La versification (Quatrième/Troisième)

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Avant de lire ce cours, je vous recommande de relire le cours sur la versification niveau sixième/cinquième.

Plan du cours

I - Le mètre

Il est défini par le nombre des syllabes (1). Ainsi l’alexandrin est un vers de douze syllabes :

Il se faut entraider, // c’est la loi de nature

Le mètre est donc le type de vers.
S’il ne compte qu’une syllabe, c’est un monosyllabe ; deux, c’est un dissyllabe ; trois, trisyllabe, etc.

II - Le compte des syllabes

1. Le e muet

Le e, très mal dit « muet », est l’un des seuls véritables points d’achoppement dans le calcul des syllabes d’un vers. La diction quotidienne a tendance à « manger » les e, soit à la fin d’un mot (2) soit au milieu d’un mot (3) : « Ell’ m’pass’ le cur’dent » (au lieu de « Elle me passe le cure-dent »).

Quand vous lisez un vers, vous devez faire très attention aux e muets : il faut les dire et donc les compter, tous sauf le dernier du vers. Le e final d’un vers ne compte jamais :

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne

Le e de campagne ne compte pas. Le mot compte donc pour deux syllabes cam-pagne (et non cam-pa-gne).

Il reste alors deux cas à étudier : soit le e est devant une consonne, soit le e est devant une voyelle.

a) Le e devant consonne

Si, dans un vers, un mot se terminant par un e est suivi d’un autre mot commençant par une consonne, alors ce mot comptera une syllabe supplémentaire. En effet, devant une consonne, le e sera prononcé et compté, et formera donc une syllabe.

Exemple :
J’ai vu fondre la neige (J’ai vu fon-dre la neige)

Le mot « fondre » compte pour deux syllabes « fon »  et « dre », le e final du mot se trouvant devant un mot (« la ») commençant par une consonne (le « l »).

b) Le e devant voyelle

Si un mot se terminant par un e est suivi d’un mot commençant par une voyelle, alors le e ne comptera pas.

Exemple :
L’opaque obscurité fermait le ciel béant ;

Le mot « opaque » est suivi d’un mot commençant par une voyelle (« obscurité »). « opaque » compte alors pour deux syllabes « o-paque »

attention Le e d’« opaque » s’élide (il disparaît) si bien qu’on dit le vers ainsi : « L’o-pa-quo-bscu-ri-té ».

2. La diérèse

En français, généralement, un groupe de voyelles est prononcé en une seule fois, donc en une seule syllabe : on dit violon (vio-lon) et non vi-o-lon ou encore lion (et non li-on).

Il arrive que, dans un vers, une suite de voyelles soit prononcée en deux syllabes. C'est ce qu'on appelle la diérèse.

La diérèse est d’ailleurs à l’origine d’un fameux jeu de mots que l’on trouve dans bien des hôtels appelés Au lion d’or. Ce jeu de mots, si l’on fait la diérèse, donne Au li-on d’or soit Au lit on dort.

Bref, pour avoir le nombre voulu de syllabes, il n’est pas rare qu’on trouve une diérèse dans un vers :

Parmi des flots d’écumes un monstre fu-ri-eux

Prononcer fu-ri-eux au lieu de fu-rieux permet d’avoir une syllabe supplémentaire et donc un alexandrin.

3. Les licences poétiques

La licence poétique est la liberté que donnent les règles de la poésie de modifier l’orthographe d’un mot.
Pour avoir un nombre de syllabes précis, on peut écrire « encor » au lieu de « encore » :

Un Animal paît dans nos prés,
Beau, grand ; j’en ai la vue encor toute ravie

En écrivant « encor » sans e, on perd une syllabe (« en-co-re » devant consonne faisant trois syllabes).

III - La césure

Le mot césure a été employé pour la première fois par le poète Clément Marot en 1637. Il vient du latin caesura et signifie « coupure ».
La césure, notée par une double barre ( // ), est le point de partage d’un vers en deux parties :

Un riche laboureur // sentant sa mort prochaine

La césure ne divise pas obligatoirement le vers en deux parties égales, comme c’est le cas pour l’alexandrin ci-dessus (6 + 6).

Ainsi, l’octosyllabe ci-dessous réunit deux moitiés d’inégales longueurs (3 + 5) :

Travaillez, // prenez de la peine

La moitié d’un vers s’appelle l’hémistiche (hémi- = moitié et -stiche = vers) :

Je ne sais pas l’endroit // ; mais un peu de courage
premier hémistiche deuxième hémistiche

La césure a donc une place qui varie selon la longueur du vers, mais elle se trouve presque toujours après une syllabe accentuée (4). De manière générale, on la trouve assez naturellement en la plaçant au moment où l’on reprend son souffle. Les deux hémistiches peuvent d’ailleurs se comparer à une phrase avec montée et descente (5). C’est donc une diction en accent circonflexe :

Le Père mort, les fils vous retournent le champ
Protase ↗ ↘ Apodose

IV - La coupe

La coupe est marquée par une simple barre ( / ). Elle est toujours de place libre, et souligne le rythme du vers. On la trouve toujours après la syllabe accentuée :

C’est le dieu / des volcans // et le roi / des hivers !

La césure partage le vers en deux parties égales (deux hémistiches de six syllabes). Les coupes marquent la composition de chacun de ces hémistiches :

Dans cet exemple, les coupes séparent les quatre parties (de trois syllabes) du vers révélant ainsi un tétrasyllabe (alexandrin découpé en 4 mesures : 3/3//3/3).

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Notes :

1 - La poésie française n’est pas fondée sur la quantité ou la qualité des syllabes. On ne doit donc pas parler de pied.
2 - C’est ce qu’on appelle l’apocope (suppression d’une lettre ou de syllabes à la fin d’un mot).
3 - C’est ce qu’on appelle la syncope (suppression d’une lettre ou d’une syllabe à l’intérieur d’un mot).
4 - En français, l’accent porte sur la dernière syllabe non caduque (sans e muet) d’un mot (attention, le e final ne forme pas une syllabe) : enDROIT, proCHAIne, couRAge...
5 - Une phrase comporte généralement une première partie ascendante (c’est la protase) et une partie descendante (c’est l’apodose).

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