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Le président

Un ami m’a prêté Le président d’Henri Verneuil avec dans le rôle titre Jean Gabin qui y excelle (j’insiste car, malgré Un singe en hiver ou La traversée de Paris, je n’ai jamais vraiment été fasciné par cet acteur).
Cela va bientôt faire un an que j’ai ce film, et je me suis enfin décidé à le regarder à la faveur d’une convalescence. Dans un autre genre, j’ai vu Doctor Who que le même ami m’avait prêté également, mais je suis moins enthousiaste à propos de cette série.
C’est fou comme on devient cultivé après une maladie (on lit, on écrit, on regarde). Pensez à Roland Barthes qui avait lu tout Michelet dans un sanatorium.
Malheureusement, je n’ai eu qu’une petite grippe. Aussi ne deviendrai-je jamais Roland Barthes (soupir).
Que dire de ce film ?
Que c’est sinon un chef-d’œuvre du moins un excellent film, certes.
Qu’il y exprime la vision que son auteur a du chef d’état, oui. Encore faudrait-il préciser que ce film est l’adaptation du roman de Georges Simenon.
Que ceci, que cela ? Oui et oui. Magnifiquement tourné (la réunion pendant le concert est mémorable, le «suicide collectif aux accents de Wagner» !), magnifiquement filmé (pratiquement que des scènes d’intérieur : splendide maison de campagne pour l’essentiel, assemblée nationale, Matignon… seuls le début, une partie de pétanque et une longue balade montrant la campagne de l’époque nous donnent ainsi à voir combien la France a changé !), magnifiquement interprété (Jean Gabin, Bernard Blier…). On remarquera que ce film montre la France à un tournant historique (le passage à l’Europe, qui avait commencé bien avant, mais si on parle aujourd’hui d’eurosceptiques, à l’époque c’étaient les souverainistes qui s’opposaient à l’Europe. Dire qu’il y en a encore !).
Enfin, il faut bien avouer que les dialogues de Jacques Audiard font merveille. Qu’on ne se méprenne pas, sans le reste précédemment cité, ces dialogues ne vaudraient pas tripette. Mais, il fallait bien Audiard pour donner vie à ce président vieillissant (Émile Beaufort), blessé par quarante années de vie politique mais toujours intègre dans ses idéaux, plus fougueux qu’un anarchiste, roué, matois serait plus exact, intelligent, fin, généreux, éloquent, savant, drôle enfin.
Quelques exemples.
Le président mange avec sa secrétaire. La jeune fille le servant lui demande si elle peut prendre son après-midi. S’ensuit ce dialogue :
Le Président  : Ah ! Pour quoi faire ?
La jeune fille : Ma grand-mère est malade.
Le Président : C’est bien ça… enfin… d’ailleurs, c’est bien de votre part de vous intéresser à votre grand-mère. Eh bien prenez donc votre après-midi. Allez !
La jeune fille s’en va.
La secrétaire : Menteuse ! Coureuse ! Et vous lui passez tout !
Le Président : C’est le seul élément jeune de cette maison.
La secrétaire : Vous ne croyez tout de même pas à cette histoire de grand-mère ?
Le Président : Oh ! bien sûr que non, mais elle témoigne d’une imagination délicate.
La secrétaire : D’un certain culot, oui !
Le Président : Non ! Le culot aurait été de me dire : «Monsieur le Président, j’ai besoin de mon après-midi pour aller me faire sauter »!
La secrétaire (air interloqué) : ????
Le Président : Bah ! Quoi ! Le culot, le culot, c’est ça !
Il faudrait enfin citer l’ensemble de la séance de l’assemblée lors de laquelle Gabin se lance dans une intervention qui, selon Wikipedia, ferait référence aux deux cents familles.
À l’assemblée, ses propos font mouche à chaque fois :
Un député : Quand on ne veut pas du pouvoir, on le refuse M. Beaufort ! On peut très bien vivre dans l’ombre !
Le Président : Et ne jamais en sortir, vous en savez quelque chose !
Le Président s’en prend aux patrons. De droite selon lui, et un député lui rétorque qu’il y a aussi des patrons de gauche :
Le Président : Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre.
Et puis, il manie le paradoxe :
Le repos, c’est fait pour les jeunes. Ils ont toute la vie devant eux, moi pas.
Pourquoi ne fumez-vous pas Millerand ? Ça rend aimable !

presidentUn ami m’a prêté Le président d’Henri Verneuil avec dans le rôle titre Jean Gabin qui y excelle (j’insiste car, malgré Un singe en hiver ou La traversée de Paris, je n’ai jamais vraiment été fasciné par cet acteur).

