Pâris

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Pâris d'Antoni BrodowskiEn jetant la pomme d’or parmi les convives des noces de Pélée et de Thétis, la déesse de la discorde met Zeus dans l’embarras. En effet, s’il donne la préférence à Héra, on dira qu’il a choisi son épouse, mais s’il choisit Athéna, on pensera qu’il a privilégié sa fille, et s’il se prononce pour Aphrodite, on y verra la preuve qu’il ne peut résister à la déesse de l’amour.
Impossible pour le roi des dieux de faire un choix et donc de juger qui est la plus belle des trois déesses. Comme souvent, lorsque les dieux ne veulent pas assumer la responsabilité des décisions qu’ils ont à prendre, ils chargent un simple mortel de choisir pour eux.

Le personnage qui a été choisi pour dire qui des trois déesses serait la plus belle s’appelle Pâris. Il est le fils de Priam. À la demande de Zeus, Hermès suivi des trois déesses descend vers les sommets du mont Ida. Là, il demande à Pâris d’arbitrer ce concours de beauté et de dire laquelle est à ses yeux la plus belle. À ce moment, Pâris garde les troupeaux de son père. Il est une espèce de roi-berger, tout jeune, dans la fleur de l’adolescence encore. Il a eu une enfance et une jeunesse extraordinaires : il est le plus jeune fils d’Hécube, l’épouse du roi Priam, le roi de Troie, cette grande cité asiatique sur la côte anatolienne, très riche, très belle, très puissante.

Avant d’accoucher, Hécube rêva qu’elle enfantait, au lieu d’un être enfant, une torche qui mettait le feu à la ville de Troie. On lui donna le sens de ce songe : l’enfant sera la mort de Troie, sa destruction par le feu. Que faire ? Priam confie l’enfant à un berger pour qu’il l’abandonne sur les flancs de cette montagne éloignée des humains et livrée aux bêtes sauvages. Exposer ainsi un enfant, c’est le vouer à la mort sans se salir les mains de son sang. Mais il arrive que l’enfant ne meure pas. Et quand par hasard il resurgit, il revient avec des qualités nouvelles : voué à la mort, il a subi cette épreuve et a pu y échapper. Le rescapé qui, à la naissance, a échappé à la mort revient avec l’éclat d’un être exceptionnel. Que s’est-il passé avec Pâris ? On dit qu’une ourse l’a d’abord nourri de son lait pendant quelques jours. Puis des bergers, les gardiens des troupeaux du roi sur le mont Ida, le découvrent et le recueillent. Ils l’élèvent sans savoir qui il est. Ils l’appellent Alexandre au lieu de Pâris.

Mercure et Pâris de Donato Cret
Source : Wikipédia

Les années passent. Un jour, un envoyé du palais vient chercher le plus beau taureau du troupeau royal pour un sacrifice que Priam et Hécube veulent faire pour honorer cet enfant qu’ils ont envoyé à la mort. Ce taureau est le préféré du jeune Alexandre, qui décide de l’accompagner et de tenter de le sauver. Comme à chaque fois qu’il y a des cérémonies en l’honneur d’un défunt, il y a non seulement des sacrifices mais aussi des jeux et des concours (à la course, à la boxe, à la lutte, au lancer de javelot). Alexandre s’inscrit pour concourir avec les autres fils de Priam, et donc contre l’élite de la jeunesse troyenne. Il l’emporte dans tous les concours.

Tout le monde est stupéfait et se demande qui est ce jeune berger inconnu, si beau à voir, si fort et si habile. Un des fils de Priam, Déiphobe est pris de fureur et décide de tuer celui qui l’a emporté sur tous. Il poursuit le jeune Alexandre qui se réfugie au temple de Zeus, où se trouve leur sœur Cassandre, une jeune vierge très belle dont Apollon a été amoureux mais qui l’a repoussé. Pour se venger, le dieu lui a accordé le don de divination, mais qui ne lui sert à rien, car personne ne croira jamais à ses prédictions. Elle proclame : «Attention, cet inconnu est notre petit Pâris.» Et celui-ci, montrant les langes qu’il portait lorsqu’on l’a abandonné, est aussitôt reconnu. Sa mère est folle de joie, et Priam est ravi lui aussi de retrouver son enfant. Pâris rejoint donc la famille royale.

Le jugement de Pâris d'Emile-René Ménard
Source : Wikipédia

Au moment où les trois déesses conduites par Hermès viennent lui rendre visite, il a déjà repris sa place, mais il a gardé l’habitude d’aller visiter les troupeaux. Il est un homme du mont Ida. Pâris voit donc arriver Hermès et les trois déesses. Il est un peu surpris et inquiet, parce que généralement, lorsqu’une déesse se montre dans sa véritable apparence d’immortelle, cela tourne mal pour les spectateurs : on n’a pas le droit de voir la divinité. Hermès le rassure. Il lui explique qu’il doit choisir qui d’Athéna, Héra ou Aphrodite est la plus belle.

La suite, vous la connaissez : Pâris choisit Aphrodite qui lui promet l'amour de la plus belle femme du monde, Hélène…

Pâris et Hélène de J.-L. David
Source : Wikipédia

D'après Jean-Pierre Vernant, L'Univers, les dieux, les hommes

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