Le combat contre les Sarrasins

Vous êtes ici : Lettres > Séquences > Le chevalier > Le combat contre les Sarrasins

Le neveu de Charlemagne, Roland, et son ami Olivier sont à la tête de l’arrière-garde pendant que le reste de l’armée quitte l’Espagne par les Pyrénées. C’est alors que les Sarrasins attaquent.

CV

Roland à Roncevaux (Odilon Redon)Le comte Roland chevauche par le champ. Il tient Durendal, qui bien tranche et bien taille. Des Sarrasins il fait grand carnage. Si vous eussiez vu comme il jette le mort sur le mort, et le sang clair s'étaler par flaques ! Il en a son haubert (1) ensanglanté, et ses deux bras et son bon cheval, de l'encolure jusqu'aux épaules. Et Olivier n'est pas en reste, ni les douze pairs (2), ni les Français, qui frappent et redoublent. Les païens meurent, d'autres défaillent. L'archevêque dit : « Béni soit notre baronnage (3) ! Montjoie ! » crie-t-il, c'est le cri d'armes de Charles.

CVI

Et Olivier chevauche à travers la mêlée. Sa hampe (4) s'est brisée, il n'en a plus qu'un tronçon. Il va frapper un païen, Malon. Il lui brise son écu, couvert d'or et de fleurons (5), hors de la tête fait sauter ses deux yeux, et la cervelle coule jusqu'à ses pieds. Parmi les autres qui gisent sans nombre, il l'abat mort. Puis il a tué Turgis et Esturgoz. Mais la hampe se brise et se fend jusqu’à ses poings. Roland lui dit : « Compagnon, que faites-vous ! En une telle bataille, je n'ai cure d'un bâton. Il n'y a que le fer qui vaille, et l'acier. Où donc est votre épée, qui a nom Hauteclaire ? La garde en est d'or, le pommeau de cristal. - Je n'ai pu la tirer, » lui répond Olivier, « j'avais tant de besogne ! »

CVII

Mon seigneur Olivier a tiré sa bonne épée, celle qu'a tant réclamée son compagnon Roland, et il lui montre, en vrai chevalier, comme il s'en sert. Il frappe un païen, Justin de Val Ferrée. Il lui fend par le milieu toute la tête et tranche le corps et la brogne safrée (6), et la bonne selle, dont les gemmes (7) sont serties d'or, et à son cheval il a fendu l'échine. Il abat le tout devant lui sur le pré. Roland dit : « Je vous reconnais, frère ! Si l'empereur nous aime, c'est pour de tels coups ! » De toutes parts « Montjoie ! » retentit.

La Chanson de Roland (traduction de Joseph Bédier)

Notes :

1 - Le haubert est une cotte de maille portée au Moyen Âge par les hommes d’armes.
2 - Les douze pairs sont les douze meilleurs chevaliers français.
3 - Le baronnage est l’ensemble des barons.
4 - La hampe est un long manche de bois auquel est fixée une arme.
5 - Le fleuron est un ornement en forme de fleur.
6 - La brogne safrée désigne une cotte de maille (d’un bleu vert).
7 - Les gemmes sont des pierres précieuses.


Questions

1. Quels sont les personnages principaux de cet extrait ? À quoi le voyez-vous ?
2. Relevez plusieurs termes montrant que ce sont des chevaliers.
3. Contre qui luttent-ils ? Citez deux termes qui désignent l’ennemi.
4. Relevez les termes en rapport avec le combat.
5. Relevez, à présent, tous les termes qui montrent que ce combat est un carnage.
6. Trouvez quelques exemples qui révèlent que le récit est fait avec quelque exagération.
7. Quel objectif vise ce texte ? S’agit-il, par exemple, de montrer les horreurs de la guerre ? Justifiez votre réponse.

Correction

1. Les personnages principaux sont Roland et Olivier. Ce sont les personnages les plus souvent nommés, ceux qui réalisent les hauts faits (les exploits guerriers). Ils sont souvent sujets de phrases courtes qui donnent du rythme au récit.

2. Les termes « chevauche », « haubert », « hampe », « écu », « épée » montrent que ce sont des chevaliers.

3. Ils luttent contre les païens, les Sarrasins, c’est-à-dire ceux qui, à l’époque, ne croient pas au Dieu des Chrétiens.

4. Les mots « tranche », « taille », « frappent et redoublent », « fend », « bataille » etc. appartiennent au champ lexical du combat.

5. De très nombreux termes ou expressions comme « carnage », « mort », « sang », « il jette le mort sur le mort », « ensanglanté », « meurent », « défaillent », « fait sauter ses deux yeux », « la cervelle coule », etc. montrent que ce combat est un véritable carnage.

6. Il y a des exagérations dans ce récit : Roland entasse les morts, le sang s’étale par flaques ; Olivier fend un païen avec son cheval en deux ! Ces exagérations sont appelées des hyperboles.

7. L'objectif de ce texte est de prouver la grande valeur des chevaliers. Le texte nous invite à les admirer « Si vous eussiez vu comme il », « il lui montre, en vrai chevalier, comme il s'en sert ». Il ne s'agit donc pas de montrer les horreurs de la guerre (même si de nombreux détails inspirent le dégoût : « la cervelle coule jusqu'à ses pieds »), mais plutôt de raconter les hauts faits qui valent aux chevaliers une juste reconnaissance (« Si l'empereur nous aime, c'est pour de tels coups ! »).

Exercice

Soulignez les hyperboles.

a - L’archevêque frappe plus de mille coups.
b - Mille Sarrasins mettent pied à terre ; à cheval, ils sont quarante milliers.
c - À pleines mains, le roi Charles arrache ses cheveux. Cent mille Français ont une douleur si grande qu’il n’en est aucun qui ne fonde en larmes.
d - Il lui perce le cœur, le foie et le poumon, et l’abat mort.
e - Il lui brise le heaume, tranche la coiffe avec le cuir du crâne, la face entre les yeux et tout le corps. À travers la selle, qui est incrustée d’or, l’épée atteint le cheval et s’enfonce.
f - Le comte Roland, très douloureusement, sonne son olifant. Par sa bouche le sang jaillit. Sa tempe se rompt.
g - Les fleurs sont rouges du sang des barons qui coule comme un ruisseau.

Rédigez

À votre tour, racontez un combat de chevaliers.

Utilisez le vocabulaire utilisé dans le texte précédent, et ajoutez toutes sortes d’exagérations afin de créer un récit épique.

Partager

À voir également

Commentaires