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Apollon et Daphné

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Daphné par Tiepolo

Tout commence par une moquerie. Fier de sa victoire sur le serpent Python, littéralement gonflé d’orgueil, Apollon reproche à Cupidon d'être un dieu ridicule, un dieu sans importance dont l’arc ne peut égaler ses exploits. Cet arc serait tout juste bon à allumer les feux de l’amour !

L’arc de Cupidon est certes petit. Il ne sert pas à débarrasser la terre des monstres qui y règnent encore, mais le pouvoir du fils de Vénus n'est pas des moindres. En effet, Cupidon possède deux types de flèches. Celle en plomb avec un bout émoussé prive d'amour celui qui en est frappé, celle en or dont la pointe est acérée donne l'amour.

"Cupidon avec un arc" de Julius Kronberg (Wikipédia)

Le petit dieu à l'arc se venge de l'offense en décochant une flèche d'or sur Apollon qui tombe instantanément amoureux de Daphné qui reçoit une flèche en plomb, et hait aussitôt Apollon. Celui-ci est alors plein de désir pour la nymphe qui le repousse :

Il voit les cheveux de la nymphe flotter négligemment sur ses épaules. « Et que serait-ce, dit-il, si l’art les avait arrangés ? » Il voit ses yeux briller comme des astres : il voit sa bouche vermeille (c’est peu que de la voir) : il admire et ses doigts et ses mains, et ses bras plus que demi-nus ; et ce que le voile cache à ses yeux, son imagination l’embellit encore.

Daphné par Waterhouse

S'ensuit une véritable course-poursuite qui s'achève lorsque Daphné, épuisée, supplie son père de la délivrer des avances d’Apollon. Celui-ci a pourtant tout pour être aimé. Fils du roi des dieux, Apollon est le plus beau des immortels. Par lui, les hommes connaissent ce qui est caché et ce qui est à venir. Il est l'inventeur de la musique et de la poésie. Il est l'inventeur de la médecine. Et pourtant, tout son art est impuissant à le guérir de la blessure que lui a infligée Cupidon. L'amour !

Daphné par Poussin     Daphné par Maria

Lorsqu’Apollon la saisit enfin, Daphné supplie son père, Pénée, de lui venir en aide. Le dieu du fleuve lui vient en aide et aussitôt sa fille se métamorphose en arbre, le laurier, échappant ainsi au dieu qui la poursuit. Apollon couvre le bois de baisers, mais le bois le repousse. Le fils de Jupiter s’écrit alors :

« Ah ! [...] puisque tu ne peux devenir l’épouse d’Apollon, sois son arbre du moins : que désormais ton feuillage couronne et mes cheveux et ma lyre et mon carquois. Tu seras l’ornement des guerriers du Latium, lorsqu’au milieu des chants de victoire et d’allégresse, le Capitole verra s’avancer leur cortège triomphal. Garde fidèle du palais des Césars, tu couvriras de tes rameaux tutélaires le chêne qui s’élève à la porte de cette auguste demeure ; et de même que ma longue chevelure, symbole de jeunesse, sera toujours respectée et du fer et des ans, je veux aussi parer ton feuillage d’un printemps éternel ».

Daphné par Pollaiolo Daphné par Chasseriau

C'est ainsi que le conte explique l'apparition de cet arbre. Au moment où se déroule cette histoire (dans le livre I des Métamorphoses), dans ce monde si récemment créé, le laurier n’existait pas encore, et Apollon empruntait à différents arbres leur feuillage pour ceindre ses longs cheveux.

Un conte expliquant l'apparition d'un phénomène ou d'une chose est un conte explicatif (on dit aussi étiologique). En grec, le mot «daphné» désigne le laurier. Ainsi le nom de celle qui allait donner naissance à un nouvel arbre contenait déjà l’idée de cet arbre. Le laurier, qui ne fane jamais, représente le printemps éternel à l’image de la chevelure apollinienne, symbole d’une éternelle jeunesse.

Étonnamment, l'arbuste admet alors les faveurs d'Apollon ! Les paroles du dieu étaient-elles séduisantes ? L’effet de la flèche de Cupidon s’était-il estompé ? Ce qui est très beau, c’est que Daphné - ayant été rejointe par celui qui le fuit - lui échappe encore. Et alors que la nymphe est désormais inaccessible, le dieu la poursuit toujours de son amour. Enfin, lorsque cet amour est tout à fait impossible, Daphné cède à ses avances.

La moralité de l'histoire a été gravée par le cardinal Barberini sur le socle de l’œuvre de Gian Lorenzo Bernini (dit le Bernin) : « Celui qui poursuit les formes fuyantes du plaisir ne trouve à la fin que feuilles et fruits amers dans les mains. »

«Apollon et Daphné» par le Bernin (copie)
Source : Wikipédia

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