Ralentir travaux : le blog

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Le Cimetière de Prague

Une œuvre à trois voix

Le Cimetière de PragueLe Cimetière de Prague est une œuvre à trois voix. Tout d’abord, celle d’un narrateur extradiégétique qui prend en charge l’ensemble du récit. Celle de Simon Simonini ensuite, le protagoniste de l’histoire. Celle de l’abbé Dalla Picola enfin, personnage « secondaire », qui n’est autre que le double de Simonini.
L’ensemble s’organise selon un journal fragmentaire dont le narrateur susmentionné rassemble les morceaux. En effet, Simonini – ayant rencontré Sigmund Freud – écrit ce qui lui reste de souvenirs, espérant retrouver la mémoire et comprendre son histoire en retrouvant le trauma dans lequel s’origine son amnésie. Dans le même temps, le diariste fait la découverte au sein même de son appartement d’un couloir menant à un autre appartement, celui de l’abbé Dalla Picola. Selon toute vraisemblance, Simonini et Dalla Picola ne forment qu’un seul et même schizophrénique personnage. L’un ne complétant le journal que lorsque le second est absent ou endormi.
Nous avons ainsi un étrange journal intime à deux voix qu’une troisième, celle du narrateur, ne jugeant pas suffisamment cohérent ou compréhensible, homogénéise pour en faire un récit malgré tout lacunaire, parcellaire, incomplet. C’est lui le responsable de la vis narrandi.

Un incipit labyrinthique

Cet enchevêtrement de voix (que la typographie, le style et le ton permettent de distinguer aisément) s’annonce en un début labyrinthique. On voit que, dans son dernier roman, Umberto Eco a abandonné l’image du portail (que le lecteur potentiel devrait franchir) pour céder la place à celle du dédale. N’en sortiront que les happy few, ceux que l’œuvre n’aura pas rebutés. Pour découvrir l’histoire du Cimetière de Prague, il faut donc suivre le narrateur dans un entrelacs de venelles qu’un conditionnel passé révèle improbable : « Le passant qui en ce matin gris du mois de mars 1897 aurait traversé à ses risques et périls… ». S’ensuit une traversée des « rares endroits de Paris épargnés par les éventrements du baron Haussmann » menant à une vitrine de brocanteur, officine du faussaire Simonini.

La brocante comme métaphore littéraire

Le bric-à-brac sans valeur qu’on y trouve, c’est tout le matériau narratif du livre, car Le Cimetière de Prague n’est rien d’autre que le recyclage de la production livresque du XIXe qu’elle soit littéraire, pamphlétaire, propagandiste, épistolaire, etc. Le mot « recyclage » n’a d’ailleurs aucune connotation péjorative. Le protagoniste – gagnant sa vie en créant de faux textes brandissant des menaces judéo-maçonniques – ne fait pas autre chose (« N’es-tu pas, toi, le maître du recyclage ? », demande-t-on à Simonini, page 427)
Ce livre, qui fait ainsi le récit de la genèse et du développement de l’antisémitisme, rassemble cette production hétéroclite qu’elle ait une valeur littéraire ou non. On y trouve pêle-mêle les livres les moins lus des grands auteurs (Les Mystères du peuple d’Eugène Sue, Joseph Balsamo d’Alexandre Dumas), mais aussi ces curieux objets sinon « littéraires » du moins historiques que sont Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly, Les Mystères de la Franc-Maçonnerie de Léo taxil, Le Diable au XIXe siècle du docteur Bataille, La France juive d’Édouard Drumont, etc. Simon Simonini, sycophante, faussaire, assassin et antisémite, est ce curieux héros qui pour vivre fait la lecture de tout cela, et produit des textes susceptibles de servir les intérêts des services d’espionnage ou de contre-espionnage agitant des menaces fantasmatiques.

La menace

Six Promenades dans les bois du roman et d'ailleursUmberto Eco a souvent parlé dans ses livres des Supérieurs Inconnus (notamment dans Le Pendule de Foucault). Ils sont évidemment dans Le Cimetière de Prague.
En 1789, le marquis de Luchet avertissait : « Il s’est formé au sein des plus épaisses ténèbres, une société d’êtres nouveaux qui se connoissent sans s’être vus […] Cette société adopte, du régime jésuitique, l’obéissance aveugle ; de la franche-maçonnerie, les épreuves et les cérémonies extérieures ; des Templiers, les évocations souterraines et l’incroyable audace. » (Essai sur la secte des illuminés, cité par Umberto Eco dans Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs, page 176).
Tout l’enjeu du Cimetière de Prague est de montrer comment le XIXe siècle a ajouté les Juifs à cette illusoire menace. Je ne vous ferai pas le récit qui montre comment l’on va de Luchet à Rachkovsky en passant par Barruel, Simonini, Joly, Goedsche, etc. En revanche, ce qu’il faut comprendre, c’est le mécanisme qui favorise l’irruption de la fiction dans la réalité, celle-là même qui mène à Hitler ayant lu les Protocoles des Sages de Sion. Si vous n’avez pas le temps de lire Le Cimetière de Prague, lisez les pages 174 à 185 de Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs datant de… 1994.

Vingt-six après

Le Pendule de FoucaultPourquoi Umberto Eco a-t-il attendu près de 30 ans pour raconter et amplifier cette histoire afin d’en faire un roman de plus de 500 pages ? Une bonne partie du matériau employé dans Le Cimetière de Prague ne figurait-il pas déjà dans Le Pendule de Foucault publié en 1988 ?
On trouvera que, chez les grands écrivains, il y a une grande et unique obsession, ici déclinée en plusieurs ouvrages. Après tout le thème n’est-il pas fascinant ? Il suffit de nommer une chose pour qu’elle existe ! Inventez un improbable complot mondial, pluriséculaire, et tout le monde d’y croire ! Le faux devient vrai. L’obsession flaubertienne d’Eco pour l’erreur, la mauvaise foi, la stupidité se manifeste dans toute son œuvre : dans Les Limites de l’interprétation, l’auteur a élaboré une théorie du faux et des faussaires, dans Le Pendule de Foucault sont évoqués ces occultistes qui croient fanatiquement à tout, dans Baudolino, le personnage principal est un rêveur qui affabule…
Mais peut-être y a-t-il aussi chez Eco une vertu pédagogique ? Ne s’agit-il pas – une énième fois – de s’interroger sur les événements qui ont mené à l’holocauste : « Réfléchir sur les rapports complexes entre lecteur et histoire, entre fiction et réalité, constitue une forme de thérapie contre tout endormissement de la raison, qui engendre des monstres » (op.cit., page 183). C’est d’autant plus important que le monstre, « il est encore parmi nous » (Le Cimetière de Prague, page 545)
Mais cette interrogation est d’autant plus fascinante pour l’homme de lettres qu’il constate que la littérature, fût-elle mauvaise, a un réel pouvoir sur la vie. Cela est rendu possible par la crédulité de ceux qui sont incapables d’accepter le monde tel qu’il est, qui faute de pouvoir le refaire, le réécrivent (et ils sont légion ces gens qui ne voient que manipulation et complot). Ce à quoi, Umberto Eco répondait : « Il faut nécessairement qu’il y ait, associé à l’acte de création, un mystère. Le public le réclame. Sinon comment Dan Brown gagnerait-il sa vie ? » (N’espérez pas vous débarrasser des livres, page 174).
En ce cas, Le Cimetière de Prague n’est-il pas la dernière œuvre romanesque d’un homme de 80 ans qui chatouille de son érudition les déchets romanesques d’un écrivain qui marche maladroitement sur ses plates-bandes ?

