Les égouts de Paris

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Pendant la révolte de 1832, une des « plus grande guerre des rues qu’ait vue l’histoire », Marius est blessé. Un coup de feu lui a cassé la clavicule. Il s’évanouit, mais Jean Valjean lui sauve la vie en l’emmenant loin de la barricade où le combat fait rage. Pour échapper aux soldats, Jean Valjean trouve refuge dans les égouts de Paris, dont on disait fréquemment «descendre dans l’égout, c’est entrer dans la fosse».

Jean Valjean dans les égoutsIl allait devant lui, avec anxiété, mais avec calme, ne voyant rien, ne sachant rien, plongé dans le hasard, c’est-à-dire englouti dans la providence (1).
Par degrés (2), disons-le, quelque horreur le gagnait. L’ombre qui l’enveloppait entrait dans son esprit. Il marchait dans une énigme. Cet aqueduc (3) du cloaque (4) est redoutable ; il s’entre-croise vertigineusement. C’est une chose lugubre d’être pris dans ce Paris de ténèbres. Jean Valjean était obligé de trouver et presque d’inventer sa route sans la voir. Dans cet inconnu, chaque pas qu’il risquait pouvait être le dernier. Comment sortirait-il de là ? Trouverait-il une issue ? La trouverait-il à temps ? Cette colossale éponge souterraine aux alvéoles (5) de pierre se laisserait-elle pénétrer et percer ? Y rencontrerait-on quelque nœud inattendu d’obscurité ? Arriverait-on à l’inextricable (6) et à l’infranchissable ? Marius y mourrait-il d’hémorragie (7), et lui de faim ? Finiraient-ils par se perdre là tous les deux, et par faire deux squelettes dans un coin de cette nuit ? Il l’ignorait. Il se demandait tout cela et ne pouvait se répondre. L’intestin de Paris est un précipice. Comme le prophète (8), il était dans le ventre du monstre.

[...]

Il marchait depuis une demi-heure environ, du moins au calcul qu’il faisait lui-même, et n’avait pas encore songé à se reposer ; seulement il avait changé la main qui soutenait Marius. L’obscurité était plus profonde que jamais, mais cette profondeur le rassurait.
Tout à coup il vit son ombre devant lui. Elle se découpait sur une faible rougeur presque indistincte qui empourprait vaguement le radier (9) à ses pieds et la voûte sur sa tête, et qui glissait à sa droite et à sa gauche sur les deux murailles visqueuses du corridor. Stupéfait, il se retourna.
Derrière lui, dans la partie du couloir qu’il venait de dépasser, à une distance qui lui parut immense, flamboyait, rayant l’épaisseur obscure, une sorte d’astre horrible qui avait l’air de le regarder.
C’était la sombre étoile de la police qui se levait dans l’égout.
Derrière cette étoile remuaient confusément huit ou dix formes noires, droites, indistinctes, terribles.

Les Misérables, Tome V Jean Valjean, Livre troisième La boue, mais l’âme, Chapitre I Le cloaque et ses surprises


Notes :

1 - La providence : sagesse de Dieu sur les hommes et les choses. On l’appelle aussi le destin.
2 - Par degrés : par étapes, petit à petit.
3 - Cet aqueduc : canal destiné à conduire l’eau d’un lieu à un autre.
4 - Cloaque : lieu destiné à recevoir les saletés, les eaux usées (égout, décharge, bourbier...).
5 - Alvéoles : creux, cavités.
6 - L’inextricable : ce qui ne peut être démêlé, dont on ne peut sortir.
7 - Hémorragie : écoulement de sang.
8 - Le prophète : personne parlant pour dieu, annonçant des vérités cachées. Dans cet extrait, il s’agit de Jonas.
9 - Radier : plateforme couvrant le sol d’un canal.

Questions

Dans le ventre du monstre (première partie)

1. Relevez les termes en rapport avec l’obscurité.
2. Relevez tous les termes qui désignent les égouts.
3. Quel type de phrase revient très fréquemment à la fin de la première partie ? Quel est alors le temps des verbes ?
4. Quel sentiment est exprimé par l’emploi de ce type de phrase et l’emploi de ce temps ?
5. Quels sont les risques encourus par Jean Valjean et Marius ?

La sombre étoile de la police (deuxième partie)

6. Quel sentiment Jean Valjean éprouve-t-il dans la noirceur des égouts ? Pourquoi ?
7. Quel nouveau danger le menace cependant ?
8. Relevez l’adverbe qui annonce ce danger. Quel est alors le temps du verbe qui suit ?
9. Citez les mots en rapport avec la lumière.
10. « la sombre étoile de la police »
Pourquoi le groupe nominal souligné est-il étonnant ?

Exercice de réécriture

Réécrivez ce passage en remplaçant les verbes à l’imparfait par du passé composé, et le pronom « il » par « ils ».

Il marchait depuis une demi-heure environ, du moins au calcul qu’il faisait lui-même, et n’avait pas encore songé à se reposer ; seulement il avait changé la main qui soutenait Marius. L’obscurité était plus profonde que jamais, mais cette profondeur le rassurait.
Tout à coup il vit son ombre devant lui. Elle se découpait sur une faible rougeur presque indistincte qui empourprait vaguement le radier à ses pieds.

Rédaction

Rédigez un court paragraphe d’une dizaine de lignes environ. Votre personnage, comme Jean Valjean, est dans une situation difficile.
Exprimez l’incertitude dans laquelle se trouve ce personnage par une série de phrases interrogatives.

Le Comte de Monte-Cristo
Édmond Dantès dans une situation difficile (lire son histoire)

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