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Évaluation

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Il était une fois un calife d'Ispahan qui avait perdu son cuisinier. Il ordonna donc à son intendant de se mettre en quête d'un nouveau chef digne de remplir les fonctions de chef des cuisines du palais.

Les jours passèrent. Le calife s'impatienta et convoqua son intendant.

— Alors ? As-tu trouvé l'homme qu'il nous faut ?

— Seigneur, je suis bien embarrassé, répondit l'intendant. Car je n'ai pas trouvé un cuisinier, mais deux tout à fait dignes de remplir ces hautes fonctions, et je ne sais comment les départager.

— Qu'à cela ne tienne, dit le calife, je m'en charge. Dimanche prochain, l'un de ces deux hommes désigné par le sort nous fera festoyer, la cour et moi-même. Le dimanche suivant, ce sera au tour de l'autre. À la fin de ce second repas, je désignerai le vainqueur de cette plaisante compétition.

Ainsi fut fait. Le premier dimanche, le cuisinier désigné par le sort se chargea du déjeuner de la cour. Tout le monde attendait avec la plus gourmande curiosité ce qui allait être servi. Or la finesse, l'originalité, la richesse et la succulence des plats qui se succédèrent sur la table dépassèrent toute attente. L'enthousiasme des convives était tel qu'ils pressaient le calife de nommer sans plus attendre chef des cuisines du palais l'auteur de ce festin incomparable. Quel besoin avait-on d'une autre expérience ? Mais le calife demeura inébranlable. « Attendons dimanche, dit-il, et laissons sa chance à l'autre concurrent. »

Une semaine passa, et toute la cour se retrouva autour de la même table pour goûter le chef-d'œuvre du second cuisinier. L'impatience était vive, mais le souvenir délectable du festin précédent créait une prévention[^1] contre lui.

Grande fut la surprise générale quand le premier plat arriva sur la table : c'était le même que le premier plat du premier banquet. Aussi fin, original, riche et succulent, mais identique. Il y eut des rires et des murmures quand le deuxième plat s'avéra à son tour reproduire fidèlement le deuxième plat du premier banquet. Mais ensuite un silence consterné pesa sur les convives, lorsqu'il apparut que les plats suivants étaient eux aussi les mêmes que ceux du dimanche précédent. Il fallait se rendre à l'évidence : le second cuisinier imitait point par point son concurrent.

Or chacun savait que le calife était un tyran ombrageux[^2], et ne tolérait pas que quiconque se moquât de lui, un cuisinier moins qu'aucun autre, et la cour tout entière attendait épouvantée, en jetant vers lui des regards furtifs, la colère dont il allait foudroyer d'un instant à l'autre le fauteur[^3] de cette misérable farce. Mais le calife mangeait imperturbablement.

Michel Tournier, Les Deux Banquets ou la commémoration, Gallimard, 1989.

Hérode le grand - Le massacre des Innocents (Santa Maria della Scala, Sienne)
Source

Travail sur le texte littéraire et sur l’image (50 points – 1 h 10)

Les réponses doivent être entièrement rédigées.

Grammaire et compétences linguistiques

  1. Expliquez la formation du mot « incomparable » (ligne 23) et dites quelle est sa signification. (5 points)

  2. « Or la finesse, l'originalité, la richesse et la succulence des plats qui se succédèrent sur la table dépassèrent toute attente. » (lignes 20 à 21)
    a) Relevez la proposition subordonnée relative. (2 points)
    b)Relevez le verbe de cette proposition. À quel temps est-il ? (2 points)
    c) Quel est l’antécédent du pronom « qui » ? (2 points)
    d) Quelle est sa fonction ? (2 points)

  3. « Grande fut la surprise générale quand le premier plat arriva sur la table, aussi fin, original, riche et succulent. » (lignes 31 à 32)

    Réécrivez cette phrase en la transformant au passé composé et en mettant « plat » au pluriel. (10 points)

Compréhension et compétences d’interprétation

  1. À quel genre littéraire appartient ce récit ? Justifiez votre réponse en donnant au moins trois indices. (4 points)

  2. Pourquoi le calife décide-t-il d’organiser une compétition ? En quoi consiste-t-elle ? (3 points)

  3. Quelles sont les réactions successives des convives durant les deux repas ? Justifiez vos réponses. (4 points)

  4. Le second banquet joue-t-il le rôle attendu ? Justifiez votre réponse. (2 points)

  5. Comment le texte présente-t-il le châtiment du second cuisinier comme inévitable ? (4 points)

  6. En quoi l’attitude du calife est-elle étonnante à la fin du texte ? (4 points)

  7. La représentation picturale du roi Hérode vous paraît-elle convenir au personnage du calife dans le texte de Michel Tournier ? Justifiez votre réponse. (6 points)

Dictée (20 minutes – 10 points)

Puis, une clameur s'éleva, où l'on distinguait les voix aiguës et les sauts de joie des enfants. Et il y eut une rentrée triomphale : Gervaise portait l'oie, les bras raidis, la face suante, épanouie dans un large rire silencieux ; les femmes marchaient derrière elle, riaient comme elle ; tandis que Nana, tout au bout, les yeux démesurément ouverts, se haussait pour voir. Quand l'oie fut sur la table, énorme, dorée, ruisselante de jus, on ne l'attaqua pas tout de suite.

Émile Zola, L’Assommoir (1877)

Rédaction (1 h 30 – 40 points)

Vous traiterez à votre choix l’un des sujets suivants :

Sujet d’imagination

À la fin du repas, le calife fait venir les deux cuisiniers devant la cour et demande au second cuisinier de s'expliquer. Après l'avoir écouté, le calife annonce sa décision et la justifie. Racontez cette scène en introduisant dans le récit les paroles échangées et en décrivant les réactions des différents personnages présents.

Sujet de réflexion

Pensez-vous que l’art consiste à créer quelque chose d’absolument nouveau ou au contraire à imiter les œuvres du passé ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur vos connaissances, vos lectures et sur votre fréquentation des arts de votre choix (musique, peinture, cinéma, chanson…).

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