« Dieu sait si les cimetières sont paisibles : il n’en est pas de plus riant qu’une bibliothèque. »

N'espérez pas vous débarrasser des livresOn a vu que Le Cimetière de Prague était une véritable brocante littéraire constituée d’objets hétéroclites. Cette métaphore montre que des objets usés vendus au prix du neuf et parfois plus cher (je n’ai plus la référence exacte du livre) représentent des textes parfois anciens réutilisés, réécrits, plagiés pour en faire du neuf. Pensez aux Protocoles des Sages de Sion.
Ce n’est pas la seule métaphore qui sous-tend le livre. Celle du cimetière donne également son titre à l’ouvrage. Ce cimetière praguois où les Supérieurs inconnus sont devenus des rabbins représente la bibliothèque (c’est d’ailleurs là que Simonini y fait ses recherches sur le cimetière). Se développant dans le cadre du « périmètre autorisé », l’auteur y a « superposé » ses livres (cf. pages 252 et 253). Le Cimetière de Prague est le lieu de réunion des rabbins comploteurs. C’est de ce lieu que tout part, de ce monument abritant la tombe de l’auteur du Golem, « créature monstrueuse destinée à accomplir les vengeances de tous les Israélites ». Et Simonini de conclure : « Mieux que Dumas, et mieux que les jésuites » (les jésuites font référence au complot imaginé par Eugène Sue dans Le juif errant).
Plus encore, le cimetière est LA création littéraire.
Ainsi, la culture livresque d’Umberto Eco est un défi jeté à la face des grands auteurs ou plus exactement ou même modestement une imitation amoureuse des feuilletons-romans, comme on disait encore à l’époque.
Pourtant, je crois pouvoir affirmer que je n’ai pas éprouvé particulièrement de plaisir à lire ce monument d’érudition. Le Cimetière de Prague est une œuvre fascinante, chaque péripétie recèle une référence. C’est le royaume de l’intertextualité. Tout ce qu’on lit peut être extrait d’un autre ouvrage. Par exemple, les égouts évoquent la traversée de Jean Valjean dans l’antre du Léviathan (Les Misérables), les épisodes sur la Commune évoquent… eh bien je ne sais plus (désolé, mais si quelqu’un peut me dire où j’ai déjà lu ça : « Le mardi, Montmartre était conquise et quarante hommes, trois femmes, quatre enfants avaient été amenés là où les communards avaient fusillé Lecomte et Thomas, agenouillés et fusillés à leur tour », page 317). La période des attentats des anarchistes, et notamment le malheureux journaliste qui, après avoir exalté les attentats, perdit un œil (cf. page 443) se trouve dans Le mouvement anarchiste en France de Jean Maitron. Ou encore la messe noire provient certainement en partie de Là-bas de Huysmans…
Le véritable plaisir de lecture est alors la recherche des références. Le reste est austère, aride. À aucun moment, on a envie de tourner la page, avide de savoir comme on peut avoir envie de savoir ce que vont devenir les fillettes pourchassées par le terrible père Rodin dans Le juif errant, ou comment la reine va réagir aux déclarations prophétiques de Joseph Balsamo dans l’ouvrage du même nom.
Peut-être cela vient-il du fait qu’Umberto Eco n’a pas la moindre sympathie pour son répugnant personnage, et qu’on ne le suit qu’à contrecœur ? Ou alors que l’auteur est un brillant universitaire possédant sa narratologie sur le bout des doigts, mais qui ne parvient pas à insuffler une once de suspense ? Je ne sais pas, mais assurément Le Cimetière de Prague est une œuvre fascinante, non passionnante.

Il faut connaître l’entreprise dès le lycée. Vraiment ?

J’ai développé dans un article précédent les raisons de mon indignation provoquée par la lecture du vôtre.

Il me reste un dernier point à développer : les raisons de mon désaccord avec votre vision du monde ou du moins de l’éducation. Ma diatribe étant d’objectif modeste, je me limiterai au seul point d’intersection possible : l’école prépare-t-elle à rentrer dans votre monde, c’est-à-dire dans celui de l’entreprise ?

L’introduction qui précède votre article précise que vous invitez les jeunes à devenir entrepreneur. C’est à coup sûr un bel objectif, et je me satisfais de constater que vos ambitions sont sans limites, puisque vous leur offrez l’exemple de Larry Page et de Sergey Brin. Mais, d’emblée, je me dis que nous ne vivons pas dans le même monde car, dans le collège dans lequel je travaille, pas moins de 52 % des élèves sont issus d’un milieu défavorisé. C’est vous dire qu’ils ne sont pas prêts à balancer de leur garage l’algorithme qui va bouleverser le monde.
Je ne vais certes pas bâtir mon argumentation sur un misérabilisme larmoyant, mais il serait intéressant que vous les voyiez ces jeunes, et que vous compreniez que leurs préoccupations sont à mille lieues des vôtres. Vous semblez rêver d’une jeunesse galopante et rayonnante débarrassée de ces enseignants parasitaires freinant son élan. Hélas ! ce jeune public est davantage concerné par ses petits problèmes : un parent qui vient de se suicider, un autre qui a mis son enfant à la porte, un abus sexuel, une dyslexie mal traitée, etc. Malgré tout cela, ces enfants parfois en très grande difficulté scolaire sont contrairement à ce que vous dites ponctuels, polis et respectueux. En revanche, ils accroissent les «bataillons d’illettrés» dont vous parlez. À qui la faute ?

Cela, c’est pour remettre les choses dans leur contexte, et je peux vous dire que j’ai grandement édulcoré les choses.

À présent, demandons-nous ce que ces collégiens deviennent. J’en viendrai directement au point qui nous intéresse : les «meilleurs» vont au lycée, c’est-à-dire presque tous. Comment pourrait-il en aller autrement ? Lorsqu’on veut emmener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat, il n’est pas étonnant que ce soit pratiquement tous nos élèves qui accèdent au lycée. Au reste, je maintiens que cet objectif n’a rien de scandaleux, sauf pour les nostalgiques du charme discret de la bourgeoisie, qui aimaient tant que l’élite soit l’élite, c’est-à-dire une catégorie sociale non souillée de la présence des prolétaires venant outrageusement faire baisser le niveau.
Nos collégiens deviennent donc des lycéens en accédant soit au lycée général et technique soit au lycée professionnel. Le deuxième choix, car c’est presque toujours un deuxième choix, voit des élèves arriver qui n’ont pas envie d’être là. Aujourd’hui, on considère toujours qu’il vaut mieux faire de la philosophie que de la mécanique, rappelle François Dubet. C’est dire que ces élèves à qui on a fait comprendre que le lycée général et technique n’était pas pour eux n’ont pas envie d’être là. Bien souvent, ils y sont malgré eux. C’est dommage, mais c’est ainsi. Quelles peuvent être alors leurs motivations ? À eux dont les médias rabâchent à longueur de journée que de grands patrons s’octroient des salaires pharaoniques, parfois doubles, avant de fermer l’entreprise pour ensuite délocaliser. Quelle est à votre avis leur opinion sur le monde de l’entreprise, eux qui voient papa et maman chômer ?
Le problème est donc là : l’école n’est plus un gage de réussite. Tant et si bien qu’on ne sait plus comment motiver nos élèves. Dans certains cas, on propose même des cagnottes de 10000€. C’est vous dire le désarroi qui a dû s’emparer des têtes pensantes de notre ministère.

