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Les Métamorphoses

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Comment donner à lire une oeuvre complexe à de jeunes lecteurs ?

L'enseignant peut toujours s'amuser à choisir, adapter, transformer certains passages pour tenter de les rendre accessibles aux élèves. Mais, pour avoir essayé, je peux vous dire que c'est un travail long voire ardu. Françoise Rachmuhl, dans 16 métamorphoses d'Ovide, en parle dans son introduction : "[...] pour rendre le récit plus facile à suivre et à savourer, j'ai souvent dû abréger, condenser, supprimer parfois certaines longueurs, gardant seulement quelques détails expressifs". Laurence Gillot (Les Métamorphoses d'Ovide), qui tient sensiblement le même discours, explique que son professeur de français au collège lui avait demandé de lire quelques passages, et que très vite le découragement s'était emparé d'elle : "Je suis perdue dans les personnages [...] Je m'égare aussi dans les lieux géographiques [...] Parfois il y a des notes qui renvoient à la fin du livre. Je déteste ces allers et retours qui interrompent la lecture." On voit là l'intérêt de l'adaptation d'une oeuvre : en faciliter l'abord, la faire découvrir, la faire apprécier, pour en permettre peut-être un jour la lecture complète.

On ne peut pas dire que le marché de l'édition soit avare en matière de classiques adaptés pour la jeunesse et, en l'occurrence, il y aurait plutôt pléthore. Pas un éditeur n'omet dans son catalogue ses Métamorphoses adaptées d'Ovide : Flammarion, Hatier, Castor poche, Nathan, Le livre de poche jeunesse... Chose amusante, soit dit en passant, toutes ces éditions sont faites par des femmes. Vous en conclurez ce que vous voulez, mais j'aime à penser que la gent féminine apprécie la littérature classique et qu'elle est peut-être soucieuse de la transmettre aux enfants.

Puisque le travail d'adaptation est déjà réalisé, il ne reste plus qu'à faire un choix entre ces différentes adaptations. Pour ma part, j'ai fait des choix qui n'ont certainement pas grand-chose d'objectifs. Pour bien faire, il faudrait relire les Métamorphoses d'Ovide puis lire chacune des adaptations dont il est question ci-dessous à la lumière du texte originel pour en dire la pertinence, la fidélité où je ne sais quoi d'autre. Je me suis contenté de lire ces adaptations et de dire sommairement en quoi ils m'ont plu ou non.

La plupart des adaptations des Métamorphoses proposent un recueil qui s'inspire des récits les plus célèbres d'Ovide le plus souvent extraits des premiers livres.
On sait, comme cela est souvent rappelé dans les préfaces ou postfaces, que le poète latin suit dans son livre un fil conducteur chronologique : la création du monde et les débuts de l'humanité (c'est le livre I), les temps légendaires (celui des héros qui, par leurs exploits, débarrassent la terre de créatures monstrueuses ; celui des dieux). Ce sont ces deux parties qui constituent les recueils que j'ai lus. Les autres parties, c'est-à-dire les temps homériques (la guerre de Troie), les origines de Rome, et enfin le temps du poète (du meurtre de Jules César au règne d'Auguste) sont le plus souvent délaissées.

Je ne vois que le petit volume publié chez Hatier (lequel est en fait une traduction) qui tente de donner une idée de l'unité de l'œuvre d'Ovide (de Chaos à César), quitte à passer à côté de beaux récits que les autres éditeurs ne manquent pas de mettre dans leur volume. Mais, pour cela, l'originalité n'est pas leur objectif.

Quoi qu'il en soit, tous ces ouvrages ont pour but de séduire le jeune lecteur par des récits capables d'imprimer à l'imagination une marque durable. C'est peut-être pour cela que ce sont les mêmes récits qui s'imposent au choix de l'écrivain, qui a la lourde tâche de réécrire une œuvre complexe afin de la rendre accessible aux plus jeunes lecteurs.

