Jean Valjean

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La cadène
Source : Wikipédia

Jean Valjean vit avec sa sœur, une veuve ayant la charge de sept enfants. Un hiver, la famille n’a plus rien à manger. Jean Valjean vole un pain dans une boulangerie. Il est condamné pour vol avec effraction.

Il partit pour Toulon. Il y arriva après un voyage de vingt-sept jours, sur une charrette, la chaîne au cou. À Toulon, il fut revêtu de la casaque (1) rouge. Tout s'effaça de ce qui avait été sa vie, jusqu'à son nom ; il ne fut même plus Jean Valjean ; il fut le numéro 24601. Que devint la sœur ? que devinrent les sept enfants ? Qui est-ce qui s'occupe de cela ? Que devient la poignée de feuilles du jeune arbre scié par le pied ?
[...]
Vers la fin de cette quatrième année, le tour d'évasion de Jean Valjean arriva. Ses camarades l'aidèrent comme cela se fait dans ce triste lieu. Il s'évada. Il erra deux jours en liberté dans les champs ; si c'est être libre que d'être traqué ; de tourner la tête à chaque instant ; de tressaillir au moindre bruit ; d'avoir peur de tout, du toit qui fume, de l'homme qui passe, du chien qui aboie, du cheval qui galope, de l'heure qui sonne, du jour parce qu'on voit, de la nuit parce qu'on ne voit pas, de la route, du sentier, du buisson, du sommeil. Le soir du second jour, il fut repris. Il n'avait ni mangé ni dormi depuis trente-six heures. Le tribunal maritime le condamna pour ce délit à une prolongation de trois ans, ce qui lui fit huit ans. La sixième année, ce fut encore son tour de s'évader ; il en usa, mais il ne put consommer sa fuite. Il avait manqué à l'appel. On tira le coup de canon (2), et à la nuit les gens de ronde le trouvèrent caché sous la quille d'un vaisseau (3) en construction ; il résista aux gardes-chiourme (4) qui le saisirent. Évasion et rébellion. Ce fait prévu par le code spécial fut puni d'une aggravation de cinq ans, dont deux ans de double chaîne. Treize ans. La dixième année, son tour revint, il en profita encore. Il ne réussit pas mieux. Trois ans pour cette nouvelle tentative. Seize ans. Enfin, ce fut, je crois, pendant la treizième année qu'il essaya une dernière fois et ne réussit qu'à se faire reprendre après quatre heures d'absence. Trois ans pour ces quatre heures. Dix-neuf ans. En octobre 1815 il fut libéré ; il était entré là en 1796 pour avoir cassé un carreau et pris un pain.

Les Misérables Livre deuxième (La Chute), chapitre VI Jean Valjean

Notes :

1 - Casaque : sorte de blouse à manches larges.
2 - On tira le coup de canon : quand un bagnard s’est évadé, on tire un coup de canon afin de donner l’alerte.
3 - La quille d’un vaisseau : la partie inférieure d’un bateau sur laquelle repose l’ensemble de la charpente.
4 - Gardes-chiourme : surveillants dans un bagne.

Questions

I - En route pour Toulon

1. Pourquoi Jean Valjean part-il pour Toulon ?
2. Dans le premier paragraphe, quels termes montrent que Jean Valjean est maintenant un bagnard ?

II - Évasions

3. Relevez le champ lexical de la fuite.
4. « avoir peur de tout, du toit qui fume, de l'homme qui passe, du chien qui aboie, du cheval qui galope, de l'heure qui sonne ».
Donnez la nature des propositions soulignées.
Combien y en a-t-il ? Comment s’appelle cette figure de style ? Pourquoi l’employer ici ?

III - Le point de vue de l’auteur

5. Dans le deuxième paragraphe, relevez les compléments circonstanciels de temps.
6. Combien de temps Jean Valjean a-t-il passé au bagne ?
7. Pour quelle raison a-t-il tout d’abord été condamné ? Pour quelle raison sa peine a-t-elle duré si longtemps ?
8. Dans les deux dernières lignes, l’auteur cite de nombreux chiffres. Pour quelles raisons les donne-t-il ? Pourquoi à ce moment du texte ?
9. À votre avis, que pense l’auteur de la durée de cette condamnation ? Justifiez votre réponse.

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