Le petit chaperon rouge

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Lecture analytique du conte de Charles Perrault Le petit chaperon rouge

Le petit chaperon rouge
Source : Wikipédia

Ce conte de Charles Perrault, contrairement à celui des frères Grimm, se termine mal : le petit chaperon rouge et la grand-mère finissent dans le ventre du loup. Pourtant, les contes ont généralement une fin heureuse (comme c’est le cas de Blanche neige ou la cinq fois belle de Pierre Gripari), mais celui-ci s’achève sur la mort de deux de ses trois protagonistes.

Il faut dire que la fillette fait preuve d’une innocence et d’une naïveté étonnantes. Le loup parvient à lui faire prendre le chemin le plus long, mais il parvient aussi à se faire passer pour sa grand-mère (dans un conte, on est cependant prêt à tout accepter).

Quoi qu'il en soit, Le petit chaperon rouge est un conte qui fait peur. De ce point de vue, le dialogue est un véritable chef-d’œuvre :

Elle lui dit :
« Ma mère-grand, que vous avez de grands bras !
- C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
- Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes !
- C’est pour mieux courir, mon enfant.
- Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !
- C’est pour mieux écouter, mon enfant.
- Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux !
- C’est pour mieux voir, mon enfant.
- Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents !
- C’est pour te manger. »

Ce dialogue (que l'on a recopié en allant à la ligne à chaque réplique) fait durer un suspense qui devient vite insoutenable. Dès la première question du petit chaperon rouge, le lecteur comprend que la fillette a compris ; elle sait qu’elle est dans le lit en compagnie du loup, et que l’issue ne peut être que la mort.

Le dialogue est construit selon une progression qui part des bras et des jambes à la tête, puis le regard redescend sur les dents. On va ainsi du moins effrayant au plus effrayant (des bras aux dents). La série de questions mime le regard inquiet du petit chaperon rouge dont les yeux vont de bas en haut, comme pour s'assurer qu'elle voit bien ce qu'elle voit.
Les répliques du loup sont également progressives : si les bras sont bien faits pour embrasser, on peut s’étonner que les jambes de la grand-mère servent à courir (quelle curieuse grand-mère). Enfin, les dents servent... à manger. Ce loup, tout tiraillé qu’il est par la faim, prend le temps de s’amuser avec sa proie en répondant malicieusement à ses questions.
Ce dialogue rappelle la comptine « Loup y es-tu, m’entends-tu, que fais-tu ? » où les chanteurs s’amusent à se faire peur.
Mais le loup est d’autant plus effrayant qu’il est à la fois grand-mère et loup, animal et humain. Le conte en devient fantastique.

Le petit chaperon rouge s’achève sur une moralité en vers qui rappelle un autre genre littéraire en vogue à la même époque, la fable. Cette moralité nous donne le véritable sens de ce conte. On y apprend que les jeunes filles doivent se méfier des inconnus et tout particulièrement de ceux qui paraissent aimables, gentils («accorte»). Dans le cas contraire, on risque fort de finir dans le lit de l’inconnu. On voit donc que le loup représente la menace masculine.

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