Mais quand bien même le monde qui les attend regorgerait d’emplois à qui mieux mieux, qu’en serait-il exactement ? Faudrait-il préparer nos élèves à rentrer dans la vie active ?

Pour moi, et je ne me lasserai jamais de le répéter, la réponse est non, mille fois non. Les élèves eux-mêmes le savent, eux qui effectuent leur scolarité. L’univers dans lequel ils évoluent – celui de l’école – n’est pas la réalité. C’est un monde à part dans lequel l’erreur est tolérée, la faute acceptable. C’est un monde dans lequel on peut recommencer sans être condamné, méprisé ou ostracisé : si je rate un contrôle, je peux le recommencer, je peux refaire une année, je peux recevoir de l’aide ; si, d’aventure, je commets une bêtise (je me bats, par exemple) je ne paie pas d’amende, je ne vais pas en prison. Je suis éduqué, élevé, non pas condamné. Il n’existe qu’un seul cas où le réel rencontre l’école : c’est lorsqu’un enfant ayant commis et répété de graves forfaits se voit traîné en conseil de discipline et que celui-ci se prononce pour l’exclusion définitive de l’élève. Là, en voyant le regard de l’enfant, on comprend qu’il n’avait pas saisi que le réel le rattrapait.

Le réel ! Le moins que l’on puisse dire est qu’il varie en fonction de divers facteurs. Qu’est-ce que cela veut dire le réel, et surtout préparer nos enfants au monde réel? Au XVIIe siècle, cela ne voulait sûrement pas dire grand-chose : un état dans lequel tout un chacun aurait reçu une éducation, aurait son mot à dire dans une démocratie serait un non-sens. Après la Révolution française, les choses sont un peu différentes, mais combien de petits Français reçoivent les lumières de l’éducation ? Ce n’est que progressivement, au XIXe siècle, que les Français vont accéder de plus en plus nombreux à l’école, mais pourquoi faire ? L’enfant apprend à compter, à lire et à écrire. Cela est bien suffisant, et de toute façon la moisson mobilisera bientôt toute l’énergie de la famille. Dans l’industrialisation croissante de ce siècle, à quoi faut-il préparer les enfants ? Au travail que le monde est en mesure de leur donner ? À travailler dans une mine, à travailler dans une manufacture ? À faire la guerre pour lutter contre les Prussiens ? Ce qui n’est pas encore l’Éducation nationale n’a-t-il pour autre objectif que de préparer l’enfant à recevoir ce que le monde veut bien lui donner ? Dans le nôtre, que faudrait-il apprendre ? À mépriser La Princesse de Clèves, à s’adapter à telle technologie tant que nous en avons besoin (pensez aux cassettes vidéo de Sony dans les Landes), puis à les mettre à la porte ?

Ce n’est pas là ma conception de l’école.

Mieux encore. Selon moi, l’école est incompatible avec la logique de l’entreprise et de l’idéologie du libéralisme qui voit ou veut voir dans l’individu un être compétitif, prêt à écraser l’autre, ce qui est bien, en dernière analyse, l’exemple que vous donnez en évoquant Larry Page et Sergey Brin. Ne sont-ils pas à l’origine de l’entreprise qui, tel un monstre mythologique, avale tout, diminue ou écrase la concurrence c’est-à-dire des individus ?
Or rien de tel dans une classe. Si l’on fait de la pédagogie différenciée, la classe est divisée en petits groupes mêlant les élèves dont les meilleurs aident les moins forts. Il faudrait d’ailleurs s’entendre sur ce terme : le meilleur dans une classe n’est pas forcément le plus intelligent, mais parfois le plus chanceux, le plus mûr, le plus sérieux, le plus docile (ou le moins réfractaire), celui qui est passionné ou seulement intéressé. Dans un tel contexte, ledit meilleur n’a pas pour objectif d’écraser l’autre, mais bien de l’aider. Et tout l’enjeu de mon enseignement sera de le leur expliquer. Je tenterai également de leur parler de tout ce qui sera profondément inutile, la littérature. Vous qui aimez l’économie, permettez-moi d’y faire référence. L’enseignement de la littérature, c’est l’équivalent de ce que Georges Bataille appelait la part maudite, la dépense pour rien. Il n’y a rien de plus détestable que cette instrumentalisation de l’école, sa subordination au monde du travail. L’enseignement n’est pas utilitaire. Je n’enrôle pas de futurs chômeurs.


En découvrant l’IREF, stupeur…

En flânant sur Twitter, j’ai pris connaissance du blog de Nicolas Lecaussin sur le site de l’IREF, acronyme révélant de doux mots : Institut de recherches économiques et fiscales ( Concurrence fiscale et liberté économique ). Cela sent son libéralisme à cent lieues, et je devais bien me douter de ce que j’y trouverais…

Pour résumer, l’auteur du billet, évoquant les changements de programme des Sciences Économiques et Sociales, regrette que l’enseignement de l’économie soit subordonné à une idéologie de gauche privilégiant auteurs keynésiens, revues étatistes, etc. Il va jusqu’à prétendre que le véritable responsable du chômage ne serait pas le libéralisme, mais l’Éducation nationale (« L’échec des jeunes n’est pas dû au libéralisme mais à l’Éducation nationale qui ne fait pas bien son travail. » ). Diantre !

À ce moment, je suis encore sur ma chaise, et mon teint pâle n’est pas encore empourpré d’une légitime colère, car je connais bien ce discours, et si je ne le reconnais pas comme juste, il ne m’offusque pas plus que ça (question d’habitude). Au reste, quelle autre vision pourrait-elle être développée sur un tel site ?

Ce que je déplore vivement, c’est que non content de s’en prendre aux programmes, Nicolas Lecaussin bat en brèche le monde enseignant comme personne n’oserait le faire avec telle profession ou telle population, de peur de se voir poursuivi pour discrimination voire racisme.

Que dit-il en somme ? Je cite :

« Dirigé par des syndicats gauchistes et des fonctionnaires méprisants et suffisants, notre système scolaire a sombré. Une partie des enseignants sont régulièrement en grève et ne font que penser à leur statut, à leurs vacances ou à leur départ à la retraite. »

« Les fonctionnaires de l’Education nationale reconduisent leur modèle de gens étriqués, qui cherchent avant tout à se mettre à l’abri (fonction publique, professorat) et à vivre si possible aux dépens des autres. »

Nul besoin d’être fin lecteur pour comprendre l’idéologie qui sous-tend de tels propos.

