La vanité et l'allégorie

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Dans le conte philosophique « Jeannot et Colin », Voltaire nous dit que « le bonheur n’est pas dans la vanité ». La vanité, comme cela a été indiqué en note dans le quatrième extrait, désigne ce qui est vain, futile, illusoire, fragile, éphémère et insignifiant. La richesse, les chansons, le paraître, les mondanités, les nombreuses amours sont les vanités ( les choses vaines ) qui empêchent Jeannot d’accéder au bonheur.

D'où vient la vanité ?

Le thème de la vanité est fort répandu dans la littérature ou dans la peinture. Il trouve son origine dans un passage de la Bible intitulé L’Ecclésiaste :

« Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité. »

Dans ce texte, Qohélet — fils de David et roi de Jérusalem — s’interroge sur le sens de la vie, laquelle ne nous mène qu’à la mort et à l’oubli : « Il n’y a pas de souvenir d’autrefois, et même pour ceux des temps futurs : il n’y aura d’eux aucun souvenir auprès de ceux qui les suivront. »

La vanité dans la peinture

La vie est donc vanité.

C’est précisément ce que nous montrent les deux tableaux choisis pour illustrer cette idée (vous en trouverez d’autres sur cette page consacrée aux vanités). Ils nous permettront également de mieux comprendre la figure de l’allégorie.

"Tout est vanité" de C. Allan Gilbert   "La Vanité ou Allégorie de la vie humaine" de Philippe de Champaigne

Le premier nous montre une jeune femme assise faisant face à un gigantesque miroir. On comprend très vite que la disposition de la femme et des objets, que le jeu des ombres révèlent une autre figure, celle d’un crâne. Ainsi l’image de la mort se superpose à cette scène (1). Ce tableau traite donc du thème de la vanité (2). D’ailleurs, l’auteur a pris le soin d’inscrire une citation de L’Ecclésiaste au bas du tableau : « All is vanity ».
La vie est donc vaine, en ceci qu’elle est synonyme de fragilité, de brièveté. Elle ne signifie rien puisque la fin inéluctable est la mort.
Il est fréquent de trouver sur ce type de tableau des objets (3) symbolisant la fragilité et la brièveté de la vie. C’est ici la bougie qui rappelle que la vie ne dure qu’un faible instant. L’idée est renforcée par l’image de la femme, symbolisant la beauté et la jeunesse, qui n’échappera pas à la mort (4).

Ce tableau nous donnera une première idée de ce qu’est l’allégorie.

Qu'est-ce que l'allégorie ?

L’allégorie dit une chose et en signifie une autre. Ainsi le tableau nous montre une jeune femme et signifie que la vie est vanité. Il y a donc un second sens, un sens figuré.

Parfois, l’allégorie fait disparaître le sens propre au profit du sens figuré. C’est particulièrement vrai dans certains proverbes. Quand on dit « Qui va à la chasse, perd sa place » ou encore « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse », personne — ou presque — ne pense à la chasse ou à la cruche, mais au sens figuré : si l’on s’en va ou si on exagère, on court un risque.

Le tableau de Philippe de Champaigne présente trois objets en apparence hétéroclites : un sablier, un crâne et une fleur. Au sens propre, ce tableau est incompréhensible, à moins de penser qu’il s’agit d’une brocante… Seul leur rassemblement permet de comprendre qu’il existe un autre sens. Le tableau signifie autre chose que ce qu’il semble dire. Chaque objet symbolise quelque chose. Le crâne représente la mort. Elle est au centre du tableau. À droite, un sablier représente l’écoulement du temps, le temps qui passe et mène à la mort. À gauche, une fleur coupée représente la vie belle mais éphémère (le temps est compté, il s’écoule). Mis ensemble, ces trois objets ont donc une signification particulière. Ils expriment l’idée que la vie est vanité. Le tableau de Philippe de Champaigne est donc une allégorie. Cette fois encore, il s’agit d’une vanité.

Beaucoup de fables ou de contes ont un sens allégorique, c’est-à-dire un deuxième sens (figuré) qui n’efface pas le premier (propre), mais qui existent ensemble. Prenons un exemple. « Le Petit chaperon rouge » est un conte qui parle d’une petite fille qui se rend chez sa grand-mère, qui rencontre un loup, etc. C’est le sens propre. Le deuxième sens, figuré, est le sens allégorique de ce conte. Le conte exprime la nécessité, pour les jeunes filles, de ne pas traîner dehors, et de ne pas parler aux inconnus qui « suivent les Demoiselles Jusque dans les maisons ». « Le Corbeau et le Renard » est un autre exemple. Le renard, par ruse, obtient le fromage qu’il désire. C’est le sens propre. Le sens allégorique nous dit que l’orgueil nous rend accessible à la flatterie.
Le conte philosophique de Voltaire présente également un sens allégorique. À travers l’histoire de Jeannot et de Colin est exprimée l’idée que le bonheur n’est pas dans les choses vaines.

Notes :

1 - Il est fréquent que dans un tableau apparaisse une figure cachée, comme dans le tableau de Salvador Dali, Marché aux esclaves avec disparition d’un buste de Voltaire.
2 - Par métonymie, un tableau traitant du thème de la vanité est appelée une vanité.
3 - Les vanités sont très souvent des natures mortes, mais pas toujours.
4 - C’est, au reste, ce que suggèrent de nombreux tableaux. Voir le tableau de Hans Baldung Grien.

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