La découverte d’Oz le terrible

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Oz le charlatan

La Sorcière morte, Dorothée et le Lion délivrent les Winkies. Ceux-ci réparent le Bûcheron de fer-blanc, retrouvent l’Épouvantail qui est à nouveau rembourré de paille.

Grâce aux Singes Ailés que Dorothée commande avec la Capuche Dorée, ils retournent à Cité d’Émeraude afin d’obtenir d’Oz qu’il tienne ses promesses.

Le lendemain, à neuf heures du matin, le soldat vert à moustaches vertes vint promptement à eux et, quatre minutes plus tard, tous allaient dans la salle du trône du Grand Oz.

Chacun d’entre eux s’attendait évidemment à voir le Magicien sous la forme qu’il avait déjà prise auparavant, et tous furent très surpris quand ils regardèrent dans la salle et n’y virent personne. Ils restèrent près de la porte et proches les uns des autres, car le silence de la salle vide était plus affreux que n’importe quelle forme prise par Oz.

Peu de temps après, ils entendirent une Voix solennelle, qui semblait venir du sommet du grand dôme, et qui disait :

« Je suis Oz, le Grand et le Terrible. Qu’attendez-vous de moi ? »

Ils regardèrent à nouveau partout dans la pièce et, ne voyant personne, Dorothée demanda alors : «Où êtes-vous ?»

« Je suis partout, répondit la Voix, mais aux yeux du commun des mortels je suis invisible. Je vais maintenant m’asseoir sur mon trône, pour que vous puissiez me parler. » Et, en effet, la Voix sembla alors venir tout droit du trône même. Ils se dirigèrent donc vers le trône et se mirent en rang pendant que Dorothée dit :

« Nous sommes venus réclamer ce qui nous a été promis, Ô Oz. »

« Quelle promesse ? » demanda Oz.

« Vous avez promis de me renvoyer au Kansas quand j’aurais tué la Méchante Sorcière », dit la fille.

Oz et le bûcheron« Et vous m’avez promis de me donner un cerveau », dit l’Épouvantail.

« Et vous m’avez promis de me donner un cœur », dit le Bûcheron de fer-blanc.

« Et vous m’avez promis de me donner du courage », dit le Lion Peureux.

« La Méchante Sorcière est-elle réellement détruite ? » demanda la Voix, et Dorothée la trouva quelque peu tremblante.

« Oui, répondit-elle, Je l’ai fait fondre avec un seau d’eau. »

« Mon Dieu, dit la Voix, ça, c’est vraiment inattendu ! Eh bien ! venez me voir demain, car il me faut un peu de temps pour y réfléchir. »

« Vous avez déjà eu bien assez de temps », dit le Bûcheron de fer-blanc.

« Nous n’attendrons pas un jour de plus », dit l’Épouvantail.

« Vous devez tenir votre promesse ! », s’exclama Dorothée.

Le Lion pensa qu’il pourrait être bon d’effrayer le Magicien. Il poussa donc un grand et puissant rugissement, qui fut si féroce et terrifiant que Toto courut loin de lui, horrifié, et fit basculer l’écran situé dans un coin. Alors que celui-ci tombait avec fracas, ils regardèrent dans cette direction, et l’instant d’après ils furent tous remplis d’étonnement. Ils virent, debout juste à l’endroit caché par l’écran, un homme petit et vieux avec un crâne lisse et un visage ridé, qui sembla aussi surpris qu’eux.

Le Bûcheron de fer-blanc, levant sa hache, se rua vers le petit homme et hurla : «Qui êtes-vous ?»

« Je suis Oz, le Grand et le Terrible, dit le petit homme, d’une voix tremblante. Mais ne me frappez pas, s’il vous plaît, ne le faites pas et je ferai tout ce que vous voulez. »

Nos amis le regardèrent avec surprise et désarroi.

« Je croyais qu’Oz était une grande Tête », dit Dorothée.

« Et je croyais qu’Oz était une charmante Dame », dit l’Épouvantail.

« Et je croyais qu’Oz était une terrible Bête », dit le Bûcheron de fer-blanc.

« Et je croyais qu’Oz était une Boule de Feu », s’exclama le Lion.

« Vous êtes un charlatan. »

« Non, vous vous trompez tous, dit le petit homme humblement. C’est ce que j’ai fait croire. »

« Fait croire ! s’écria Dorothée. N’êtes-vous pas un Grand Magicien ? »

« Silence, ma chère, dit-il. Ne parlez pas si fort, ou quelqu’un vous entendra, et je serai perdu. Je suis supposé être un Grand Magicien. »

« Et ne l’êtes-vous pas ? » demanda-t-elle.

