incroyable audace. » (Essai sur la secte des illuminés, cité par Umberto Eco dans Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs, page 176).
Tout l’enjeu du Cimetière de Prague est de montrer comment le XIXe siècle a ajouté les Juifs à cette illusoire menace. Je ne vous ferai pas le récit qui montre comment l’on va de Luchet à Rachkovsky en passant par Barruel, Simonini, Joly, Goedsche, etc. En revanche, ce qu’il faut comprendre, c’est le mécanisme qui favorise l’irruption de la fiction dans la réalité, celle-là même qui mène à Hitler ayant lu les Protocoles des Sages de Sion. Si vous n’avez pas le temps de lire Le Cimetière de Prague, lisez les pages 174 à 185 de Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs datant de… 1994.

Vingt-six après

Le Pendule de FoucaultPourquoi Umberto Eco a-t-il attendu près de 30 ans pour raconter et amplifier cette histoire afin d’en faire un roman de plus de 500 pages ? Une bonne partie du matériau employé dans Le Cimetière de Prague ne figurait-il pas déjà dans Le Pendule de Foucault publié en 1988 ?
On trouvera que, chez les grands écrivains, il y a une grande et unique obsession, ici déclinée en plusieurs ouvrages. Après tout le thème n’est-il pas fascinant ? Il suffit de nommer une chose pour qu’elle existe ! Inventez un improbable complot mondial, pluriséculaire, et tout le monde d’y croire ! Le faux devient vrai. L’obsession flaubertienne d’Eco pour l’erreur, la mauvaise foi, la stupidité se manifeste dans toute son œuvre : dans Les Limites de l’interprétation, l’auteur a élaboré une théorie du faux et des faussaires, dans Le Pendule de Foucault sont évoqués ces occultistes qui croient fanatiquement à tout, dans Baudolino, le personnage principal est un rêveur qui affabule…
Mais peut-être y a-t-il aussi chez Eco une vertu pédagogique ? Ne s’agit-il pas – une énième fois – de s’interroger sur les événements qui ont mené à l’holocauste : « Réfléchir sur les rapports complexes entre lecteur et histoire, entre fiction et réalité, constitue une forme de thérapie contre tout endormissement de la raison, qui engendre des monstres » (op.cit., page 183). C’est d’autant plus important que le monstre, « il est encore parmi nous » (Le Cimetière de Prague, page 545)
Mais cette interrogation est d’autant plus fascinante pour l’homme de lettres qu’il constate que la littérature, fût-elle mauvaise, a un réel pouvoir sur la vie. Cela est rendu possible par la crédulité de ceux qui sont incapables d’accepter le monde tel qu’il est, qui faute de pouvoir le refaire, le réécrivent (et ils sont légion ces gens qui ne voient que manipulation et complot). Ce à quoi, Umberto Eco répondait : « Il faut nécessairement qu’il y ait, associé à l’acte de création, un mystère. Le public le réclame. Sinon comment Dan Brown gagnerait-il sa vie ? » (N’espérez pas vous débarrasser des livres, page 174).
En ce cas, Le Cimetière de Prague n’est-il pas la dernière œuvre romanesque d’un homme de 80 ans qui chatouille de son érudition les déchets romanesques d’un écrivain qui marche maladroitement sur ses plates-bandes ?

« Dieu sait si les cimetières sont paisibles : il n’en est pas de plus riant qu’une bibliothèque. »