En effet, quand on croit discerner au sein d’une population une catégorie responsable d’une nuisance ( responsabilité à l’égard de « notre système scolaire [qui] a sombré », « de l’échec des jeunes » ), coupable de se comporter en parasite puisqu’elle s’efforce de « vivre si possible aux dépens des autres », ayant quelques inacceptables tares (« fonctionnaires méprisants et suffisants », « gens étriqués »), rétive au bon fonctionnement de la société (« Une partie des enseignants sont régulièrement en grève et ne font que penser à leur statut, à leurs vacances ou à leur départ à la retraite »), quand on croit, disais-je, discerner au sein de la population une telle catégorie d’individus, on n’est pas sans rappeler certaine idéologie des années 30.
Or qu’en est-il réellement ? Je ne voudrais pas que l’on puisse me soupçonner de bâtir un plaidoyer pro domo, mais enfin les enseignants sont-ils ces parasites susmentionnés ? Sont-ils ces feignasses gangrenant la société ?

M. Lecaussin, je vous invite à vous rendre davantage dans les établissements scolaires afin d’y constater la vigueur du corps enseignant, lequel travaille d’arrache-pied à faire réussir ses élèves.
Souvent, l’enseignant se lève tôt ( le petit jeu des mutations ne lui a pas permis d’obtenir un poste près des gens qu’ils aiment ), fait de longs trajets, et passe sa journée sur son lieu de travail, son emploi du temps ne lui permettant pas de faire autrement. Si son service n’est que de 18 heures d’enseignement effectif pour un certifié, il lui faut 3 fois ce temps au moins pour se comporter en intellectuel qu’il est : pour préparer ses cours, il lit énormément, se documente, se déplace dans des musées, au théâtre, au cinéma, accumule les connaissances qui lui permettront d’enrichir des cours constamment renouvelés. Un forum comme Neoprofs vous donnera une idée de l’investissement des enseignants dans leur travail et de la hauteur de vue qui est la leur. Je n’ai évidemment pas parlé du temps consacré à la correction des copies, du temps que nombre de professeurs consacrent à la préparation de sorties scolaires ( je pense, entre autres, aux professeurs de langue). Je ne parlerai pas non plus du temps consacré à recevoir les élèves et leurs parents de plus en plus enclins à rencontrer les enseignants de leurs enfants. Enfin, on aurait pu évoquer, avec le développement d’internet, le temps croissant à diffuser des informations ( notes, cahiers de textes en ligne ) ou à établir le contact avec parents et élèves ( forum, mails ). Faut-il également préciser que les rares enseignants faisant grève le font parce qu’ils défendent leur vision de l’éducation, laquelle doit reposer sur une conception non pas comptable de la chose, mais sur une véritable politique éducative incompatible avec la politique d’éradication du fonctionnaire mise en place par le gouvernement. Ainsi, tous ceux qui font grève et perdent une journée de salaire ne le font pas de gaieté de cœur en songeant aux vacances prochaines.

Je pourrais continuer longtemps comme cela, et je dois évidemment en oublier, mais vous conviendrez qu’on ne peut pas se laisser aussi facilement insulter.

Le structuralisme coupable ?

Il y a quelque temps, je lisais un article à propos de Michel Foucault sur le site du Monde diplomatique. L’auteur de cet article évoquait Derrida, lequel trouvait que L’histoire de la folie à l’âge classique relevait du « totalitarisme structuraliste ».
Stupeur ! car pour ma part je ne vois pas en quoi le structuralisme peut relever du totalitarisme, à moins qu’il ne s’agisse d’un emploi métaphorique.

Je fais part de cet article à mes collègues, dont l’une me parle aussitôt du petit livre de Tzvetan Todorov paru en 2006 La littérature en péril, dans lequel sont expliqués les liens qui unissent structuralisme et communisme.

Au début de son livre, Todorov explique que les études littéraires étaient « sous l’emprise de l’idéologie officielle », c’est-à-dire celle de la Bulgarie faisant alors partie du bloc communiste en 1956. Il explique également comment il devait réussir le tour de force de parler de la littérature sans bien sûr énoncer la moindre idée personnelle contrevenant à l’idéologie communiste, mais sans non plus « avoir à se plier aux exigences de l’idéologie régnante » c’est-à-dire sans à avoir à exprimer la foi communiste.La solution était simple. Comme l’avaient fait dans les années 20 les formalistes russes, il s’agissait de ne s’intéresser qu’à « la matérialité même du texte, à ses formes linguistique », « à s’occuper d’objets sans teneur idéologique ». Ainsi les observations littéraires échappaient à la censure.

On voit ainsi comment le structuralisme, le formalisme ou toute manière de ne s’intéresser qu’à la forme pure étaient au départ un moyen d’échapper à l’emprise du parti. Plus tard, elle sera un rééquilibrage, une approche conciliant étude du contexte historique, idéologique, esthétique (soit la tendance dominante de la critique à l’époque) et étude de la relation des éléments de l’œuvre entre eux (la tendance de la nouvelle critique, celle de Barthes, Genette, Todorov…).

Je ne suis pas sûr que cela explique la critique de Derrida, que je ne suis pas sûr d’avoir comprise, mais la suite du livre de Todorov est intéressante. Ce dernier pense que l’enseignement ( que ce soit dans le secondaire, à l’université… ) est le reflet d’une conception étroite de la littérature qui considère l’œuvre littéraire comme un objet auto-suffisant, sans rapport avec le monde, fait de jeux formels dont les règles internes prévalent. En classe, on étudie des situations d’énonciation, des genres, des registres, des figures de style, des points de vue, les fonctions de Greimas, les fonctions du langage de Jakobson, bref des concepts forgés par l’analyse littéraire mais pas les œuvres. Le pire est que cela conduit à un désintérêt pour la littérature, ce que la désaffection pour les filières littéraires semble confirmer.

On confond donc le but et le moyen, les outils avec l’objet : « À l’école, on n’apprend pas de quoi parle les œuvres mais de quoi parlent les critiques » (page 19) ; « […] les études littéraires ont pour but premier de nous faire connaître les outils dont elles se servent » (page 18).

Mais, la majeure partie du livre de Todorov n’est pas constituée de ce constat qui tiendrait en une dizaine de pages. Il ne crie pas non plus haro sur le structuralisme ( comment le pourrait-il ? ) qui pourrait facilement être désigné comme le coupable des dérives susmentionnées. Il montre comment on en est arrivé à cette situation. Et alors qu’on pouvait penser que le structuralisme endosserait le rôle du coupable idéal, Todorov montre comment la naissance de l’esthétique moderne à contribué à façonner la notion de Beau, d’Art, et donc d’œuvre auto-suffisante, coupé du monde. De Platon à la théorie de l’art pour l’art, il explique comment l’enseignement et la critique en sont venus à privilégier l’œuvre et ses jeux formels comme un objet clos et non comme « un discours sur le monde » (page 31), ce qu’elle est avant tout.

Je ne peux résumer toutes ces pages ( 37 à 68 ), mais elles valent d’être lues, et on ne pourra ainsi pas accuser le structuralisme de tous les maux.

Enfin Todorov montre pourquoi la littérature est en péril. Selon lui, elle est prise dans un « corset étouffant », « fait de jeux formel, complaintes nihilistes et nombrilisme solipsiste » (page 85).

