{"id":997,"date":"2009-07-28T21:54:34","date_gmt":"2009-07-28T20:54:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ralentirtravaux.com\/le_blog\/?p=997"},"modified":"2013-04-13T13:13:14","modified_gmt":"2013-04-13T12:13:14","slug":"en-lisant-le-chateau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ralentirtravaux.com\/le_blog\/en-lisant-le-chateau\/","title":{"rendered":"En lisant Le Ch\u00e2teau"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.ralentirtravaux.com\/le_blog\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/kafka1.png\" rel=\"lightbox[997]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1305\" title=\"kafka\" src=\"https:\/\/www.ralentirtravaux.com\/le_blog\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/kafka1.png\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"298\" srcset=\"https:\/\/www.ralentirtravaux.com\/le_blog\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/kafka1.png 264w, https:\/\/www.ralentirtravaux.com\/le_blog\/wp-content\/uploads\/2009\/07\/kafka1-191x300.png 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/><\/a>J&rsquo;ai achev\u00e9 la (re)lecture du <em>Ch\u00e2teau<\/em> de Franz Kafka il y a quelque temps, lecture qui m&rsquo;a inspir\u00e9 ces quelques notes qui valent ce qu&rsquo;elles valent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens de lire, plus exactement de relire, <em>Le Ch\u00e2teau<\/em> de Franz Kafka. Je disais \u00ab lire \u00bb parce que, plus de vingt ans apr\u00e8s la premi\u00e8re lecture que j\u2018ai faite de ce roman, c\u2019est un peu comme si je le d\u00e9couvrais pour la premi\u00e8re fois. Je me demande m\u00eame quelle lecture j\u2019avais pu faire de ce livre qui m\u2019avait plu \u00e0 l\u2019\u00e9poque. J\u2019\u00e9tais alors lyc\u00e9en, et j\u2019avais lu dans la foul\u00e9e <em>Le Proc\u00e8s<\/em> et <em>L\u2019Am\u00e9rique<\/em>. C\u2019est dire si \u00e7a m\u2019avait plu ! Pourtant, je ne peux pas dire aujourd\u2019hui que l\u2019\u0153uvre m\u2019ait plu. Je l\u2019ai trouv\u00e9e particuli\u00e8rement fascinante, particuli\u00e8rement ennuyante \u00e0 bien des \u00e9gards, mais dire que je l\u2019ai trouv\u00e9e plaisante, non.<br \/>\nEn revanche, l\u2019\u0153uvre a le charme des romans inachev\u00e9s ( je pense notamment \u00e0 <em>L\u2019Homme sans qualit\u00e9s<\/em> de Robert Musil ). Quand, au terme de plusieurs centaines de pages, on lit ces mots (\u00ab mais ce qu\u2019elle disait\u2026 \u00bb), quand on comprend que ce sont les derniers, et que ceux qui manquent contiennent peut-\u00eatre la clef sinon du roman du moins de son sens ( selon la double acception du terme, vectorielle et s\u00e9mantique, disait un mien professeur ), on est saisi de vertige au bord de ces points de suspension. C\u2019est un peu le contraire de la nouvelle \u00e0 chute. Le plaisir de la r\u00e9v\u00e9lation vous est retir\u00e9, seules la r\u00e9flexion, la perplexit\u00e9 aussi prolongent votre lecture. D\u2019autant que le livre se pare d\u2019un autre charme : celui d\u2019avoir \u00e9chapp\u00e9 aux flammes. Il faut se r\u00e9jouir que Max Brod ne se soit pas conform\u00e9 aux v\u0153ux de l\u2019auteur, en ne br\u00fblant pas l\u2019\u0153uvre comme il l\u2019avait promis \u00e0 la mort de son ami.