Exercice : Le fantastique et le merveilleux

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Lisez les extraits ci-dessous et dites lesquels, selon vous, ressortissent au fantastique ou au merveilleux. Justifiez précisément vos réponses en vous appuyant sur le texte.

Extrait 1

Le petit chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre Village. En passant dans le bois elle rencontre compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un Loup, lui dit : « Je vais voir ma Mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma Mère lui envoie. » (« Le Petit chaperon rouge » de Charles Perrault)

Extrait 2

La plus grande partie de la terrible nuit était passée, et celle qui était morte remua de nouveau, - et cette fois-ci, plus énergiquement que jamais quoique se réveillant d'une mort plus effrayante et plus irréparable. J'avais depuis longtemps cessé tout effort et tout mouvement et je restais cloué sur l'ottomane, désespérément englouti dans un tourbillon d'émotions violentes, dont la moins terrible peut-être, la moins dévorante, était un suprême effroi. Le corps, je le répète, remuait, et, maintenant plus activement qu'il n'avait fait jusque-là. Les couleurs de la vie montaient à la face avec une énergie singulière, - les membres se relâchaient, - et, sauf que les paupières restaient toujours lourdement fermées, et que les bandeaux et les draperies funèbres communiquaient encore à la figure leur caractère sépulcral, j'aurais rêvé que Rowena avait entièrement secoué les chaînes de la Mort. (« Ligeia » d'Edgar Allan Poe in Histoires extraordinaires)

Extrait 3

L’heure de tierce était peut-être passée et on devait être aux alentours de midi quand j’aperçus l’arbre et la fontaine. Je sais parfaitement que l’arbre était le plus beau pin qui eût jamais poussé sur la terre. A mon avis, jamais une goutte de pluie, même s’il avait plu assez fort, n’aurait pu le traverser ; elle aurait plutôt coulé par-dessus. Je vis le bassin qui pendait à l’arbre ; il était de l’or le plus fin jamais vendu dans une foire. Quant à la fontaine, vous pouvez me croire, elle bouillonnait comme de l’eau chaude. Son perron, d’une seule émeraude percée comme une outre, était soutenu par quatre rubis plus flamboyants et vermeils que le soleil du matin se levant à l’orient. Je ne vous raconterai pas le moindre mensonge à ce propos, en toute connaissance de cause. Le spectacle merveilleux de la tempête et de l’orage me plut et, à cause de lui, je ne me considère plus comme quelqu’un de raisonnable, car je devrais me repentir sans tarder, si cela était possible, d’avoir arrosé la pierre percée avec l’eau du bassin. J’en avais trop versé, assurément, car je vis le ciel si déchiré qu’en plus de quatorze endroits les éclairs me frappaient les yeux alors que les nuées jetaient, pêle-mêle, pluie, neige et grêle. La tempête fut si mauvaise et si forte que je crus mourir cent fois de la foudre qui tombait autour de moi et des arbres qui se brisaient. Sachez que mon immense frayeur dura jusqu’à ce que le temps se radoucît. Mais Dieu me rassura bientôt car la tempête ne dura guère et tous les vents s’apaisèrent. (Yvain le chevalier au Lion de Chrétien de Troyes)

Extrait 4

Un prêtre, M. Bezuel, voit le fantôme de son meilleur ami d’enfance Desfontaines.

Je fus près de trois quarts d’heure à causer avec Desfontaines.
- Je vous ai promis, me dit-il, que si je mourais avant vous, je viendrais vous le dire. Je me noyai avant-hier à la rivière de Caen, à peu près à cette heure-ci ; j’étais à la promenade avec tels et tels, il faisait grand chaud, il nous prit envie de nous baigner, il me vint une faiblesse dans la rivière, et je tombai au fond [...]
Desfontaines me conta ensuite tout ce qui leur était arrivé dans la promenade, et de quoi ils s’étaient entretenus. J’avais beau lui faire des questions, s’il s’était sauvé, s’il était damné, s’il était en Purgatoire, si j’étais en état de grâce, et si je le suivrais de près, il continua son discours comme s’il ne m’avait point entendu et comme s’il n’eût point voulu m’entendre.
Je m’approchai plusieurs fois pour l’embrasser, mais il me parut que je n’embrassais rien. Je sentais pourtant bien qu’il me tenait fortement par le bras et que lorsque je tâchais de détourner la tête pour ne plus le voir, parce que je ne le voyais qu’en m’affligeant, il me secouait le bras, comme pour m’obliger à le regarder et à l’écouter. (« Des nouvelles de l’autre monde » d’Augustin Calmet)

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