« Pas le moins du monde, ma chère. Je suis juste un homme ordinaire. »

 «Vous êtes plus que cela, dit l’Épouvantail, d’un ton grave. Vous êtes un charlatan. »

« Exactement ! déclara le petit homme en se frottant les mains comme si tout cela le réjouissait. Je suis un charlatan. »

« Mais c’est terrible, dit le Bûcheron de fer-blanc. Comment vais-je obtenir mon cœur ? »

« Et mon courage ? » demanda le Lion.

« Et mon cerveau ? » hurla l’Épouvantail, essuyant ses larmes avec la manche de son manteau.

« J’ai trompé tout le monde si longtemps que j’ai pensé que je ne serais jamais découvert. »

« Mes chers amis, dit Oz. Je vous prie de ne pas parler de ces petites choses. Pensez à moi, et à la terrible situation dans laquelle je me trouve en étant découvert. »

« Personne d’autre ne sait que vous êtes un charlatan ? » demanda Dorothée.

« Personne à part vous, et moi-même, répondit Oz. J’ai trompé tout le monde si longtemps que j’ai pensé que je ne serais jamais découvert. Ce fut une grave erreur de vous avoir laissé entrer dans la Salle du Trône. Habituellement, je ne vois même pas mes sujets, et ainsi ils me croient terrible. »

« Mais je ne comprends pas, dit Dorothée, toute confuse. Comment m’êtes-vous apparu sous la forme d’une grande Tête ? »

« C’était l’un de mes tours, répondit Oz. Suivez-moi, s’il vous plaît, et je vous expliquerai tout. »

Il ouvrit la marche vers une petite chambre à l’arrière de la Salle du Trône, et ils le suivirent. Il montra un coin, dans lequel était posée la grande Tête, constituée de nombreuses couches de papier, et sur laquelle un visage était peint avec soin.

Oz en ballon« J’ai pendu cela au plafond avec un fil de fer, dit Oz. Je me suis tenu derrière l’écran et j’ai tiré un fil qui a fait bouger les yeux et ouvrir la bouche. »

« Et la voix ? » s’enquit-elle.

« Oh ! je suis ventriloque, dit le petit homme. Je peux faire provenir ma voix de l’endroit que je souhaite. Vous avez ainsi cru qu’elle venait de la Tête. Voici les autres choses que j’ai utilisées pour vous tromper. »

Il montra à l’Épouvantail la robe et le masque qu’il avait portés lorsqu’il semblait être une ravissante Dame. Et le Bûcheron de fer-blanc vit que sa terrible Bête n’était qu’un assemblage de peaux cousues ensemble. Pour la Boule de Feu, le faux Magicien l’avait aussi accrochée au plafond. C’était en fait une boule de coton, mais avec de l’huile versée dessus, la boule brûlait intensément.

« Vraiment, dit l’Épouvantail, vous devriez avoir honte d’être un tel charlatan. »

« J’ai honte, j’ai vraiment honte, répondit le petit homme plein de tristesse, mais c’était la seule chose que je pouvais faire. Asseyez-vous, s’il vous plaît, il y a plein de chaises, et je vais vous raconter mon histoire. »

« Je suis né dans l’Omaha... »

« Mais ce n’est pas très loin du Kansas ! » s’écria Dorothée.

« Non, mais c’est plus loin d’ici, dit-il, secouant tristement la tête. En grandissant, je suis devenu ventriloque ; je fus très bien entraîné par un grand maître. Je peux imiter n’importe quel oiseau ou bête.» Il miaula ainsi de manière tellement réaliste que Toto tendit les oreilles et regarda partout pour trouver le chat. «Après un certain temps, continua Oz, cela me lassa, et je devins balloniste. »

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Dorothée.

« Un homme qui grimpe dans un ballon dans un cirque, avec un groupe de gens en les faisant payer pour voir le cirque », expliqua-t-il.

« Oh ! dit-elle, je connais ça. »

« Bref, un jour je montai dans mon ballon et les cordes se sont entortillées, m’empêchant de redescendre. Je suis monté aussi haut que les nuages, tellement loin qu’un courant d’air poussa le ballon et l’emmena de nombreux kilomètres plus loin. Pendant un jour et une nuit, je voyageai dans les airs, et au matin du second jour, je me réveillai et trouvai le ballon flottant au-dessus d’un étrange et magnifique pays.

Le ballon descendit progressivement, et je ne fus pas du tout blessé. Mais je me trouvai au milieu d’un peuple étrange qui, m’ayant vu venir des nuages, me prit pour un grand Magicien. Bien sûr, je les laissai penser ainsi, car je les effrayais, et ils promirent de faire tout ce que je souhaitais.