Pourtant, le structuralisme a beaucoup apporté. Il faut se souvenir de ce qu’était la critique littéraire auparavant. Pensez à la philologie. Relisez Contre Sainte-Beuve. Mais Todorov prévient en s’opposant à tout manichéisme : « on n’est pas obligé de choisir entre le retour à la vieille école du village, où tous les enfants portent la blouse grise, et le modernisme à tous crins ; on peut garder les beaux projets du passé sans avoir à conspuer tout ce qui trouve sa source dans le monde contemporain » ( page 24 ).

Au reste, le structuralisme a-t-il été autre chose qu’une tentative de déchiffrer le monde, de lui donner du sens ? Ne serait-il pas paradoxal que l’on fasse le procès de ce qui n’a jamais été autre chose qu’« un discours sur le monde » ? Cherchant à définir l’homme structural, Roland Barthes le désignait ainsi, Homo significans, percevant « le frisson d’une machine immense qui est l’humanité en train de procéder inlassablement à une création du sens » ( » L’activité structuraliste  » in Essais critiques, pp. 218-219). Et parlant de la littérature, Barthes écrivait « qu’elle est à la fois intelligible et interrogeante, parlante et silencieuse, engagée dans le monde par le chemin du sens qu’elle refait avec lui, mais dégagée des sens contingents que le monde élabore » ( c’est moi qui souligne ).


Sauvegarde qui peut

Il y a peu, Pierre Assouline regrettait sur son blog le contenu fort rétrograde de l’émission de Finkielkraut sur France Culture dans laquelle était invité Jean-Claude Carrière. On s’étonnera peut-être que l’on s’étonne du contenu des émissions de Finkielkraut. Au reste, je ne saurais dire ce que je pense de ce dernier dont les propos à forte teneur réactionnaire me semblent souvent choquants (sur France Inter à propos de Roman Polanski), mais j’en parlerai peut-être un jour, si je n’ai rien d’autre à faire.
Bref.
Pierre Assouline déplorait que nombre d’idées reçues sur l’informatique, sur son écrasante domination et sa menace sur le livre aient été une fois de plus répétées à l’envi. Or il se trouve que je lis actuellement une série d’entretiens entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière (N’espérez pas vous débarrasser des livres). J’ai la conviction (il faudrait vérifier, écouter l’émission de France Culture) que la présence d’Umberto Eco a servi de garde-fou aux débordements disons réactionnaires de Carrière. Ce dernier ne cache pas ou mal sa défiance pour l’informatique. Umberto Eco étant un utilisateur de longue date d’ordinateurs (dès les années 80), il s’est intéressé à la programmation (à l’époque, le basic, entre autres), il ne rechigne pas non plus à exploser quelques envahisseurs extraterrestres pour se divertir, etc. Il ne voit donc pas dans l’informatique une menace. En revanche, il croit en la supériorité du livre sur l’ordinateur, mais il ne pense pas que l’informatique tuera le livre. La préface est déjà un avertissement (celle de Jean-Philippe de Tonnac menant les entretiens), qui reprend en la démentant la citation hugolienne, laquelle expliquait comment l’intelligence humaine avait quitté l’architecture (la cathédrale) pour l’imprimerie (« Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice »). Cependant, les cathédrales existent toujours. Il en sera de même pour le livre. L’e-book ne tuera pas le livre. Ils coexisteront. De toute façon, l’e-book n’entre pas en concurrence avec le livre. Il en est une déclinaison, une évolution qui ne remplace par l’objet originel dans lequel Umberto Eco voit la perfection. Selon lui, on ne peut pas faire mieux, on ne peut pas inventer mieux (comme la roue, la cuillère…). Mon propos n’étant pas de prouver la supériorité du livre sur l’ordinateur, je n’insiste pas (j’aime trop les deux), mais lisez N’espérez pas vous débarrasser des livres. C’est passionnant (Carrière dit des choses très justes sur l’informatique, notamment les nouvelles techniques, page 47).
Poursuivons.
Pierre Assouline se rit des invités de Finkielkraut qui s’inquiètent « du caractère précaire de la conservation des données » en informatique. À dire vrai, j’imagine que l’émission a dû être éprouvante à écouter (Finkielkraut pareil à lui-même, Carrière qui se lâche, etc.), mais ils ne doivent pas avoir tout à fait tort. Dans N’espérez pas vous débarrasser des livres, Umberto Eco évoque à juste titre ce problème à plusieurs reprises. Lorsqu’il explique, page 82, qu’il n’a jamais retrouvé une première version du Pendule de Foucault enregistré sur une disquette en 1984 ou 1985, on frémit. Ces données sont extrêmement précaires et pas seulement parce qu’on peut les égarer, mais parce qu’elles sont gravées sur des supports en permanente évolution et obsolescence (de la bande magnétique à la clef USB en passant par les disquettes de différents formats, les CD-ROM, les DVD-ROM, les disques durs IDE et SATA puis SSD…). Dans le livre d’entretien, ils omettent un autre problème qui me paraît particulièrement inquiétant, celui du format choisi. La plupart du temps, nous confions nos précieuses données (et la mémoire de l’humanité tout entière) à un éditeur de logiciel que beaucoup ne se donnent même pas la peine de payer. Très souvent, il s’agit de Microsoft (Word, Works…). Avez-vous pourtant idée du nombre de logiciels de traitement de texte existant ? Vous êtes-vous déjà demandé ce qui arriverait si le logiciel que vous avez l’habitude d’utiliser cessait d’exister ? Ce n’est pas impossible. Pensez à AppleWorks. Pensez à… Word qui pourrait disparaître ou dont le format de fichier a changé (de .doc à .docx). C’est pourquoi il serait sain de s’en remettre à un format ouvert, celui d’OpenOffice (.odt).
De tout cela, j’en conclus qu’un vieux « chnoque » comme Jean-Claude Carrière a des choses fort intéressantes à dire et à nous apprendre, même si elles me semblent provenir d’un esprit qui ne comprend pas bien (et encore !) son époque. Et puis, c’est la première fois que je lis avec tant d’intérêt un auteur avec lequel je pourrais être en total désaccord sur certains points, tant il est vrai que la méfiance envers internet m’horripile (pensez à Jacques Séguéla et à je ne sais plus qui).
En tout cas, je retourne à ma lecture inachevée, et télécharge l’émission de France Culture.

