Quelques jeux littéraires

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I - Jeux courts

1 - Le pangramme

Il s’agit d’écrire des phrases qui contiennent toutes les lettres de l’alphabet :

Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume.
Voyez le brick géant que j'examine près du wharf.

2 - L'acronyme

Un acronyme est un mot formé des premières lettres de chaque mot qui le composent (DVD, TGV... ). Le jeu consiste à détourner ces acronymes pour leur faire dire autre chose d'amusant.

USA = Usine de Suppositoires Atomiques
EDF = Élève Définitivement Feignant
CD = Couille Droite (Je précise que c'est une citation d'élève)
GDF = Gaz des fesses

Entraînez-vous avec ces acronymes : GIGN, FBI, COD, COI, OVNI, SOS, URSS, TVA...

3 - L’anaphrase

Une anaphrase est une phrase contenant des anagrammes :

Le CATCHEUR CHARCUTE son adversaire.
Ces LIMEURS ne sont pas du genre à SIMULER.

Trouvez les autres :

En CHINE, chaque ... a sa ... .
La RELIGION inventa le concept de péché ... .
Le GRISET s'est fait attaqué par des requins ... .
Selon père MARCEL, ça va la ... d'aller au CARMEL !
Les problèmes de GNOSIE, ça se ... !

En CHINE, chaque CHIEN a sa NICHE.
La RELIGION inventa le concept de péché ORIGINEL.
Le GRISET s'est fait attaqué par des requins TIGRES.
Selon père MARCEL, ça va la CALMER d'aller au CARMEL !
Les problèmes de GNOSIE, ça se SOIGNE !

4 - La contrepèterie

C’est une inversion de lettres ou de syllabes d’un ensemble de mots qui donne à la phrase un sens nouveau et amusant, souvent grivois :
Femme folle à la messe = femme molle à la fesse (Rabelais)

Les lettres en caractère gras vous aideront à trouver les contrepèteries :

Goûtez-moi cette farce ! (Rabelais)
Cette femme est une lieuse de chardons. (Rabelais)
L’affreux Brutus est entré dans les Annales.
Claudel, voilà une chose qui me fait bien prier.

Cette fois, il faut trouver tout seul :

Le vieil artisan tisse en plusieurs passes.
Le vaincu de son cœur. (Hugo)
Couper les nouilles au sécateur.
La cuvette est pleine de bouillon.

II - Jeux longs

1 - Le cadavre exquis

Sur un bout de papier plié, les élèves écrivent chacun à leur tour un élément d'une phrase sans savoir ce qui a été écrit précédemment. Les rôles sont préalablement définis avant rédaction de la phrase. L'un écrira un groupe nominal sujet, le suivant une épithète, le suivant un verbe transitif et le dernier un groupe nominal COD. On peut inverser les rôles ou changer les constituants de la phrase ou même en ajouter s'il y a plus de 4 joueurs.
Le jeu s'appelle ainsi car les surréalistes ayant joué pour la première fois à ce jeu ont trouvé la phrase Le cadavre exquis boira le vin nouveau.

Dans le même ordre d’idée, un autre jeu surréaliste propose d’écrire d’une part une proposition commençant par « si » ou « quand », et d’autre part une proposition au conditionnel ou au futur sans lien avec la précédente. Puis, sans choisir, on ajuste deux à deux les résultats obtenus :

Si tous les chevaux avaient pour fers des aimants (André Breton)
Le cœur des amants cesserait de battre. (Robert Desnos)

Quand les oiseaux nageront (Louis Aragon)
La moule fera preuve d’énergie. (André Breton)

Si les fortifications étaient meublées de quelques beaux divans rouges (André Breton)
Le téléphone garderait indéfiniment l’image de nos pensées. (Benjamin Péret)

Si la canaille pouvait dire son mot (André Breton)
Les mendiants seraient enterrés dans la basilique Saint-Denis. (Pierre Unik)

Quand on reportera des armures (André Breton)
On ne parlera plus que par proverbes. (Pierre Unik)

2 - S + 7

Jeu consistant à réécrire un texte en remplaçant chaque nom, adjectif et verbe par le septième dans le dictionnaire.

