Le dormeur du val

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Lecture analytique du « dormeur du val » d’Arthur Rimbaud

Un sonnet

Ce poème constitué de quatre strophes est un sonnet. Les deux premières strophes contiennent quatre vers, ce sont des quatrains. Les deux suivantes ont trois vers chacune, ce sont des tercets.
Un sonnet est généralement constitué d’alexandrins :

Il dort dans le soleil,//la main sur sa poitrine

Un somme ?

Le sujet de ce texte semble être le sommeil, ce que paraît confirmer ce champ lexical : « dort », « étendu », « lit », « dort », « somme », « berce », « dort ». À cela, il faut ajouter le titre (« le dormeur ») et l’acrostiche (les premières lettres de chaque vers du dernier tercet constituent le mot « lit ») :

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Un poème trompeur

Le titre est trompeur. Cette erreur est voulue et soigneusement entretenue tout au long du sonnet. Nous comprenons notre erreur uniquement à la fin avec le dernier vers : « Il a deux trous rouges au côté droit ».
Pourtant, on aurait dû, lors de la première lecture, percevoir un certain nombre d’indices nous permettant de comprendre que le personnage est mort : il est « pâle », il a « la bouche ouverte », « il a froid », sa nuque baigne « dans le frais cresson bleu », il a la « main sur sa poitrine », « les parfums ne font pas frissonner ses narines », etc.

Cette évocation précise de la pâleur et de la rigidité cadavériques forme un curieux contraste entre la description de la nature et ce soldat.

Le début du poème (essentiellement la première strophe) est descriptif. Arthur Rimbaud décrit une nature gaie et verdoyante qui ne laisse pas aisément deviner le véritable sujet du poème (à l’exception notable du premier vers qui renvoie au dernier).
L’impression de gaieté repose sur une double personnification (« où chante une rivière » au vers 1, « la montagne fière » au vers 3). La lumière enfin inonde littéralement la scène : « la lumière pleut » (image oxymorique), « le soleil [...] luit » (remarquez le rejet mettant ainsi le verbe en valeur), le val « mousse de rayons ». Enfin, dans le dernier tercet, il nous est dit que le soldat « dort dans le soleil ». Cette image qui oppose la vie persistante de la nature à la mort du soldat nous rend cette dernière encore plus insupportable, scandaleuse.

Ce poème, même si on ne peut pas vraiment parler de poème engagé, évoque tout de même la mort d’un soldat pendant la guerre contre les Prussiens en 1870.

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