N'espérez pas vous débarrasser des livresOn a vu que Le Cimetière de Prague était une véritable brocante littéraire constituée d’objets hétéroclites. Cette métaphore montre que des objets usés vendus au prix du neuf et parfois plus cher (je n’ai plus la référence exacte du livre) représentent des textes parfois anciens réutilisés, réécrits, plagiés pour en faire du neuf. Pensez aux Protocoles des Sages de Sion.
Ce n’est pas la seule métaphore qui sous-tend le livre. Celle du cimetière donne également son titre à l’ouvrage. Ce cimetière praguois où les Supérieurs inconnus sont devenus des rabbins représente la bibliothèque (c’est d’ailleurs là que Simonini y fait ses recherches sur le cimetière). Se développant dans le cadre du « périmètre autorisé », l’auteur y a « superposé » ses livres (cf. pages 252 et 253). Le Cimetière de Prague est le lieu de réunion des rabbins comploteurs. C’est de ce lieu que tout part, de ce monument abritant la tombe de l’auteur du Golem, « créature monstrueuse destinée à accomplir les vengeances de tous les Israélites ». Et Simonini de conclure : « Mieux que Dumas, et mieux que les jésuites » (les jésuites font référence au complot imaginé par Eugène Sue dans Le juif errant).
Plus encore, le cimetière est LA création littéraire.
Ainsi, la culture livresque d’Umberto Eco est un défi jeté à la face des grands auteurs ou plus exactement ou même modestement une imitation amoureuse des feuilletons-romans, comme on disait encore à l’époque.
Pourtant, je crois pouvoir affirmer que je n’ai pas éprouvé particulièrement de plaisir à lire ce monument d’érudition. Le Cimetière de Prague est une œuvre fascinante, chaque péripétie recèle une référence. C’est le royaume de l’intertextualité. Tout ce qu’on lit peut être extrait d’un autre ouvrage. Par exemple, les égouts évoquent la traversée de Jean Valjean dans l’antre du Léviathan (Les Misérables), les épisodes sur la Commune évoquent… eh bien je ne sais plus (désolé, mais si quelqu’un peut me dire où j’ai déjà lu ça : « Le mardi, Montmartre était conquise et quarante hommes, trois femmes, quatre enfants avaient été amenés là où les communards avaient fusillé Lecomte et Thomas, agenouillés et fusillés à leur tour », page 317). La période des attentats des anarchistes, et notamment le malheureux journaliste qui, après avoir exalté les attentats, perdit un œil (cf. page 443) se trouve dans Le mouvement anarchiste en France de Jean Maitron. Ou encore la messe noire provient certainement en partie de Là-bas de Huysmans…
Le véritable plaisir de lecture est alors la recherche des références. Le reste est austère, aride. À aucun moment, on a envie de tourner la page, avide de savoir comme on peut avoir envie de savoir ce que vont devenir les fillettes pourchassées par le terrible père Rodin dans Le juif errant, ou comment la reine va réagir aux déclarations prophétiques de Joseph Balsamo dans l’ouvrage du même nom.
Peut-être cela vient-il du fait qu’Umberto Eco n’a pas la moindre sympathie pour son répugnant personnage, et qu’on ne le suit qu’à contrecœur ? Ou alors que l’auteur est un brillant universitaire possédant sa narratologie sur le bout des doigts, mais qui ne parvient pas à insuffler une once de suspense ? Je ne sais pas, mais assurément Le Cimetière de Prague est une œuvre fascinante, non passionnante.

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Les enseignants et la prime au mérite

Une logique de prime

Depuis quelque temps, nous sommes entrés dans la logique des primes : les préfets, les recteurs, les proviseurs et les chefs d’établissement bénéficient – ou bénéficieront – de primes récompensant la « qualité » de leur travail. Une prime qui varie selon la profession. À la louche, un préfet touchera jusqu’à 60 000 €, un recteur 20 000 €, un directeur d’établissement 6 000 € (on remarquera que c’est décroissant, et pas nécessairement annuel… ).

À présent, on se demande s’il ne faudrait pas revaloriser les salaires des enseignants de la même façon. À mon humble avis, la réponse est non, mille fois non. Pourquoi ? Je vais vous le dire (j’aime bien emprunter les formules présidentielles, parfois).

Pour commencer, quelques questions pouvant paraître bêtes, mais pourtant indispensables. Quel est le mérite de l’enseignant – ou même de tout individu – exerçant un métier ? Y a-t-il d’ailleurs du mérite à réaliser son travail ?

Qu’est-ce que le mérite ?

Commençons par définir le mérite. On jugera du mérite d’une personne en fonction du caractère particulier qu’elle aura de réaliser son travail, car personne ne s’intéresse au travail et à la façon dont il est réalisé quotidiennement. Hormis l’inspecteur, je n’ai encore jamais vu qui que ce soit venir me serrer la main et me dire : « Bravo, vous avez vraiment bien fait votre travail. Le moment où vous avez ouvert la porte et dit aux élèves de rentrer… vraiment… épatant ! ». En somme, personne ne vient vous remercier ou vous récompenser d’avoir fait votre travail. Vous avez, pour cela, un salaire, il est vrai excessivement et ridiculement bas, mais un salaire tout de même.

