La fortune

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roue de la fortuneLe mot est employé à la page 11 : dans le prologue, le prêtre explique qu’Œdipe a su autrefois relever la fortune de Thèbes.

Si l’on emploie le mot dans son sens actuel, on commet une erreur. Aujourd’hui le mot est synonyme de richesse. Il désigne un ensemble de biens possédés par un individu ou un groupe d’individus.

Or ce n’est pas du tout dans ce sens que le mot est utilisé.

Pour s’en rendre compte, un exemple provenant d’Antigone nous sera utile :

« On voit tous les jours la Fortune précipiter les heureux, relever les misérables, et son inconstance déjoue les plus sûres prévisions » (page 97)

Il faut, pour commencer, remarquer l’emploi de la majuscule. Ici, Fortune est un nom propre. C’est la déesse distribuant le bonheur ou le malheur selon son bon vouloir, sans règle apparente. Elle est représentée comme une femme tenant une roue (la roue de la fortune…) qui tantôt vous propulse au sommet (c’est le bonheur) tantôt vous écrase (c’est évidemment le malheur) : voyez le rondeau de Jean Bouchet.

Les peintres la représentent aussi sur une sphère tournant aléatoirement.

L’adverbe « aléatoirement » vient de l’adjectif qualificatif « aléatoire » lequel provient du latin « alea » qui signifia d’abord le jeu de dé puis le hasard. En somme, la déesse Fortune représente le sort, le destin, ce que nous appelons aujourd’hui le hasard, mais le hasard heureux ou malheureux. Ainsi quand on parle des fortunes de mer, on entend par là tous les risques dus au hasard qu’un navire peut avoir à supporter. Une autre expression montre que la fortune n’est pas toujours favorable, c’est Faire contre mauvaise fortune bon cœur (Montrer du courage même quand il vous arrive malheur, l'accepter, se résigner).

Ainsi le sens moderne de fortune est un sens restreint. S’il est plutôt synonyme de bonheur aujourd’hui, il pouvait tout aussi bien désigner le malheur autrefois.

Némésis, la grande fortune d'Albrecht Dürer Fortuna d'Hans Sebald Beham
Allégorie de la fortune de Frans II Francken le jeune

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