Les mots préférés de Jean-François Parot

Jean-François Parot a ses mots favoris.
Quand on le lit, on est certain de trouver quelques mots comme – si ma mémoire ne me fait pas défaut – aménité, alacrité, acrimonie ou encore atermoyer ou gabegie. Il faudrait établir une de ces listes chères à Umberto Eco, car on en trouverait beaucoup d’autres.
Force est de constater que le père de Nicolas Le Floch a une prédilection pour le mot homicider dont tout le monde connaît le sens, à ceci près que Jean-François Parot a ressuscité son emploi pronominal, s’homicider qui équivaut à se suicider, occurrence  moderne moins accessible de prime abord, le pronom sui (soi) paraissant plus savant que le nom homo, hominis.
On retrouve s’homicider dans pratiquement chacun de ses livres (je n’ai pas pu tout vérifier, ayant prêté certains d’entre eux) :
« Vous êtes convaincu comme moi-même que ce jeune homme s’est homicidé, n’est-ce pas ? » (L’homme au ventre de plomb, chapitre I, page 36, édition 10/18)
« Tout laisse à croire qu’ayant tué la fille il a tenté de se punir en s’homicidant. », (Le crime de l’hôtel Saint-Florentin, chapitre II, p. 53, édition JC Lattès)
« Il y a possibilité qu’il ait voulu s’homicider […] » (Le cadavre anglais, chapitre III, p.91, édition JC Lattès)
« Pouah ! Songeriez-vous à vous homicider ? » ( Le noyé du Grand Canal, chapitre II, p.47, édition JC Lattès)
La fréquence de ce mot dans les romans de Jean-François Parot tient peut-être à des questions d’ordre générique. Dans un roman policier, il n’est probablement pas surprenant qu’il y ait des morts, fussent-ils homicidés. Pourtant, cette récurrence – notamment dans les premiers chapitres et ce de façon quasi systématique – m’apparaît davantage comme une ficelle romanesque, une volonté d’en imposer par un effet de réel créé par l’emploi d’un vocabulaire du XVIIIe siècle particulièrement savoureux. Au reste, il n’est pas impossible que l’auteur affectionne particulièrement ce mot est l’emploie à l’envi. Toutes ces hypothèses ne sont pas exclusives. Je suis d’ailleurs convaincu que Jean-François Parot aime le XVIIIe siècle dans ses bâtiments, ses hommes, ses histoires jusque dans ses mots (on rougit de dire tant d’évidences…). Il n’est donc pas rare de lire sous la plume de cet auteur ses mots fétiches revenant régulièrement, pour mon plus grand plaisir, parce que s’il ne le répétait pas, je les oublierais comme le délicieux pet-en-l’air désignant une robe de chambre (L’affaire Nicolas Le Floch, p. 157 et Le noyé du Grand Canal, p. 103  édition JC Lattès)

parotJean-François Parot a ses mots favoris.

Quand on le lit, on est certain de trouver quelques mots comme – si ma mémoire ne me fait pas défaut – aménité, alacrité, impéritieacrimonie ou encore atermoyer ou gabegie. Il faudrait établir une de ces listes chères à Umberto Eco, car on en trouverait beaucoup d’autres.

Force est de constater que le père de Nicolas Le Floch a une prédilection pour le mot homicider dont tout le monde connaît le sens, à ceci près que Jean-François Parot a ressuscité son emploi pronominal, s’homicider qui équivaut à se suicider, occurrence  moderne moins accessible de prime abord, le pronom sui (soi) paraissant plus savant que le nom homo, hominis.

On retrouve s’homicider dans pratiquement chacun de ses livres (je n’ai pas pu tout vérifier, ayant prêté certains d’entre eux) :

« Vous êtes convaincu comme moi-même que ce jeune homme s’est homicidé, n’est-ce pas ? » (L’Homme au ventre de plomb, chapitre I, page 36, édition 10/18)

« Tout laisse à croire qu’ayant tué la fille il a tenté de se punir en s’homicidant. », (Le Crime de l’hôtel Saint-Florentin, chapitre II, p. 53, édition JC Lattès)

« Il y a possibilité qu’il ait voulu s’homicider […] » (Le Cadavre anglais, chapitre III, p.91, édition JC Lattès)

« Pouah ! Songeriez-vous à vous homicider ? »  et  «[…] on ne pouvait parfois éviter que des prisonniers n’en vinssent à des pensées funestes et ne s’homicidassent. » ( Le Noyé du Grand Canal, chapitre II, p.47 et 424, édition JC Lattès)

La fréquence de ce mot dans les romans de Jean-François Parot tient peut-être à des questions d’ordre générique. Dans un roman policier, il n’est probablement pas surprenant qu’il y ait des morts, fussent-ils homicidés. Pourtant, cette récurrence – notamment dans les premiers chapitres et ce de façon quasi systématique – m’apparaît davantage comme une ficelle romanesque, une volonté d’en imposer par un effet de réel créé par l’emploi d’un vocabulaire du XVIIIe siècle particulièrement savoureux. Au reste, il n’est pas impossible que l’auteur affectionne particulièrement ce mot et l’emploie à l’envi. Toutes ces hypothèses ne sont pas exclusives. Je suis d’ailleurs convaincu que Jean-François Parot aime le XVIIIe siècle dans ses bâtiments, ses hommes, ses histoires jusque dans ses mots (on rougit de dire tant d’évidences…). Il n’est donc pas rare de lire sous la plume de cet auteur ses mots fétiches revenant régulièrement, pour mon plus grand plaisir, parce que s’il ne les répétait pas, je les oublierais comme le délicieux pet-en-l’air désignant une robe de chambre (L’Affaire Nicolas Le Floch, p. 157 et Le Noyé du Grand Canal, p. 103  édition JC Lattès).

Hommage de Dumas

Dans Pauline, Alexandre Dumas rend hommage au père du roman historique lorsqu’il fait dire à son héros : « Nous visitâmes, Walter Scott à la main, toute cette terre poétique que, pareil à un magicien qui évoque des fantômes, il a repeuplée de ses antiques habitants, auxquels il a mêlé les originales et gracieuses créations de sa fantaisie ».

Mais comment ne pas y voir le manifeste littéraire de sa propre œuvre ? Ce que Walter Scott a fait en Angleterre, Alexandre Dumas l’a fait à son tour en France.

La fête punitive

Je me souviens avoir vu une adaptation cinématographique de L’Odyssée (fort médiocre au demeurant, l’adaptation naturellement pas L’Odyssée) dans laquelle le personnage de Télémaque était joué par un acteur prépubère au regard méchant, probablement aigri, meurtri, par les années passées en compagnie des prétendants, ce que l’on peut concevoir d’ailleurs. Il y piquait quelques vaines colères qui le rendaient pathétique.

Qu’en est-il réellement de ce personnage ?

Je n’ai pas relu la totalité de L’Odyssée, néanmoins un passage a attiré mon attention. Après que les prétendants ont été dûment massacrés, le fils d’Ulysse et deux serviteurs emmènent Mélanthios, un complice des prétendants.

Que lui font-ils ?

Ils lui coupent le nez, lui tranchent les oreilles, lui arrachent les parties génitales qu’ils jettent aux chiens, puis lui coupent les mains et les pieds.

Je vois Télémaque différemment à présent. Évidemment, l’adolescent est devenu un homme après que son père est revenu. Mais quelle violence !

On pense à Achille, dans L’Iliade, devenu fou de douleur à la mort de Patrocle tué par Hector.  Après que tous les Achéens ont blessé le corps d’Hector mort, Achille lui perce les tendons et fait 3 fois le tour de Troie en traînant le corps sans vie de son adversaire. La folie furieuse d’Achille est la même que celle qu’éprouve Télémaque. Homère dit que le fils d’Ulysse était ivre de colère.

On pense enfin à tous ces châtiments qui relèvent du faste punitif pour reprendre les termes de Michel Foucault dans Surveiller et punir, notamment au supplice de Damien. Accusé de régicide, ce dernier a été torturé. Si ma mémoire est bonne, le bourreau – le fameux Sanson – lui tranchera la main coupable sur laquelle il versera diverses matières brûlantes avant de l’écarteler et de jeter au corps son feu. J’édulcore le récit : il faudrait dire comment le bourreau – les chevaux ne parvenant pas à écarteler la victime – a tranché à la lame les quatre membres.