Revenons à la question du mérite. Il me semble que beaucoup d’enseignants font leur travail, je veux dire simplement. Certes, ils ne montent pas particulièrement de projets appréciés de la direction parce que valorisants pour l’image de l’établissement, ils ne se font pas particulièrement remarquer en préparant des sorties ou ne se distinguent pas par l’usage des TICE, mais ils font leur travail. Ce sont des vacataires, des certifiés, des agrégés ou des PEGC… Ils font encore des découpages, et des photocopies pourries, mais ils font très bien leur travail. Les élèves les apprécient, ils progressent, sont enjoués ou ternes, donnent de leur temps, ne vont pas uriner de la matinée pour apporter de l’aide à un élève pendant la récréation, mais vous savez quoi ? Cela n’intéresse personne, car la prime ne récompensera pas ce que vous avez toujours fait, mais votre capacité à faire ce que le gouvernement veut que vous fassiez. Exemple type : un préfet doit organiser des expulsions. Plus il expulse de clandestins, plus il est méritant. Même chose pour les recteurs : celui-ci doit supprimer des postes. Plus il trouve de postes à supprimer, plus il est méritant. Il obtient une prime, car il est efficace. Et c’est bien le mot qui a été évoqué à propos de la rémunération par les primes des directeurs d’établissements. Il faut être efficace.

L’enseignant efficace

Heureusement, il n’est venu à l’esprit de personne – mais une bêtise est si vite arrivée (on a en a un exemple avec Hadopi) – d’attendre qu’un enseignant soit efficace. Que l’on s’en convainque : un enseignant ne peut pas être efficace. Si un élève ne travaille pas, je peux le punir, lui mettre une mauvaise note, convoquer ses parents, mais je ne peux pas le forcer à travailler. Je ne peux pas aller contre sa volonté ou l’absence de volonté de ses parents. Je peux le torturer évidemment, mais cette méthode n’est pas reconnue par l’état. C’est dommage. On ne dirait plus des interrogations que l’on contrôle, mais que l’on soumet à la question… Là, je serai efficace. Sans torture, en revanche, on peut tricher, un peu comme on le fait avec le brevet des collèges : tout le monde a gagné, tout le monde a réussi. Les élèves ont tous 20/20. Donnez-moi une belle prime. Mais on l’aura compris, ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher le mérite de l’enseignant.

Et puis, j’aime à penser que ce que je dis, que ce je fais faire à un élève germe dans son esprit d’élève lentement, selon le degré de maturité, selon les vicissitudes et parfois des années après. En somme, l’éducation n’est pas ou ne devrait pas être soumise à la pression du temps, ni de la nécessité, malgré qu’on en ait, et encore moins de l’efficacité. On ne peut pas être efficace avec un élève, ce n’est pas un matériau. Quand je fais de la maçonnerie, je peux être efficace (jusqu’à un certain point, il est vrai). Je peux me fixer des objectifs et les réaliser en un temps donné. Mais, ce que je peux faire avec des briques et du ciment, je ne peux pas le faire avec un enfant. Il n’est pas ma créature soumise à mon bon vouloir, lequel serait pernicieusement celui de ma hiérarchie.

Ainsi le mérite ne serait pas subordonné aux résultats obtenus par les élèves.

Accomplir les volontés ministérielles

Au bout du compte, le mérite consiste à appliquer les volontés ministérielles. On veut voir l’enseignant accomplir à la lettre le Bulletin officiel, quitte à nier sa liberté pédagogique, sa capacité à adapter son savoir-faire, ses désirs, sa connaissance de la réalité que seul lui connaît et qui ne s’accommode pas toujours des désirs ministériels. Et qui sera chargé de vérifier que l’enseignant est efficace ? Pas l’inspecteur, qui vient quand il le peut. Non, ce sera le chef d’établissement ou le proviseur. Ce mystérieux individu que l’on voudrait voir œuvrer comme un manager d’entreprise au nom d’une autonomie galvaudée. L’enseignant sera dépendant d’un personnage dont le rôle reste à définir. Autant dire qu’on ne sait pas à quelle sauce on sera mangé. La seule chose que je sais, c’est que si ma carrière dépend du chef d’établissement, je suis légitimement en droit de m’inquiéter, car peu de ceux que j’ai rencontrés ont suscité en moi un réel sentiment d’admiration…

L’égalité ou la foire d’empoigne

Et puis imaginez un peu la chose : des enseignants payés au mérite, se faisant valoir à qui mieux mieux pour être bien vu de celui qui va vous évaluer ! C’est l’horreur assurée, un peu comme la déjà existante foire à l’empoigne qu’est l’obtention des HSE. Certains travaillent, et c’est tout. D’autres travaillent, et veulent absolument que cela se sache, et soit l’objet d’une rémunération supplémentaire. La rémunération par le mérite ne ferait alors qu’accroître cette rivalité financière entre enseignants. Une salle des profs, ce n’est déjà pas folichon, mais alors là… Encore qu’en matière d’inégalité, on pourrait évoquer la récente augmentation de certains et pas d’autres !

Je vous épargnerai la conclusion récapitulant les arguments susmentionnés. En revanche, vous aurez compris que la seule revalorisation des salaires est celle d’une augmentation pure et simple de tous les salaires.

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