<br \/>\nPerplexe, on a alors envie de reprendre le livre. Curieux livre&#8230; Quelqu\u2019un a dit un jour d\u2019un roman que le soleil en \u00e9tait absent. Je n\u2019ai pas souvenir qu\u2019il s\u2019agissait du Ch\u00e2teau, mais je trouverais cela tout \u00e0 fait pertinent. On a le sentiment, tout au long de la lecture, d\u2019\u00eatre plong\u00e9 dans une p\u00e9nombre hivernale. On ne peut certes pas pr\u00e9juger de la structure du livre puisqu\u2019il est inachev\u00e9, mais le premier chapitre s\u2019ouvre sur une arriv\u00e9e nocturne : \u00ab Il \u00e9tait tard lorsque K. arriva. Une neige \u00e9paisse couvrait le village \u00bb. Quelques lignes apr\u00e8s, le protagoniste s\u2019endort : \u00ab Il faisait chaud, les paysans se taisaient, il les regarda encore un peu entre ses paupi\u00e8res fatigu\u00e9es puis s\u2019endormit \u00bb. \u00c0 la fin, K. \u00e9prouve un irr\u00e9sistible sommeil (\u00ab [\u2026] il n\u2019avait jamais d\u00fb conna\u00eetre de fatigue aussi affreuse que celle dont K. souffrait en ce moment \u00bb, p. 752). L\u2019avant-dernier chapitre est intitul\u00e9 \u00ab L\u2019heure du r\u00e9veil \u00e0 l\u2019h\u00f4tel \u00bb. Et encore ne sommes-nous pas totalement s\u00fbr que K. soit totalement \u00e9veill\u00e9. Le chapitre suivant ne s\u2019ouvre-t-il pas sur cette phrase \u00ab Lorsque K. se r\u00e9veilla, il crut d\u2019abord n\u2019avoir pas dormi [\u2026]\u00bb (p. 780) ? La derni\u00e8re page montre K. se laissant \u00ab conduire dans la nuit \u00bb (p. 808). Tout se passe comme si le personnage principal &#8211; K. &#8211; menait une vie nocturne o\u00f9 les th\u00e8mes de la fatigue, de la nuit, du sommeil sont r\u00e9currents.<br \/>\nJe n\u2019ai \u00e9videmment pas l\u2019intention ni la pr\u00e9tention de me lancer dans une analyse du roman, ce ne sont que des impressions de lecture qu\u2019il faudrait infirmer ou confirmer, mais j\u2019ai le sentiment que Le Ch\u00e2teau rel\u00e8ve \u00e0 bien des \u00e9gards du r\u00e9cit de r\u00eave. De ce point de vue, l\u2019histoire est absurde comme dans tous les r\u00eaves. De nombreux exemples en t\u00e9moignent. Ainsi, certains personnages comme Klamm semblent changer d\u2019apparence : \u00ab On dit [\u2026] qu\u2019il n\u2019a pas le m\u00eame physique avant d\u2019avoir pris sa bi\u00e8re et apr\u00e8s, qu\u2019il change quand il dort, quand il veille, quand il parle, quand il est seul [\u2026]\u00bb (p. 671). \u00c0 la fin du roman, on apprendra que Frieda, la femme que K. aime, est un affreux laideron. Jamais elle n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9peinte ainsi. Enfin, K. est affubl\u00e9 de deux aides dont l\u2019un ( il s\u2019agit de J\u00e9r\u00e9mie, \u00e0 la fin du livre ) change lui aussi d\u2019apparence :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tu ne me reconnais pas ? demanda l\u2019homme, J\u00e9r\u00e9mie, ton vieil aide.- Ah ! dit K. [\u2026] Mais tu n\u2019es plus le m\u00eame ?- C\u2019est parce que je suis seul ! dit J\u00e9r\u00e9mie. Quand je suis seul, ma verte jeunesse m\u2019abandonne. (p. 727)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre exemple caract\u00e9ristique du r\u00eave : le protagoniste est bien souvent dans des situations embarrassantes ou absurdes comme il n\u2019en existe que dans les r\u00eaves : enivr\u00e9 de sommeil K. s\u2019avachit sur le lit du secr\u00e9taire d\u2019un fonctionnaire du ch\u00e2teau qui n\u2019en finit pas de gloser sur son m\u00e9tier. Au reste, c\u2019est encore ce secr\u00e9taire qui r\u00e9sume le mieux l\u2019histoire de ce livre lorsqu\u2019il dit \u00e0 K. : \u00ab Vous \u00eates donc un arpenteur sans travail d\u2019arpentage \u00bb (p. 754).Histoire absurde s\u2019il en est. K., un arpenteur appel\u00e9 au village pour effectuer des travaux, ne parvient pas \u00e0 les r\u00e9aliser ni