25 Métamorphoses d'Ovide d'Annie Collognat

J'ai trouvé cette adaptation, alliant qualité et quantité, particulièrement réussie. En fait, c'est celle que je préfère. On est sous le charme. Peut-être cela tient-il au fait que c'est la première que j'ai lue...
Chaque récit de métamorphose est précédé d'un court extrait en latin ensuite traduit, qui offre ainsi une entrée savoureuse. On pique ainsi la curiosité du lecteur, lequel veut savoir comment l'histoire s'est déroulée, comment on en est arrivé là.
Le livre possède enfin un petit dossier intitulé "Le charme des métamorphoses" (voir la première partie "Carmen perpetuum : la puissance du chant"). Ce dossier destiné à l'enseignant est très intéressant, très intelligent. De nombreuses pistes pédagogiques sont à exploiter. Il sera certainement très utile.

Métamorphoses d'Anne Videau et Marie-Hélène Philippe

Ce petit livre donne la composition de l'œuvre, ce qui fait son unité (Cela est dit, dans la préface et cela apparaît dans le sommaire). Il y a donc une volonté de donner le sens de l'œuvre (selon la double acception, vectorielle et sémantique). C'est ce qui fait l'originalité de ce petit livre dans cette sélection.
Chaque extrait est suivi de questions de compréhension et d'analyse, de travaux divers (exposé, rédaction, etc.) qui offrent à l'enseignant pressé toute une séquence prête à l'emploi. On trouvera également des illustrations à analyser, une carte, un groupement de textes... Tout ce qu'on trouve habituellement dans cette collection bien faite. Je ne peux m'empêcher de penser qu'elle convient parfaitement à un travail purement scolaire, c'est un recueil d'extraits qui se prêtent à bien l'analyse, mais précisément je n'y trouve aucun plaisir parce que ce sont des extraits justement réduits parfois à la portion congrue (voir l'histoire de Cérès pp. 36-37 qui tient en... 24 lignes !), mais si l'objectif recherché est purement scolaire (je veux dire non pas de la lecture cursive), cet ouvrage est fait pour vous. Au reste, le questionnaire sur Cadmus ("Le combat de Cadmus contre le dragon") est très bien fait : il a pour but de faire découvrir l'épopée, et je m'en servirai.

16 métamorphoses d'Ovide de Françoise Rachmuhl

Chaque récit est précédé d'une courte introduction, mettant ici en valeur la particularité de telle métamorphose, expliquant là sa spécificité...
L'ensemble est très agréable à lire. J'ai bien aimé le récit de Narcisse et Écho. Après celui d'Annie Collognat, c'est l'ouvrage que je choisirais.
Hélas, au moment où j'écris ces lignes, je ne dispose pas de mon exemplaire, et ne peux donc dire davantage que le plaisir de la lecture qu'il m'a procuré.

Les Métamorphoses d'Ovide de Laurence Gillot et Arnauld Rouèche

L'ouvrage fait la part belle aux amours divines (mais aussi celles des humains, ou encore des nymphes), ce qui semble constituer le fil directeur de ce livre. Curieusement, c'est d'ailleurs le seul à rapporter deux très beaux récits absents des autres adaptations : l'histoire d'Hermaphrodite d'une part, d'Adonis et de Vénus d'autre part. C'est aussi le seul ouvrage qui ait une couverture plus ou moins rigide et qui ne soit pas un livre de poche. En revanche, la marge est tellement large, et les caractères tellement gros, que son contenu est certainement inférieur à celui que l'on trouvera en livre de poche (en quantité évidemment). Il y a parfois de belles et intéressantes illustrations, que j'aimerais bien reproduire ici pour vous les montrer, mais nous savons tous que copier, c'est mal !
L'auteur prend parfois quelques libertés avec le texte d'Ovide pour en faciliter la compréhension, mais c'est certainement utile aux jeunes lecteurs.

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