L’ironie dans « Jeannot et Colin »

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L’ironie est un procédé qui, à l’écrit ou à l’oral, consiste à dire le contraire de ce que l’on pense pour se moquer de quelqu’un ou de quelque chose.
Pour cette raison, la figure la plus souvent utilisée dans l’ironie est l’antiphrase. On l’a vu, cette figure de style consiste à employer un mot dans un sens contraire à celui qui est le sien.
En effet, lorsque l’on dit à quelqu’un qui vient de prononcer une bêtise : « Ah ! C’est intelligent ! », on emploie la figure de style de l’antiphrase pour exprimer l’ironie. En réalité, on signifie par ce trait d’humour que l’on se moque de celui auquel on s’adresse.

Pour comprendre l’ironie, il faut donc prendre en compte la situation de communication, notamment les locuteurs dont l’un dit une bêtise et l’autre fait valoir que c’est intelligent. Sans cela, l’ironie est incompréhensible. On risque de prendre à la lettre l’énoncé « Ah ! C’est intelligent ! », alors qu’il faut comprendre le contraire.

Mais, le charme de l’ironie tient au fait qu’on ne sait pas toujours si le locuteur est ironique ou ne l’est pas. Parfois on ne sait pas. Le titre d’un texte peut être ironique... ou pas ! Il faut lire le texte pour le savoir (Pensez, par exemple, au titre du texte de Pierre Desproges « Les enfants sont des cons » dans son Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis).

Cependant, l’ironie a recours à de nombreuses autres figures de style. Dans le conte « Jeannot et Colin », Voltaire utilise de nombreuses autres figures comme l’énumération, la litote, le paradoxe, l’oxymore, l'hyperbole ou bien sûr l’antiphrase. Nous allons donc voir comment Voltaire les utilise pour exprimer l'ironie.

1. L’énumération

Par ce procédé, on énumère plusieurs mots ou groupes de mots de même nature (des groupes nominaux, des verbes, des adjectifs...)
L’énumération des impôts que doit payer le père de Colin « la taille, le taillon, les aides et gabelles, le sou pour livre, la capitation et les vingtièmes » montre à quel point leur accumulation est douloureuse voire totalement injuste. Par ce procédé, Voltaire suggère que cette fiscalité est excessive, risiblement excessive.

2. La litote

Ce qui fait que l’énumération relève de l’ironie est qu’elle s’achève ici sur une litote. Le père, « après avoir payé la taille, le taillon, les aides et gabelles, le sou pour livre, la capitation et les vingtièmes, ne se trouvait pas puissamment riche au bout de l'année ». La litote est l’art de paraître affaiblir par l’expression une pensée qu’on veut laisser dans toute sa force. On dit moins qu’on ne pense, mais on sait qu’on sait qu’on ne sera pas pris à la lettre. Voltaire souligne donc, par cette litote, que le laboureur est pauvre. Précisément, il est rendu pauvre par les impôts énumérés.

3. Le paradoxe

Le paradoxe est une affirmation qui choque l’idée habituelle que l’on se fait de quelque chose. Elle exprime le contraire de ce que l’on pense couramment.
Voltaire explique que les femmes tireraient leur supériorité de l’ignorance du latin. C’est paradoxal : on n’est pas supérieur parce que l’on ignore quelque chose. On l’est, en principe, parce que l’on sait quelque chose. Autre paradoxe : « les gens de qualité (j'entends ceux qui sont très riches) savent tout sans avoir rien appris ». On ne peut tout savoir sans avoir rien appris.

4. L’oxymore

Plusieurs moyens existent pour désigner un personnage. On peut utiliser les substituts pronominaux (« il », « celui-ci », etc. ) ou les des groupes nominaux comme « L'aimable ignorant », « le gracieux ignorant » qui tous deux désignent le gouverneur de Jeannot. On parle alors de substituts lexicaux.
On remarquera que ces substituts lexicaux sont oxymoriques. En effet, ils contiennent un oxymore. Cette figure de style consiste à allier deux mots de sens opposé. C’est le cas dans notre texte puisque l’ignorant en question ne saurait être « aimable » ou même « gracieux ». Ces adjectifs s’opposent au nom « ignorant ».

5. L’antiphrase jointe à l’hyperbole

« un entrepreneur des hôpitaux des armées, homme d'un grand talent, et qui pouvait se vanter d'avoir tué plus de soldats en un an que le canon n'en fait périr en dix »

Nous l’avons dit au début de ce cours. La figure d’élection de l’ironie est l’antiphrase : on dit le contraire de ce que l’on pense. Dans l’exemple ci-dessus, l’entrepreneur des hôpitaux est tout sauf un « homme d’un grand talent ». En fait, il est même le contraire ; ou alors son talent consiste à tuer, et non pas à soigner. En ce cas, le mot « talent » peut être pris à la lettre, mais dans un sens différent de celui auquel on aurait pensé naturellement.
L’ironie est à son comble dans la proposition subordonnée relative « qui pouvait se vanter d'avoir tué plus de soldats en un an que le canon n'en fait périr en dix ». Elle contient une hyperbole, laquelle est une exagération construite elle-même sur une opposition (« un an » et « dix »).

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