m\u00eame \u00e0 commencer quoi que ce soit parce que l\u2019administration qui l\u2019a convoqu\u00e9 \u2014 quand elle se manifeste \u2014 nie d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre sa pr\u00e9sence, son emploi, la pertinence de sa pr\u00e9sence\u2026 En fait, K. a \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame sort que le messager Barnab\u00e9 qui doit en principe recevoir un costume officiel :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] au Ch\u00e2teau tout va toujours tr\u00e8s lentement et l\u2019ennui est qu\u2019on ne sait jamais ce que signifie cette lenteur ; elle peut signifier que l\u2019affaire suit la voie administrative, mais elle peut signifier aussi que rien n\u2019est encore amorc\u00e9, que l\u2019on veut par exemple \u00e9prouver Barnab\u00e9, et peut-\u00eatre m\u00eame que l\u2019affaire a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e, que la promesse a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e pour une raison ou pour une autre et que Barnab\u00e9 ne touchera jamais le costume. On ne peut rien savoir de plus pr\u00e9cis, tout au moins de tr\u00e8s longtemps. (p. 668)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, on ne sait jamais o\u00f9 en sont les choses et le roman raconte comment K. essaie vainement de les d\u00e9m\u00ealer affrontant une administration semblable \u00e0 Dieu en ceci qu\u2019elle est partout et nulle part. Pire encore, dans cette qu\u00eate pour prouver sa l\u00e9gitimit\u00e9, la vie de K. se confond avec son emploi :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jamais encore K. n\u2019avait vu son existence et son service aussi intimement m\u00eal\u00e9s ; ils l\u2019\u00e9taient si bien que parfois K. pouvait croire que l\u2019existence \u00e9tait devenue service et le service existence. (page&#8230; je ne sais plus)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9trange confusion dont l\u2019issue ne saurait \u00eatre heureuse. Cette confusion n\u2019en est d\u2019ailleurs pas une. Pour l\u2019administration, il n\u2019y a pas de \u00ab diff\u00e9rence entre le temps, le temps tout court, et le temps du travail \u00bb (p. 755) De toute fa\u00e7on, la confusion ou m\u00eame l\u2019erreur ne sauraient \u00eatre tol\u00e9r\u00e9es \u2014 ni m\u00eame surtout possible \u2014 par une administration toute puissante. C\u2019est ce qu\u2019explique le maire (qui lui aussi re\u00e7oit dans son lit). Ses explications constituent une sc\u00e8ne d\u2019anthologie. \u00ab Vous \u00eates engag\u00e9 comme arpenteur, ainsi que vous le dites, mais malheureusement nous n\u2019avons pas besoin d\u2019arpenteur \u00bb (p. 553) commence-t-il par dire. Puis il raconte :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a longtemps \u2014 \u00e0 cette \u00e9poque je n\u2019\u00e9tais maire que depuis quelques mois -, un d\u00e9cret vint, je ne sais plus de quel bureau, dans lequel on nous informait, de la fa\u00e7on cat\u00e9gorique qui est de r\u00e8gle chez ces messieurs, que nous devions engager un arpenteur et que la commune avait \u00e0 pr\u00e9parer tous les plans et dessins n\u00e9cessaires \u00e0 ces travaux. Ce d\u00e9cret ne peut naturellement pas vous avoir concern\u00e9, car la chose date d\u00e9j\u00e0 de bon nombre d\u2019ann\u00e9es [\u2026] (pp. 553-554)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, pour le maire, il ne saurait s\u2019agir d\u2019une erreur :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] nous avons donc r\u00e9pondu \u00e0 ce d\u00e9cret en remerciant et en