La route à travers la forêt

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Dorothée et l'épouvantail

La Sorcière du Nord embrasse Dorothée, et lui laisse une marque sur le front qui la protégera de tout danger. Elle l’invite ensuite à suivre la route de briques jaunes afin de se rendre au pays d’Oz, et demander l’aide du magicien.
Dorothée chausse les souliers d’argent, et se met en route. En chemin, elle observe, alors qu’elle se repose, un épouvantail qui se met à lui parler. Dorothée le détache du piquet sur lequel il est perché, et tous deux deviennent amis.

« Parlez-moi un peu de vous et du pays d’où vous venez », dit l’Épouvantail, quand elle eut fini son dîner. Alors elle lui dit tout sur le Kansas, que tout était gris là-bas, et que le cyclone l’avait transportée jusqu’à cet étrange Pays d’Oz.

L’Épouvantail l’écouta attentivement et dit : «Je ne comprends pas pourquoi vous souhaitez quitter ce beau pays et revenir dans cet endroit sec et gris que vous appelez le Kansas.»

« C’est parce que vous n’avez pas de cerveau, répondit la jeune fille. Peu importe que nos maisons soient mornes et grises, nous, les êtres de chair et de sang préférons vivre là-bas plutôt que dans n’importe quel autre pays, aussi beau soit-il. Rien ne vaut son chez-soi. »

Dorothée, l'épouvantail et TotoL’Épouvantail soupira.

« Bien sûr, je ne peux pas le comprendre, dit-il. Si vos têtes étaient bourrées de paille comme la mienne, vous souhaiteriez probablement vivre dans de beaux endroits, et alors le Kansas serait dépeuplé. C’est une chance pour le Kansas que vous ayez des cerveaux. »

« Voulez-vous me raconter une histoire pendant que nous nous reposons ? » demanda l’enfant.

L’Épouvantail lui jeta un regard plein de reproches, et lui répondit :

« Ma vie a été si courte que je ne sais vraiment rien du tout. J’ai seulement été fabriqué avant-hier. Ce qui s’est passé avant dans le monde m’est totalement inconnu. Heureusement, lorsque le fermier a fait ma tête, une des premières choses qu’il fit fut de peindre mes oreilles, de sorte que j’entendais tout ce qui se passait. Il y avait un autre Munchkin avec lui, et la première chose que j’ai entendue c’était le fermier qui lui disait :

« Que penses-tu de ces oreilles ? »
« Elles ne sont pas droites », répondit l’autre.
« Peu importe, dit le fermier. Ce sont tout de même des oreilles », ce qui était assez vrai.
« Maintenant, je vais faire les yeux », dit le fermier. Il a donc peint mon œil droit, et dès qu’il fut terminé, je me retrouvai face à lui en train de le regarder lui et tout ce qui m’entourait avec beaucoup de curiosité, car c’était ma première vision du monde.
« C’est un assez joli œil », remarqua le Munchkin qui regardait le fermier. « Le bleu est juste la couleur qu’il faut pour les yeux. »
« Je pense que je vais faire l’autre un peu plus grand », dit le fermier. Et quand le deuxième œil fut peint, je pus voir beaucoup mieux qu’avant. Ensuite, il fit mon nez et ma bouche. Mais je ne parlais pas car, à ce moment-là, je ne savais pas à quoi servait une bouche. J’eus le plaisir de les regarder fabriquer mon corps, mes bras et mes jambes ; et quand, à la fin, ils furent rattachés à ma tête, je me sentis très fier car je pensais alors être un homme comme n’importe lequel.
« Ce bonhomme va faire fuir les corbeaux assez vite, dit le fermier. Il ressemble à un homme. »
« Mais c’est un homme », dit l’autre homme, et j’étais plutôt d’accord avec lui. Le fermier me porta sous son bras dans le champ de maïs, et m’installa sur un grand pieu où vous m’avez trouvé. Lui et son ami s’en allèrent peu après et me laissèrent seul.

