Brunain et Blérain en français moderne

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Source : Wikipédia

Je vais vous raconter l’histoire d’un vilain et de sa femme.

Pour la fête de Notre-Dame, ils allèrent prier à l’église. Avant de commencer l’office (1), le curé vint faire son sermon (2). Il dit qu’il était bon de donner au Bon Dieu et que celui-ci rendait le double à qui donnait de bon cœur.

« Entends-tu, ma chère, ce qu’a dit le curé ? fait le vilain à sa femme. Qui pour Dieu donne de bon cœur recevra de Dieu deux fois plus. Nous ne pourrions pas mieux employer notre vache, si bon te semble, que de la donner au curé. Elle a d’ailleurs bien peu de lait.
- Oui, à cette condition, je veux bien qu’il l’ait, dit-elle. »

Ils regagnent donc leur maison, sans en dire davantage. Le vilain va dans son étable, et prend la vache par la corde. Il la présente à son curé. Celui-ci était fin et madré (3) :

« Cher sire, dit l’autre les mains jointes, en jurant qu’il n’a pas d’autres biens. Pour l’amour de Dieu, je vous donne Blérain. »

Vieille femmeIl lui a mis la corde au poing, et jure qu’elle n’est plus sienne.

« Ami, tu viens d’agir sagement, répond le curé dom Constant qui toujours est d’humeur à prendre. Retourne en paix, tu as bien fait ton devoir. Si tous mes paroissiens (4) étaient aussi sages que toi, j’aurais du bétail en abondance. »

Le vilain quitte le prêtre qui commande aussitôt qu’on fasse, pour l’apprivoiser, lier Blérain avec Brunain, sa propre vache.

Le curé les mène en son jardin, trouve sa vache, puis les attache l’une à l’autre. La vache du prêtre se baisse, car elle voulait paître. Mais Blérain ne le veut pas, et tire la corde si fort qu’elle entraîne l’autre dehors, et la mène à travers maisons, champs et prés si bien qu’elle revient enfin chez elle, avec la vache du curé qu’elle avait bien de la peine à tirer.

Le vilain regarde, la voit, et en a grande joie au cœur.

« Ah ! dit-il alors, ma chère, il est vrai que Dieu donne au double. Blérain revient avec une autre. C’est une belle vache brune. Nous en avons donc deux au lieu d’une. Notre étable sera petite ! »

Par cet exemple, ce fabliau nous montre que fou est celui qui ne se résigne (5) pas. Le bien est à celui qui Dieu le donne et non à celui qui le cache et l’enfouit. Nul ne doublera son avoir sans grande chance. C’est par chance que le vilain eut deux vaches, et le prêtre aucune. Tel croit avancer qui recule.

(Anonyme, XIIIe siècle)

Notes :

1 - L’ensemble des prières prononcées dans une église à différents moments de la journée.
2 - Discours prononcé durant la messe par un prêtre.
3 - Rusé malgré une apparence de simplicité.
4 - Fidèle d’une paroisse. La paroisse est la circonscription (le canton, la région) ecclésiastique où exerce un pasteur ou un curé.
5 - « Se résigner » signifie « accepter les choses telles qu’elles sont », « faire contre mauvaise fortune bon cour ».

Questions

Le vilain donne sa vache

1. Qu’est-ce qu’un « vilain » ?

2. Pour quelle raison le vilain veut-il donner sa vache au prêtre ? Est-ce vraiment par générosité ?

3. Pourquoi la vache revient-elle ?

4. Que croit alors le vilain ?

De qui se moque-t-on ?

5. De quel défaut le vilain fait-il preuve ?

6. Est-il le seul personnage ayant ce défaut ? Justifiez précisément votre réponse en vous appuyant sur le texte.

7. Quel objectif vise ce texte ? À nouveau, justifiez votre réponse en citant le texte.

8. À quel genre littéraire le dernier paragraphe fait-il penser ? Pourquoi ?

Vocabulaire

1. Donnez le sens que les mots « vilain », « bourgeois » et « clerc » avaient au Moyen Âge.

2. Donnez le sens actuel de ces mots.

3. Faites deux phrases contenant chacun des sens (médiéval et actuel) des mots « vilain », « bourgeois » et « clerc ».

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