Pensez aussi au supplice des cent morceaux dont parle Georges Bataille dans Les Larmes d’Éros. Pour celui-ci, on a même des photos du début du siècle (Je ne les montrerai pas, Google vous révélera tout ce que vous pouvez désirer savoir et voir). Dans ce cas précis, le raffinement pénal tient, outre son nom très explicite, au maintien le plus long possible de la conscience du condamné par le truchement de l’opium.

Dans tous ces exemples, le corps est la cible privilégiée de la répression pénale. Aujourd’hui, le complice des prétendants aurait vu ses droits suspendus, une amende pharaonique ainsi qu’une peine de prison. Avec l’approbation des Dieux.

À lire enfin, le jugement des protagonistes de La guerre des boutons revu selon la procédure pénale actuelle sur le site du Monde diplomatique.

En lisant Le Château

J’ai achevé la (re)lecture du Château de Franz Kafka il y a quelque temps, lecture qui m’a inspiré ces quelques notes qui valent ce qu’elles valent.

Je viens de lire, plus exactement de relire, Le Château de Franz Kafka. Je disais « lire » parce que, plus de vingt ans après la première lecture que j‘ai faite de ce roman, c’est un peu comme si je le découvrais pour la première fois. Je me demande même quelle lecture j’avais pu faire de ce livre qui m’avait plu à l’époque. J’étais alors lycéen, et j’avais lu dans la foulée Le Procès et L’Amérique. C’est dire si ça m’avait plu ! Pourtant, je ne peux pas dire aujourd’hui que l’œuvre m’ait plu. Je l’ai trouvée particulièrement fascinante, particulièrement ennuyante à bien des égards, mais dire que je l’ai trouvée plaisante, non.
En revanche, l’œuvre a le charme des romans inachevés ( je pense notamment à L’Homme sans qualités de Robert Musil ). Quand, au terme de plusieurs centaines de pages, on lit ces mots (« mais ce qu’elle disait… »), quand on comprend que ce sont les derniers, et que ceux qui manquent contiennent peut-être la clef sinon du roman du moins de son sens ( selon la double acception du terme, vectorielle et sémantique, disait un mien professeur ), on est saisi de vertige au bord de ces points de suspension. C’est un peu le contraire de la nouvelle à chute. Le plaisir de la révélation vous est retiré, seules la réflexion, la perplexité aussi prolongent votre lecture. D’autant que le livre se pare d’un autre charme : celui d’avoir échappé aux flammes. Il faut se réjouir que Max Brod ne se soit pas conformé aux vœux de l’auteur, en ne brûlant pas l’œuvre comme il l’avait promis à la mort de son ami.
Perplexe, on a alors envie de reprendre le livre. Curieux livre… Quelqu’un a dit un jour d’un roman que le soleil en était absent. Je n’ai pas souvenir qu’il s’agissait du Château, mais je trouverais cela tout à fait pertinent. On a le sentiment, tout au long de la lecture, d’être plongé dans une pénombre hivernale. On ne peut certes pas préjuger de la structure du livre puisqu’il est inachevé, mais le premier chapitre s’ouvre sur une arrivée nocturne : « Il était tard lorsque K. arriva. Une neige épaisse couvrait le village ». Quelques lignes après, le protagoniste s’endort : « Il faisait chaud, les paysans se taisaient, il les regarda encore un peu entre ses paupières fatiguées puis s’endormit ». À la fin, K. éprouve un irrésistible sommeil (« […] il n’avait jamais dû connaître de fatigue aussi affreuse que celle dont K. souffrait en ce moment », p. 752). L’avant-dernier chapitre est intitulé « L’heure du réveil à l’hôtel ». Et encore ne sommes-nous pas totalement sûr que K. soit totalement éveillé. Le chapitre suivant ne s’ouvre-t-il pas sur cette phrase « Lorsque K. se réveilla, il crut d’abord n’avoir pas dormi […]» (p. 780) ? La dernière page montre K. se laissant « conduire dans la nuit » (p. 808). Tout se passe comme si le personnage principal – K. – menait une vie nocturne où les thèmes de la fatigue, de la nuit, du sommeil sont récurrents.
Je n’ai évidemment pas l’intention ni la prétention de me lancer dans une analyse du roman, ce ne sont que des impressions de lecture qu’il faudrait infirmer ou confirmer, mais j’ai le sentiment que Le Château relève à bien des égards du récit de rêve. De ce point de vue, l’histoire est absurde comme dans tous les rêves. De nombreux exemples en témoignent. Ainsi, certains personnages comme Klamm semblent changer d’apparence : « On dit […] qu’il n’a pas le même physique avant d’avoir pris sa bière et après, qu’il change quand il dort, quand il veille, quand il parle, quand il est seul […]» (p. 671). À la fin du roman, on apprendra que Frieda, la femme que K. aime, est un affreux laideron. Jamais elle n’avait été dépeinte ainsi. Enfin, K. est affublé de deux aides dont l’un ( il s’agit de Jérémie, à la fin du livre ) change lui aussi d’apparence :

– Tu ne me reconnais pas ? demanda l’homme, Jérémie, ton vieil aide.- Ah ! dit K. […] Mais tu n’es plus le même ?- C’est parce que je suis seul ! dit Jérémie. Quand je suis seul, ma verte jeunesse m’abandonne. (p. 727)

Autre exemple caractéristique du rêve : le protagoniste est bien souvent dans des situations embarrassantes ou absurdes comme il n’en existe que dans les rêves : enivré de sommeil K. s’avachit sur le lit du secrétaire d’un fonctionnaire du château qui n’en finit pas de gloser sur son métier. Au reste, c’est encore ce secrétaire qui résume le mieux l’histoire de ce livre lorsqu’il dit à K. : « Vous êtes donc un arpenteur sans travail d’arpentage » (p. 754).Histoire absurde s’il en est. K., un arpenteur appelé au village pour effectuer des travaux, ne parvient pas à les réaliser ni même à commencer quoi que ce soit parce que l’administration qui l’a convoqué — quand elle se manifeste — nie d’une façon ou d’une autre sa présence, son emploi, la pertinence de sa présence… En fait, K. a à peu près le même sort que le messager Barnabé qui doit en principe recevoir un costume officiel :

[…] au Château tout va toujours très lentement et l’ennui est qu’on ne sait jamais ce que signifie cette lenteur ; elle peut signifier que l’affaire suit la voie administrative, mais elle peut signifier aussi que rien n’est encore amorcé, que l’on veut par exemple éprouver Barnabé, et peut-être même que l’affaire a déjà été réglée, que la promesse a été retirée pour une raison ou pour une autre et que Barnabé ne touchera jamais le costume. On ne peut rien savoir de plus précis, tout au moins de très longtemps. (p. 668)

En somme, on ne sait jamais où en sont les choses et le roman raconte comment K. essaie vainement de les démêler affrontant une administration semblable à Dieu en ceci qu’elle est partout et nulle part. Pire encore, dans cette quête pour prouver sa légitimité, la vie de K. se confond avec son emploi :

Jamais encore K. n’avait vu son existence et son service aussi intimement mêlés ; ils l’étaient si bien que parfois K. pouvait croire que l’existence était devenue service et le service existence. (page… je ne sais plus)

