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Le Passeur

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C’est la deuxième fois que l’on me conseille de lire un livre de la collection Médium de L’école des loisirs (collection dont je ne sais pas grand-chose hormis qu’elle s’adresse aux élèves de 12 à 16 ans. Le catalogue est disponible ici). Ce sont d’heureux conseils parce qu’on y trouve de très bons livres. J’avais en effet apprécié No pasarán, j’ai beaucoup aimé Le passeur.

C’est un livre très facile à lire, mais simplicité ne signifie évidemment pas simpliste. Le livre repose d’ailleurs en partie sur toute une réflexion sur le langage. Comme le dit la quatrième de couverture, la guerre, la pauvreté, le chômage n’existent pas dans cette société qui a fait le choix de l’Identique (Je laisse le soin aux futurs lecteurs de découvrir et de définir la notion). Les individus qui composent cette société évoluent dans un univers duquel sont bannis tout choix, tout sentiment, toute liberté en somme. Dès lors, les problèmes n’existent plus et le langage est alors le reflet de l’idéologie d’une société pour laquelle l’euphémisme est un outil. Puisque nombre de maux comme la famine n’existent plus et que les gens sont maintenus dans l’ignorance qu’on ait jamais pu mourir de faim, celui qui utilisera une expression comme "mourir de faim" se verra admonesté puisque littéralement on ne meurt pas de faim. De plus, au nom de la précision du langage, on ne doit pas dire de telles choses, la précision du langage étant une précision normative, la censure d’une réalité cachée ou d’un passé nié, une sensure pour reprendre le néologisme de Bernard Noël. On évacue également tout ce que les mots peuvent véhiculer sémantiquement et affectivement (tant le danger de l’émotion doit disparaître). Soit leur référent n’existe plus, soit le mot évince une notion trop forte qu’on s’est efforcé de masquer (le doudou est ainsi désigné par l’expression "objet de bien-être"). On comprendra aussi rapidement ce que peut signifier "l’élargissement".

Le roman crée un véritable malaise. On est tout d’abord étonné de l’acceptation passive de toutes les règles qui régissent absolument tout par les individus de cette communauté. J’ai ressenti, au reste, le même malaise qu’en voyant Le voyage de Chihiro. On retrouve, à la fin, le thème de l’enfant livré à lui-même. Je ne veux pas dévoiler le roman.

Il reste enfin à déterminer le genre du livre. A-t-on un roman de science-fiction ? Un roman d’anticipation ? Cette dernière hypothèse ne me semble pas infondée. Les thèmes ressassés de pensée unique, de nivellement par le bas (thèmes qui, personnellement, me hérissent le poil) invitent à penser qu’une telle société (celle du roman est évidemment poussée à l’excès) n’est pas impossible. La mondialisation peut aussi signifier l’unité de notre monde. Le livre offre ainsi sur le bonheur de la différence.

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