Exercice : les points de vue

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Lisez les extraits ci-dessous et dites si vous avez affaire à un point de vue zéro, externe ou interne en justifiant le plus précisément possible vos réponses.

Extrait 1

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures […]

Gustave Flaubert, Mme Bovary

Extrait 2

Au milieu du long vestibule de l’hôtel il pensa qu’il devait être tard, et il se hâta de sortir dans la rue et de prendre la motocyclette dans l’encoignure où le concierge d’à côté lui permettait de la ranger. Devant la bijouterie du coin il vit qu’il était neuf heures moins dix ; il arriverait avec du temps de reste là où il allait.

Julio Cortazar, « La nuit face au ciel »

Extrait 3

Ce fut un repas étrange. Chacun se montrait d'une prévenance extrême :
- Voulez-vous encore un peu de café, miss Brent ?
- Une tranche de jambon, miss Claythorne ?
- Un autre toast ?
Six personnes, extérieurement calmes et maîtresses d'elles-mêmes.
Mais intérieurement ? Des pensées qui tournaient en rond comme des écureuils en cage...
« Et maintenant ? Et maintenant ? Qui ? Lequel ? »
« Est-ce que ça va marcher ? Je me demande... Mais ça vaut le coup d'essayer. Seulement est-ce que nous aurons le temps ? Bon Dieu, est-ce que nous aurons le temps?... »
« Folie mystique, à tous les coups... Pourtant, à la regarder, on ne croirait jamais... Et si je me trompais?... »
« C'est dingue... tout est dingue. Je deviens dingue. De la laine qui disparaît... des rideaux en toile cirée rouge... ça n'a ni queue ni tête. Je ne comprends le comment du pourquoi... »
« L'imbécile ! Il a cru tout ce que je lui ai dit. Simple comme bonjour... Il faut quand même que je sois prudent, très prudent. »
[…]

Agatha Christie, Dix petits nègres

Extrait 4

[…] j’étais arrivé à la porte, et je me redressai. Je ne pus rien distinguer à l’intérieur où régnaient d’opaques ténèbres. D’autre part, je n’entendais que le ronflement régulier des dormeurs, et, parfois, de petits bruits semblables à des froissements de plumes ou à des coups de bec, parfaitement inexplicables pour moi.
J’entrai d’un pas ferme, les bras tendus en avant. J’avais l’intention (et j’en riais en silence) d’aller m’étendre à ma place habituelle, pour me moquer ensuite de la mine que feraient mes compagnons quand ils me trouveraient le lendemain matin.

Robert Louis Stevenson, L’Île au trésor

Extrait 5

Vers la fin du mois d’octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au moment où les maisons de jeu s’ouvraient, conformément à la loi qui protège une passion essentiellement imposable. Sans trop hésiter, il monta l’escalier du tripot désigné sous le nom de numéro 36.

Honoré de Balzac, La Peau de chagrin

Extrait 6

La nuit était très sombre. Une brume humide, qui s’élevait du fleuve et des terrains marécageux d’alentour, s’étendait sur les champs mornes. Il faisait de plus un froid perçant ; tout était sombre et lugubre. Pas un mot ne fut prononcé, car le conducteur commençait à avoir sommeil, et Sikes n’était pas d’humeur à le pousser à la conversation. Olivier restait pelotonné dans un coin de la carriole, perdu dans son inquiétude et ses appréhensions, et croyant voir des choses étranges dans les arbres dénudés dont les branches s’agitaient sinistrement […]

Charles Dickens, Les Aventures d’Olivier Twist

Extrait 7

Les ténèbres étaient profondes. Je ne voyais rien devant moi, ni autour de moi, et toute la branchure des arbres entrechoqués emplissait la nuit d’une rumeur incessante. Enfin, j’aperçus une lumière, et bientôt mon compagnon heurtait une porte. Des cris aigus de femmes nous répondirent.

Guy de Maupassant, « La peur »

Extrait 8

Un frisson me saisit soudain, non pas un frisson de froid, mais un étrange frisson d’angoisse. Je hâtai le pas, inquiet d’être seul dans ce bois, apeuré sans raison, stupidement, par la profonde solitude. Tout à coup, il me sembla que j’étais suivi, qu’on marchait sur mes talons, tout près à me toucher.

Guy de Maupassant, « Le Horla »

Extrait 9

Madame Lefèvre était une dame de campagne, une veuve, une de ces demi-paysannes à rubans et à chapeaux falbalas, de ces personnes qui parlent avec des cuirs, prennent en public des airs grandioses, et cachent une âme de brute prétentieuse sous des dehors comiques et chamarrés, comme elles dissimulent leurs grosses mains rouges sous des gants de soie écrue.

Guy de Maupassant, « Pierrot » in Contes et nouvelles

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