Cela va bientôt faire un an que j’ai ce film, et je me suis enfin décidé à le regarder à la faveur d’une convalescence. Dans un autre genre, j’ai vu Doctor Who que le même ami m’avait prêté également, mais je suis moins enthousiaste à propos de cette série.

C’est fou comme on devient cultivé après une maladie (on lit, on écrit, on regarde). Pensez à Roland Barthes qui avait lu tout Michelet dans un sanatorium.

Malheureusement, je n’ai eu qu’une petite grippe. Aussi ne deviendrai-je jamais Roland Barthes (soupir).

Que dire de ce film ?

Que c’est sinon un chef-d’œuvre du moins un excellent film, certes.

Qu’il y exprime la vision que son auteur a du chef d’état, oui. Encore faudrait-il préciser que ce film est l’adaptation du roman de Georges Simenon.

Que ceci, que cela ? Oui et oui. Magnifiquement tourné (la réunion pendant le concert est mémorable, le «suicide collectif aux accents de Wagner» !), magnifiquement filmé (pratiquement que des scènes d’intérieur : splendide maison de campagne pour l’essentiel, assemblée nationale, Matignon… seuls le début, une partie de pétanque et une longue balade montrant la campagne de l’époque nous donnent ainsi à voir combien la France a changé !), magnifiquement interprété (Jean Gabin, Bernard Blier…). On remarquera que ce film montre la France à un tournant historique (le passage à l’Europe, qui avait commencé bien avant, mais si on parle aujourd’hui d’eurosceptiques, à l’époque c’étaient les souverainistes qui s’opposaient à l’Europe. Dire qu’il y en a encore !).

Enfin, il faut bien avouer que les dialogues de Jacques Audiard font merveille. Qu’on ne se méprenne pas, sans le reste précédemment cité, ces dialogues ne vaudraient pas tripette. Mais, il fallait bien Audiard pour donner vie à ce président vieillissant (Émile Beaufort), blessé par quarante années de vie politique mais toujours intègre dans ses idéaux, plus fougueux qu’un anarchiste, roué, matois serait plus exact, intelligent, fin, généreux, éloquent, savant, drôle enfin.

Quelques exemples.

Le président mange avec sa secrétaire. La jeune fille le servant lui demande si elle peut prendre son après-midi. S’ensuit ce dialogue :

Le Président  : Ah ! Pour quoi faire ?

La jeune fille : Ma grand-mère est malade.

Le Président : C’est bien ça… enfin… d’ailleurs, c’est bien de votre part de vous intéresser à votre grand-mère. Eh bien prenez donc votre après-midi. Allez !

La jeune fille s’en va.

La secrétaire : Menteuse ! Coureuse ! Et vous lui passez tout !

Le Président : C’est le seul élément jeune de cette maison.

La secrétaire : Vous ne croyez tout de même pas à cette histoire de grand-mère ?

Le Président : Oh ! bien sûr que non, mais elle témoigne d’une imagination délicate.

La secrétaire : D’un certain culot, oui !

Le Président : Non ! Le culot aurait été de me dire : «Monsieur le Président, j’ai besoin de mon après-midi pour aller me faire sauter »!

La secrétaire (air interloqué) : ????

Le Président : Bah ! Quoi ! Le culot, le culot, c’est ça !

Il faudrait enfin citer l’ensemble de la séance de l’assemblée lors de laquelle Gabin se lance dans une intervention qui, selon Wikipedia, ferait référence aux deux cents familles.

À l’assemblée, ses propos font mouche à chaque fois :

Un député : Quand on ne veut pas du pouvoir, on le refuse M. Beaufort ! On peut très bien vivre dans l’ombre !

Le Président : Et ne jamais en sortir, vous en savez quelque chose !

Le Président s’en prend aux patrons. De droite selon lui, et un député lui rétorque qu’il y a aussi des patrons de gauche :

Le Président : Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre.

Et puis, il manie le paradoxe :

Le repos, c’est fait pour les jeunes. Ils ont toute la vie devant eux, moi pas.

Pourquoi ne fumez-vous pas Millerand ? Ça rend aimable !

On en restera sur ces belles paroles.

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