Ce jeu a été inventé par Raymond Queneau qu’il a illustré en réécrivant « La Cigale et la Fourmi », ce qui a donné « La cimaise et la fraction ». Le nom « cimaise » est donc le septième nom trouvé dans le dictionnaire après « cigale », etc.

3 - Le lipogramme

On écrit un texte en s'interdisant d'utiliser une certaine lettre.
Ce jeu impose une utilisation intensive du dictionnaire afin de chercher des synonymes permettant d'exprimer ce que l'on a à dire sans utiliser la lettre interdite.
L'exercice est très difficile avec la voyelle e ou encore a très utilisées. On peut en revanche commencer avec des voyelles moins fréquentes comme le i voire le o, mais cela reste une tâche ardue.
L'exemple le plus célèbre est celui de Georges Pérec dont le roman La Disparition est écrit sans la lettre e.

4 - Le verlan

Il s’agit de réécrire une fable ou un poème en inversant les syllabes des mots dissyllabiques. Voici le premier vers de la fable « Le Corbeau et le Renard » :

Maître Beaucor sur un arbre chéper...

Lire le texte complet « Le Beaucor et le Narreu »

5 - L'acrostiche

On prend un mot au hasard et chaque joueur rédige un poème dont le premier mot de chaque vers a comme initiale les lettres successives du mot en question.
On peut en trouver dans une strophe comme dans ce tercet du « Dormeur du val » ou encore dans tout un poème comme dans les ballades de Villon, comme celle-ci par exemple :

Voulez-vous que verté vous dire ?
Il n'est jouer qu'en maladie,
Lettre vraie qu'en tragédie,
Lâche homme que chevalereux,
Orrible son que mélodie,
Ne bien conseillé qu'amoureux.

Chaque première lettre de chaque vers forme le nom de l'auteur Villon.

6 – Les bouts-rimés

Le bout-rimé est un poème composé à partir de rimes choisies à l'avance. Ainsi, pour le poème ci-dessous écrit par Molière, les rimes « grenouille », « hypocras », « fatras », « quenouille », etc. ont été imposées. Il reste ensuite à écrire le poème :

Que vous m’embrassez avec votre grenouille
Qui traîne à ses talons le doux mot d’Hypocras (1) !
Je hais des bouts-rimés le puéril fatras (2),
Et tiens qu’il vaudrait mieux filer une quenouille (3).

La gloire du bel air n’a rien qui me chatouille ;
Vous m’assommez l’esprit avec un gros plâtras (4) ;
Et je tiens heureux ceux qui sont morts à Coutras (5),
Voyant tout le papier qu’en sonnets on barbouille.

M’accable derechef (6) la haine du cagot (7),
Plus méchant mille fois que n’est un vieux magot (8),
Plutôt qu’un bout-rimé me fasse entrer en danse.

Je vous le chante clair, comme un chardonneret (9) ;
Au bout de l’univers je fuis dans une manse (10).
Adieu, grand Prince, adieu ; tenez-vous guilleret.

Évaluation des bouts-rimés :

Les rimes choisies à l'avance ont été utilisées = 2 points
Les rimes sont correctes = 2 points
La disposition des rimes est correcte (abba, abba, etc.) = 2 points

Le poème est un sonnet = 2 points
Les vers sont des alexandrins = 2 points

Le texte est correctement ponctué = 2 points
Il n'y a pas de fautes d'orthographe = 4 points

L'histoire est aussi cohérente que le permettent les rimes = 4 points


Notes :

1 - Hypocras : vin sucré et aromatisé (cannelle, vanille et girofle).
2 - Fatras : ensemble de diverses choses sans valeur (bazar, fouillis).
3 - Quenouille : tige de bois sur laquelle était enroulée la matière textile destinée à être filée.
4 - Plâtras : morceau de plâtre.
5 - Coutras : lieu d’une victoire remportée par Henri de Navarre en 1587.
6 - Derechef : à nouveau.
7 - Cagot : faux dévot ou descendant d’un lépreux.
8 - Magot : homme très laid.
9 - Chardonneret : petit oiseau coloré se nourrissant de graines de chardon.
10 - Manse : petit domaine féodal constituant une exploitation agricole.

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