Naissance de l'épouvantail

Je n’ai pas aimé être abandonné de cette façon. J’ai donc essayé de les suivre. Mais mes pieds ne touchaient pas le sol, et j’ai été obligé de rester sur ce poteau. C’était une vie pleine de solitude, car je n’avais rien à penser, ayant été créé si peu de temps auparavant. Beaucoup de corbeaux et d’autres oiseaux volaient dans le champ de maïs, mais ils s’enfuyaient dès qu’ils me voyaient, pensant que j’étais un Munchkin. Cela me plut et me donna l’impression d’être une personne importante. Un peu plus tard, un vieux corbeau vola près de moi, et après m’avoir regardé attentivement, il se percha sur mon épaule et dit :

« Je me demande si le fermier pensait me tromper ainsi. Tout corbeau sensé peut voir que tu es seulement bourré de paille ». Puis il sauta à mes pieds et mangea tout le maïs qu’il voulait. D’autres oiseaux, voyant que je ne l’avais pas blessé, vinrent aussi manger le maïs, de sorte qu’en peu de temps ils formèrent une grande nuée.

Je me sentais triste, car cela me prouvait que je n’étais, après tout, pas un bon Épouvantail ; mais le vieux corbeau me réconforta : « Si tu avais un cerveau dans la tête, tu vaudrais bien des hommes et serais bien meilleur que certains. Le cerveau est le seul bien digne d’être possédé dans ce monde, que l’on soit un homme ou un corbeau. »

« Je suis certain que le Grand Oz me donnera un cerveau. »

Après que les corbeaux furent partis, je réfléchis et décidai fermement d’obtenir un cerveau. Par chance, vous êtes arrivée et m’avez retiré du piquet, et d’après ce que vous dites, je suis certain que le Grand Oz me donnera un cerveau dès que nous arriverons à la Cité d’Émeraude. »

« Je l’espère, dit Dorothée sincèrement, puisque vous semblez impatient d’en avoir. »

« Oh ! oui, je suis impatient, répliqua l’Épouvantail, c’est tellement désagréable de savoir qu’on est idiot. »

« Eh bien ! dit la jeune fille, allons-y. » Et elle tendit le panier à l’Épouvantail.

Il n’y avait plus aucune clôture le long de la route, et la terre rocailleuse n’était pas labourée. Dans la soirée, ils arrivèrent à une grande forêt où les arbres poussaient si grands et si drus que leurs branches se touchaient au-dessus de la route de pavés jaunes. Il faisait presque nuit sous les arbres, car les branches faisaient obstacle à la lumière du jour ; mais les voyageurs ne s’arrêtèrent pas, et pénétrèrent dans la forêt.

« Si cette route entre dans la forêt, elle doit en sortir», dit l’Épouvantail, et puisque la Cité d’Émeraude est à l’autre bout de la route, nous devons aller quel que soit l’endroit où elle nous mène. »

« Tout le monde sait ça », dit Dorothée.

« Bien sûr, c’est pour ça que je le sais, répondit l’Épouvantail. S’il fallait une cervelle pour s’en rendre compte, je n’aurais jamais pu le dire. »

(Extrait du chapitre IV)

Questions

Une conversation

1 - Peut-on parler avec quelqu’un qui n’a pas de cerveau ? Pourquoi ?
2 - Comment se fait-il, alors, que l’Épouvantail puisse parler ?
3 - Comme il n’a pas de cerveau, qu’est-ce que l’Épouvantail ne peut pas comprendre ? Et vous ? Est-ce que vous comprenez ce que l’Épouvantail ne comprend pas ? Pourquoi ?
4 - «C’est une chance pour le Kansas que vous ayez des cerveaux».
Pourquoi l’Épouvantail dit-il cela ? Êtes-vous d’accord ? Pourquoi ?

Naissance d’un Épouvantail

5 - Restituez les étapes de la création de l’Épouvantail.
6 - Quel sens obtient-il en premier ?
7 - Pour quelle raison, une fois créé, l’Épouvantail est-il triste ?
8 - Qu’est-ce qui le rassure puis l’attriste finalement ?
9 - Que lui suggère le corbeau ?
10 - Relevez les termes qui montrent que l’Épouvantail n’a pas besoin de cerveau.
11 - Essayez d’imaginer pourquoi on part à la recherche de ce qu’on a déjà.

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