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La guerre de Troie n'aura pas lieu

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J'aurai mauvaise grâce à écorner un tel chef-d’œuvre en formulant quelque jugement à l'emporte-pièce, quoi que ce livre ne soit pas tout à fait de mon goût, mais après tout ces lignes n'ont pas d'autre but que de signaler humblement l'existence de tel ou tel livre et de signaler éventuellement l'intérêt que j'y ai ou non trouvé.
Et puis, je dois confesser que je n'avais jamais lu Jean Giraudoux (c'est un coming out littéraire !). Aussi ai-je lu la préface pour en savoir un peu plus. J'y ai découvert tout un univers de spécialistes qui ont épluché le moindre manuscrit et jusqu'aux copies de l'auteur lycéen ; j'ai aussi observé que tout le monde a un jour écrit sur Giraudoux, et notamment Gérard Genette. J'ai donc bien conscience que je ne dirai rien de très original.
Je ne livrerai comme à l'accoutumée que quelques impressions de lecture (ouf ! Que de précautions oratoires…)

Ce livre m'a considérablement surpris. J'ai particulièrement apprécié le discours aux morts que j'ai rapporté ici et sur lequel je travaillerai.
La guerre de Troie n'aura pas lieu est une pièce de théâtre qui s'offre à l'enseignant désireux de faire étudier à des élèves motivés une pièce qui s'inspire de la littérature antique. C'est vraiment l'occasion de rafraîchir des souvenirs de sixième, seule année où l'on étudie un peu Ovide ou Homère. Après, c'est la chasse gardée des latinistes hellénistes !
Dans La guerre de Troie n'aura pas lieu, Hector lutte contre le destin (Voir la définition qui en est donné : "C'est simplement la forme accélérée du temps") afin que la guerre n'ait pas lieu. Comme souvent, lorsque le personnage s'efforce de contrer le destin, il ne fait que concourir à le faire advenir. Chose amusante, selon l'auteur, Hélène "est une des rares créatures que le destin met en circulation sur la terre pour son usage personnel" !
Les hommes, et pas seulement Hélène sont donc victimes du destin, contre lesquels les dieux ne peuvent d'ailleurs pas grand-chose. Iris, la messagère des dieux, le dit à sa façon :

Zeus, le maître des dieux, vous fait dire que ceux qui ne voient que l'amour dans le monde sont aussi bêtes que ceux qui ne le voient pas. La sagesse, vous fait dire Zeus, le maître des dieux, c'est tantôt de faire l'amour et tantôt de ne pas le faire. Les prairies semées de coucous et de violettes, à son humble et impérieux avis, sont aussi douces à ceux qui s'étendent l'un sur l'autre qu'à ceux qui s'étendent l'un près de l'autre, soit qu'ils lisent, soit qu'ils soufflent sur la sphère aérée du pissenlit, soit qu'ils pensent au repas du soir ou à la république. Il s'en rapporte donc à Hector et à Ulysse pour que l'on sépare Hélène et Pâris tout en ne les séparant pas. Il ordonne à tous les autres de s'éloigner, et de laisser face à face les négociateurs. Et que ceux-là s'arrangent pour qu'il n'y ait pas la guerre. Ou alors, il vous le jure et il n'a jamais menacé en vain, il vous jure qu'il y aura la guerre.

Il y aura donc la guerre dans tous les cas quoi qu'on fasse, malgré qu'on en ait. Dans ce contexte de guerre imminente (mais qui a déjà eu lieu, c'est là tout le tragique de ces individus qui luttent vainement), la parodie (après le tragique, cette notion est particulièrement intéressante à étudier) du discours du juriste "expert [...] de droit des peuples" est particulièrement drôle (voir à partir de la page 118).
C'est drôle, mais on touche véritablement au comique dans certaines scènes, notamment lorsqu'il s'agit de savoir si Hélène est restée vierge après son enlèvement par Pâris, Hector voulant absolument se débarrasser d'Hélène qu'il prétend être restée pure, au grand dam des Troyens qui se sentent blessés dans leur amour-propre et leur virilité.
Je suppose qu'une réplique comme "Et ta grand-mère !" (p. 147) est devenue un classique.
Enfin, il faut dire que cette pièce trouve un écho dans l'actualité des années trente qui mèneront dramatiquement à la seconde guerre mondiale et que la littérature classique, comme chez Sartre, parle de notre époque.

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