Étrange confusion dont l’issue ne saurait être heureuse. Cette confusion n’en est d’ailleurs pas une. Pour l’administration, il n’y a pas de « différence entre le temps, le temps tout court, et le temps du travail » (p. 755) De toute façon, la confusion ou même l’erreur ne sauraient être tolérées — ni même surtout possible — par une administration toute puissante. C’est ce qu’explique le maire (qui lui aussi reçoit dans son lit). Ses explications constituent une scène d’anthologie. « Vous êtes engagé comme arpenteur, ainsi que vous le dites, mais malheureusement nous n’avons pas besoin d’arpenteur » (p. 553) commence-t-il par dire. Puis il raconte :

Il y a longtemps — à cette époque je n’étais maire que depuis quelques mois -, un décret vint, je ne sais plus de quel bureau, dans lequel on nous informait, de la façon catégorique qui est de règle chez ces messieurs, que nous devions engager un arpenteur et que la commune avait à préparer tous les plans et dessins nécessaires à ces travaux. Ce décret ne peut naturellement pas vous avoir concerné, car la chose date déjà de bon nombre d’années […] (pp. 553-554)

Mais, pour le maire, il ne saurait s’agir d’une erreur :

[…] nous avons donc répondu à ce décret en remerciant et en disant que nous n’avions pas besoin d’arpenteur. Mais cette réponse ne semble pas être revenue au bureau A — appelons-le A si vous voulez — mais, par erreur, à un autre bureau, par exemple le bureau B. Le bureau A est donc resté sans réponse, et de son côté le bureau B n’a pas reçu la totalité de notre lettre ; soit que le contenu du dossier fût resté chez nous, soit qu’il se fût perdu en route — pas au bureau, en tout cas, j’en mettrais ma main au feu — il n’arriva au bureau B qu’une chemise portant pour toute indication que son contenu — égaré — avait trait à la nomination d’un arpenteur. Cependant le bureau A attendait notre réponse ; il avait bien des notes sur l’affaire, mais, comme il arrive souvent et comme il est logique dans une administration qui fonctionne avec autant de précision, le rapporteur se reposa sur la certitude qu’il avait de nous voir répondre quelque jour, ensuite de quoi il eût ou nommé l’arpenteur ou, si besoin était, continué de correspondre avec nous. En conséquence il négligea ses notes et finit par oublier totalement l’affaire. Au bureau B la chemise arriva entre les mains d’un rapporteur célèbre pour sa grande conscience, un Italien, il s’appelle Sordini […] Ce Sordini nous renvoya naturellement le dossier vide pour le compléter. Mais depuis le premier écrit du bureau A, il s’était passé bien des mois, pour ne pas dire des années, et cela se comprend, car lorsqu’une pièce, comme c’est la règle générale, prend le bon chemin, elle arrive à destination dans les vingt-quatre heures et l’affaire est réglée le même jour, mais si elle se trompe de route — et il faut qu’elle y mette du sien étant donné la perfection de l’organisme, autrement elle n’y arriverait pas — alors, évidemment cela peut durer très longtemps. Aussi quand nous reçûmes la note de Sordini ne nous souvînmes-nous que très vaguement de l’affaire […] nous ne pûmes que répondre très vaguement que nous ne savions rien de cette nomination et que nous n’avions pas besoin d’un arpenteur… (pp.556-557)

Je ne peux poursuivre plus longtemps une si longue citation que je n’ai faite que pour vous donner une idée de la complexité administrative dans laquelle est prise K. (et puis cette logorrhée administrative est fascinante). Encore ceci n’est-il rien au regard de ce qui suit. Je résume. Sordini mène une manière d’enquête — d’où l’idée même d’erreur est exclue en raison d’une prétendue perfection administrative — pour s’occuper de l’affaire. Les choses se compliquant encore, d’aucuns en viennent à penser que la nomination d’un arpenteur est peut-être nécessaire (« C’est ainsi qu’une chose évidente (nous n’avions visiblement pas besoin d’arpenteur) se vit tout à coup discutée », p. 561). Mais, peut-être, (il faudrait compter combien de fois cet adverbe ou un autre du même sens apparaît dans le roman) un fonctionnaire « a tranché la question » (p. 562), malheureusement, comme personne ne le sait, « l’on continue à discuter passionnément sur des affaires réglées depuis longtemps […] on vous a envoyé la convocation » (p. 562). En somme, K. a été convoqué suite à ce que personne ne veut reconnaître comme une erreur pour des travaux dont on ne sait s’ils sont nécessaires à une époque où K. n’existait même pas. Un autre fonctionnaire découvrant tout cela parvient à mettre tout le monde d’accord. Ils en concluent que les travaux d’arpentage ne sont pas nécessaires, et voilà que K. apparaît bel et bien engagé comme arpenteur, lettre en main.
Voilà tout l’absurde de la situation. Or « Il est possible que l’apparence réponde à la réalité », dit le secrétaire Bürgel, p. 754. Nous avons déjà évoqué ce fonctionnaire recevant K. dans son lit. À de nombreuses reprises, il semble formuler certaines clefs sinon du livre du moins de l’administration qui l’emploie. Mais, la phrase elle-même est sujette à caution. La modalisation « Il est possible », le subjonctif « réponde » montrent assez que nous sommes dans l’univers des possibles, que rien n’est jamais certain, jamais acquis. D’où l’abondance des adverbes modalisateurs que j’évoquais plus haut. Ils sont très utilisés par le personnage d’Olga dont la vie est un drame («probablement », p. 675, « peut-être », p. 676, « probablement », p. 677). Que sait-on de sûr de cette administration démesurée tout entière consacrée à ce petit village ? En fait, on ne sait jamais. Tout ce que j’ai écrit plus haut est peut-être entièrement faux, je me suis peut-être entièrement fourvoyé, comme le personnage de K. toujours en porte à faux. Alors qu’il s’attarde dans un couloir de l’hôtel des Messieurs, il assiste à la distribution chaotique de dossiers. Il lui sera reproché d’avoir vu ce qu’il a vu et d’avoir été le responsable de ce chaos, comme s’il avait commis une faute énorme. En permanence, K. est susceptible de transgresser des règles jamais édictées.
Or ce K. est d’une politesse et d’une déférence extraordinaire tout au long de l’histoire. Il faudrait une étude des répliques de K. (elle existe peut-être déjà). Seuls les aides qui ont été affectés à son service semblent capables le faire enrager. Ce sont deux curieux personnages, inséparables, lovés l’un contre l’autre pendant leur sommeil, jouant en permanence, incapables de sérieux.
On ne saurait dire que K. est sympathique, mais on est amené à prendre son parti dans cette invraisemblable histoire.

Anna et son journal

couv1Ma fille aînée était cette année en CE2.
Il lui avait été demandé de rédiger un petit journal, ce qu’elle a fait sous la forme d’un petit carnet, poussant le détail jusqu’à reproduire au crayon les spirales.
C’est très joli. Aussi décidé-je, dans un élan de fierté parternelle, de reproduire le tout. C’est moins joli que l’original, mais cela vous donnera une idée.
Pour l’enseignant que je suis, c’est aussi très intéressant de savoir ce qu’une enfant de neuf ans sait ou ne sait pas faire. Cela m’aide à mieux comprendre mes petits collégiens.

Le journal est ici.