disant que nous n\u2019avions pas besoin d\u2019arpenteur. Mais cette r\u00e9ponse ne semble pas \u00eatre revenue au bureau A \u2014 appelons-le A si vous voulez \u2014 mais, par erreur, \u00e0 un autre bureau, par exemple le bureau B. Le bureau A est donc rest\u00e9 sans r\u00e9ponse, et de son c\u00f4t\u00e9 le bureau B n\u2019a pas re\u00e7u la totalit\u00e9 de notre lettre ; soit que le contenu du dossier f\u00fbt rest\u00e9 chez nous, soit qu\u2019il se f\u00fbt perdu en route \u2014 pas au bureau, en tout cas, j\u2019en mettrais ma main au feu \u2014 il n\u2019arriva au bureau B qu\u2019une chemise portant pour toute indication que son contenu \u2014 \u00e9gar\u00e9 \u2014 avait trait \u00e0 la nomination d\u2019un arpenteur. Cependant le bureau A attendait notre r\u00e9ponse ; il avait bien des notes sur l\u2019affaire, mais, comme il arrive souvent et comme il est logique dans une administration qui fonctionne avec autant de pr\u00e9cision, le rapporteur se reposa sur la certitude qu\u2019il avait de nous voir r\u00e9pondre quelque jour, ensuite de quoi il e\u00fbt ou nomm\u00e9 l\u2019arpenteur ou, si besoin \u00e9tait, continu\u00e9 de correspondre avec nous. En cons\u00e9quence il n\u00e9gligea ses notes et finit par oublier totalement l\u2019affaire. Au bureau B la chemise arriva entre les mains d\u2019un rapporteur c\u00e9l\u00e8bre pour sa grande conscience, un Italien, il s\u2019appelle Sordini [\u2026] Ce Sordini nous renvoya naturellement le dossier vide pour le compl\u00e9ter. Mais depuis le premier \u00e9crit du bureau A, il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 bien des mois, pour ne pas dire des ann\u00e9es, et cela se comprend, car lorsqu\u2019une pi\u00e8ce, comme c\u2019est la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, prend le bon chemin, elle arrive \u00e0 destination dans les vingt-quatre heures et l\u2019affaire est r\u00e9gl\u00e9e le m\u00eame jour, mais si elle se trompe de route \u2014 et il faut qu\u2019elle y mette du sien \u00e9tant donn\u00e9 la perfection de l\u2019organisme, autrement elle n\u2019y arriverait pas \u2014 alors, \u00e9videmment cela peut durer tr\u00e8s longtemps. Aussi quand nous re\u00e7\u00fbmes la note de Sordini ne nous souv\u00eenmes-nous que tr\u00e8s vaguement de l\u2019affaire [\u2026] nous ne p\u00fbmes que r\u00e9pondre tr\u00e8s vaguement que nous ne savions rien de cette nomination et que nous n\u2019avions pas besoin d\u2019un arpenteur\u2026 (pp.556-557)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne peux poursuivre plus longtemps une si longue citation que je n\u2019ai faite que pour vous donner une id\u00e9e de la complexit\u00e9 administrative dans laquelle est prise K. (et puis cette logorrh\u00e9e administrative est fascinante). Encore ceci n\u2019est-il rien au regard de ce qui suit. Je r\u00e9sume. Sordini m\u00e8ne une mani\u00e8re d\u2019enqu\u00eate \u2014 d\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019erreur est exclue en raison d\u2019une pr\u00e9tendue perfection administrative \u2014 pour s\u2019occuper de l\u2019affaire. Les choses se compliquant encore, d\u2019aucuns en viennent \u00e0 penser que la nomination d\u2019un arpenteur est peut-\u00eatre n\u00e9cessaire (\u00ab C\u2019est ainsi qu\u2019une chose \u00e9vidente (nous n\u2019avions visiblement pas besoin d\u2019arpenteur) se vit tout \u00e0 coup discut\u00e9e \u00bb, p. 561). Mais, peut-\u00eatre, (il faudrait compter combien de fois cet adverbe ou un autre du m\u00eame sens appara\u00eet dans le roman) un fonctionnaire \u00ab a