Juste pour m’amuser, et pour garder le bon peuple occupé, je leur ordonnai de bâtir cette Cité et mon Palais, et ils le firent volontiers. Alors, comme le pays était si vert et si beau, je pensai l’appeler la Cité d’Émeraude. Et pour que le nom convienne davantage, je donnai des lunettes vertes à toute la population. Ainsi, tout ce qu’ils voyaient était vert. »

« Mais tout ici n’est-il pas vert ? » demanda Dorothée.

« Pas plus que dans n’importe quelle autre cité, répondit Oz, mais vous portez des verres verts, tout vous paraît donc vert. La Cité d’Émeraude fut construite il y a de nombreuses années, lorsque j’étais un jeune homme et que le ballon m’amena ici, et je suis un très vieil homme désormais. Mais mon peuple porte des lunettes vertes depuis si longtemps que la plupart pensent que c’est réellement une Cité d’Émeraude, et c’est certainement un bel endroit, abondant en joyaux, métaux précieux, et toute bonne chose nécessaire pour rendre quelqu’un heureux. J’ai été généreux avec ces gens, et ils m’aiment, mais depuis que le Palais a été bâti, je me suis fait discret, et ne vois plus aucun d’entre eux.

L’une de mes plus grandes peurs était les Sorcières, car si je n’avais aucun pouvoir magique, je découvris rapidement que les Sorcières pouvaient réellement faire des choses fabuleuses. Il y en avait quatre dans ce pays, et elles dirigeaient les gens qui vivaient dans le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest. Heureusement, les Sorcières du Nord et du Sud étaient bonnes, et je savais qu’elles ne me feraient pas de mal ; mais les Sorcières de l’Est et de l’Ouest étaient terriblement mauvaises, et si elles n’avaient pas pensé que j’étais plus puissant qu’eux, elles m’auraient certainement détruit. Je vécus ainsi dans une peur mortelle durant de nombreuses années. Vous pouvez imaginer à quel point je fus heureux quand j’entendis que votre maison était tombée sur la Méchante Sorcière de l’Est. Quand vous vîntes à moi, j’étais prêt à promettre n’importe quoi pour que vous supprimiez l’autre Sorcière, mais maintenant que vous l’avez fait fondre, je suis honteux de dire que je ne peux tenir mes promesses. »

Oz et l'épouvantail« Si vous revenez me voir demain matin, je remplirai votre tête d’un cerveau. »

« Je pense que vous êtes un homme très mauvais », dit Dorothée.

« Oh ! non, ma chère ! Je suis vraiment un homme très bon, mais je suis un très mauvais Magicien, je dois l’admettre. »

« Ne pouvez-vous pas me donner un cerveau ? » demanda l’Épouvantail.

« Vous n’en avez pas besoin. Vous apprenez quelque chose chaque jour. Un bébé a un cerveau, mais ne sait pas grand-chose. L’expérience est la seule chose qui apporte du savoir, et plus longtemps vous êtes sur terre plus vous obtenez de l’expérience. »

« Cela est peut-être vrai, dit l’Épouvantail, mais je serai très triste tant que vous ne me donnerez pas un cerveau. »

Le faux Magicien le regarda attentivement.

« Bien, dit-il avec un soupir, je n’ai rien d’un magicien, comme je l’ai dit ; mais si vous revenez me voir demain matin, je remplirai votre tête d’un cerveau. Cependant, je ne peux vous dire comment l’utiliser, vous devrez trouver cela par vous même. »

(Extrait du chapitre XV)

Questions

Un charlatan

1 - À partir de quelle phrase prononcée par le Magicien d’Oz commence-t-on à avoir des doutes sur sa véritable identité ? Pourquoi ?
2 - Comment le faux Magicien est-il démasqué ?
3 - De quelle façon parvenait-il à faire croire qu’il était un vrai Magicien ?
4 - Une fois la Sorcière détruite et le Magicien démasqué, que penser des adultes dans cette histoire ?

L’histoire du Magicien d’Oz

5 - Quand le Magicien devient-il le narrateur de sa propre histoire ? À quoi le voit-on ?
6 - Quels points communs son histoire a-t-elle avec Dorothée ?

Rédaction

Le faux Magicien ne peut tenir ses promesses, et pourtant il demande à l’Épouvantail de revenir le lendemain matin pour lui donner un cerveau

L’Épouvantail a-t-il vraiment besoin d’un cerveau ? Pourquoi ? Selon vous, comment le Magicien va-t-il faire ?

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