Faire une dictée par jour qui passionne les élèves

Quand on parle de dictée, et dieu sait qu’on en parle aujourd’hui, force est de constater qu’un modèle s’est gravé dans l’esprit de ceux qui nomment ce pensum venu de la nuit des temps pédagogiques : la dictée, la terrible dictée, celle qui vous vaut de perdre tout espoir d’atteindre la moyenne dès le troisième mot, en un mot la dictée de Pivot. Quelque chose comme ça :

Deux voyageurs, à six heures et demie sonnées, s’étaient étirés dans les couchettes superposées d’une des voitures-lits. Ils s’étaient levés tout titubants et s’étaient fait un brin de toilette avec les moyens du bord. Bien que cela fût malcommode, ils avaient enfilé des jeans et des parkas crème. (in Tests 2001, Devenez un champion en orthographe, Albin Michel)

Pour ma part, j’en ai parlé à plusieurs reprises : Mais comment évaluer cette dictée ? et La dictée encore et toujours, oui mais

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À vrai dire, les choses ont pas mal évolué. Et depuis qu’à l’IUFM on nous disait que la dictée, c’était le mal incarné, le prof que je suis a pu prendre un peu de distance avec ce genre de propos qui nous a conduits à abandonner purement et simplement l’exercice de la dictée. Il faut dire que si c’était pour mettre des 0 à tire-larigot, on pouvait en effet fort bien s’en passer (et puisque dieu sait tout, il sait aussi combien les élèves ont un problème avec l’orthographe). Et c’est ce que l’on fit. Nombre d’enseignants ne font plus de dictées. Je le sais, je l’ai vu. Moi-même, pendant des années, j’ai abandonné sa pratique pour toutes les raisons que je viens de mentionner, mais aussi parce qu’en français, on fait toujours des choix : lecture, rédaction, exposé, etc. On n’a jamais assez de temps.

Enfin bref, venons-en au sujet qui justifie le titre de ce billet.

Une dictée en rapport avec l’actualité

Chaque matin, entre ma tartine et ma tasse de café, sur mon téléphone, je compulse frénétiquement mes flux RSS à la recherche d’un fait en rapport avec l’actualité. Quand un article a retenu mon attention, j’en extrais une phrase ou je résume l’événement afin d’en faire une dictée. C’est donc une simple phrase qui sera soumise aux élèves.
Pourquoi l’actualité ? Parce qu’elle intéresse les élèves, parce que ce rendez-vous quotidien leur rappelle ce dont ils ont pu discuter avec leurs parents en regardant le journal télévisé, parce que cela ouvre la classe sur ce monde qui bouge sans cesse et dont l’école voudrait bien trop souvent s’abstraire. Enfin bref parce que cela les intéresse, et que bien souvent la dictée est précédée ou suivie de questions, d’interrogations sur des choses, des possibilités qui étaient jusque-là ignorées.
De plus, les dictées sont placées sur Evernote et elles sont suivies d’un lien menant à l’article d’où elles proviennent. L’élève intéressé par l’actualité du jour peut en découvrir davantage.

Une seule phrase

Cette dictée est quotidienne. On ne peut donc lui accorder trop de temps, sinon nous ne ferions plus que ça, et ce serait au détriment de tout le reste. Elle ne doit donc durer qu’un quart d’heure. Comment s’y prend-on ? C’est très simple. C’est devenu une habitude et les élèves dès les premières minutes sortent leur cahier de brouillon. Un élève vient à mon bureau et tape la dictée sur l’ordinateur. Quand tout le monde a noté, on affiche la dictée de celui qui écrivait sur mon ordinateur. Ensuite, chacun de lever la main pour signaler les erreurs ou ce qu’il croyait être des erreurs. Et on explique. Quand je dis « on », c’est moi ou le plus souvent les élèves. On explique pourquoi c’est juste ou pourquoi cela ne l’est pas. Tu ne sais pas ? Eh bien on va l’apprendre.
Bien souvent, ce petit travail orthographique est assorti d’un travail typographique : comment fait-on les majuscules ? le « ç » ? Il y a une espace en trop. Il en manque une, etc. C’est que l’exercice du clavier est pour beaucoup d’élèves une terra complètement incognita.

Non notée

Pour finir, je voudrais tordre le cou à une idée reçue qui colle à la dictée, celle de la note. On n’est pas obligé de noter la dictée. Ce travail quotidien est un simple travail, un exercice au brouillon permettant de dire et redire les choses. Par exemple, le passé composé avec son participe passé, comment se termine-t-il déjà ? Par un « i », par un « s » ou « t » ?. Faut-il ou non l’accorder ? Y a-t-il « être » ou « avoir » ? Au brouillon, on peut avoir faux, on peut s’être trompé, on peut se corriger. Rien n’est grave.
Évidemment, la dictée n’est pas le seul moyen d’évaluer l’orthographe. C’est d’ailleurs ce qui se passe au brevet. On l’évalue par la dictée bien sûr, mais aussi par l’exercice de réécriture et enfin par la rédaction. Mais je dis « évaluation » ! Où avais-je la tête ? Qui parle d’évaluation ? Pourquoi veut-on absolument que la dictée soit une évaluation ? L’orthographe ni évalué ni noté peut rester un travail sur la langue nécessaire, non pas le seul, mais l’un d’entre eux. Et ce serait dommage de le vouer aux gémonies.

8 commentaires sur “Faire une dictée par jour qui passionne les élèves

  1. Bien joué, Yann. Je partage absolument le propos. La dictée n’est pas quotidienne ici mais c’est le rendez-vous du lundi, pour toutes les classes. C’est probablement la séance la plus détendue de la semaine. Le challenge : faire en sorte qu’ils trouvent, enfin, du plaisir à bien écrire.

  2. Merci Marie ! L’idée, c’est qu’on ne renonce pas aux exigences de compétences orthographiques sans transformer les cours en un cauchemar ! 🙂

  3. Bravo pour cette excellente façon d’aborder la dictée…j’aimerai tellement que mon collégien la pratique comme cela Il est en troisième et a moins de 10 dictées à son actif en classe (collège), noté de surcroît

  4. L’idée, c’est qu’on ne renonce pas aux exigences de compétences orthographiques sans transformer les cours en un cauchemar !

    En plein ça 🙂 Merci Yann !

  5. […] Lire la suite : http://www.ralentirtravaux.com/le_blog/?p=2758 […]

  6. […] • La dictée qui passionne les élèves   Dans un tout autre registre, un exercice que nous avons connu et qui fait beaucoup débat, car […]

  7. Une bonne idée c’est sûr et mon fils rentre souvent à la maison curieux, nous partons à la recherche d’informations et nous apprenons à voir la dictée autrement… » mais que va-t-il nous apprendre aujourd’hui » ! Super donc ! peut-être aussi pourriez-vous proposer aux élèves de vous apporter des sujets!!…. (oh non tu veux nous rajouter des devoirs….me dit une petite voix dans mon dos….) mais ce serait une façon de les impliquer encore plus ! et d’évoquer des sujets intéressants à leurs yeux.

  8. Merci beaucoup pour votre commentaire ! Votre idée est très intéressante, mais j’essaie d’accorder à ce moment un minimum de temps. Du fait d’une pratique quotidienne, cette dictée et son lien à l’actualité (aujourd’hui, une discussion s’est ensuivie à propos du harcèlement) prend beaucoup de temps dans la semaine. Et il y a tant de choses à faire !

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