tranch\u00e9 la question \u00bb (p. 562), malheureusement, comme personne ne le sait, \u00ab l\u2019on continue \u00e0 discuter passionn\u00e9ment sur des affaires r\u00e9gl\u00e9es depuis longtemps [\u2026] on vous a envoy\u00e9 la convocation \u00bb (p. 562). En somme, K. a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 suite \u00e0 ce que personne ne veut reconna\u00eetre comme une erreur pour des travaux dont on ne sait s\u2019ils sont n\u00e9cessaires \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 K. n\u2019existait m\u00eame pas. Un autre fonctionnaire d\u00e9couvrant tout cela parvient \u00e0 mettre tout le monde d\u2019accord. Ils en concluent que les travaux d\u2019arpentage ne sont pas n\u00e9cessaires, et voil\u00e0 que K. appara\u00eet bel et bien engag\u00e9 comme arpenteur, lettre en main.<br \/>\nVoil\u00e0 tout l\u2019absurde de la situation. Or \u00ab Il est possible que l\u2019apparence r\u00e9ponde \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, dit le secr\u00e9taire B\u00fcrgel, p. 754. Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 ce fonctionnaire recevant K. dans son lit. \u00c0 de nombreuses reprises, il semble formuler certaines clefs sinon du livre du moins de l\u2019administration qui l\u2019emploie. Mais, la phrase elle-m\u00eame est sujette \u00e0 caution. La modalisation \u00ab Il est possible \u00bb, le subjonctif \u00ab r\u00e9ponde \u00bb montrent assez que nous sommes dans l\u2019univers des possibles, que rien n\u2019est jamais certain, jamais acquis. D\u2019o\u00f9 l\u2019abondance des adverbes modalisateurs que j\u2019\u00e9voquais plus haut. Ils sont tr\u00e8s utilis\u00e9s par le personnage d\u2019Olga dont la vie est un drame (\u00abprobablement \u00bb, p. 675, \u00ab peut-\u00eatre \u00bb, p. 676, \u00ab probablement \u00bb, p. 677). Que sait-on de s\u00fbr de cette administration d\u00e9mesur\u00e9e tout enti\u00e8re consacr\u00e9e \u00e0 ce petit village ? En fait, on ne sait jamais. Tout ce que j\u2019ai \u00e9crit plus haut est peut-\u00eatre enti\u00e8rement faux, je me suis peut-\u00eatre enti\u00e8rement fourvoy\u00e9, comme le personnage de K. toujours en porte \u00e0 faux. Alors qu\u2019il s\u2019attarde dans un couloir de l\u2019h\u00f4tel des Messieurs, il assiste \u00e0 la distribution chaotique de dossiers. Il lui sera reproch\u00e9 d\u2019avoir vu ce qu\u2019il a vu et d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 le responsable de ce chaos, comme s\u2019il avait commis une faute \u00e9norme. En permanence, K. est susceptible de transgresser des r\u00e8gles jamais \u00e9dict\u00e9es.<br \/>\nOr ce K. est d\u2019une politesse et d\u2019une d\u00e9f\u00e9rence extraordinaire tout au long de l\u2019histoire. Il faudrait une \u00e9tude des r\u00e9pliques de K. (elle existe peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0). Seuls les aides qui ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s \u00e0 son service semblent capables le faire enrager. Ce sont deux curieux personnages, ins\u00e9parables, lov\u00e9s l\u2019un contre l\u2019autre pendant leur sommeil, jouant en permanence, incapables de s\u00e9rieux.<br \/>\nOn ne saurait dire que K. est sympathique, mais on est amen\u00e9 \u00e0 prendre son parti dans cette invraisemblable histoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai achev\u00e9 la (re)lecture du Ch\u00e2teau de Franz Kafka il y a quelque temps, lecture qui m&rsquo;a inspir\u00e9 ces quelques notes qui valent ce qu&rsquo;elles valent. 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