La fête punitive

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Le supplice de l'écartèlement
Source : Wikipédia

Robert-François Damiens

Damiens (Wikipédia)Après avoir été torturé, le régicide Robert-François Damiens est condamné le 2 mars 1757 à « faire amende honorable devant la principale porte de l’Église de Paris », où il doit être « mené et conduit dans un tombereau, nu, en chemise, tenant une torche de cire ardente du poids de deux livres ». Il est ensuite conduit « à la place de Grève, et sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, brûlée de feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix résine brûlante, de la cire et soufre fondus et ensuite son corps tiré et démembré à quatre chevaux et ses membres et corps consumés au feu, réduits en cendres et ses cendres jetées au vent » (1).
La Gazette d’Amsterdam rapporte que l’exécution ne s’est pas déroulé comme on pouvait s’y attendre : « Enfin on l’écartela. Cette dernière opération fut très longue, parce que les chevaux dont on se servait n’étaient pas accoutumés à tirer ; en sorte qu’au lieu de quatre, il en fallut mettre six ; et cela ne suffisant pas encore, on fut obligé pour démembrer les cuisses du malheureux, de lui couper les nerfs et de lui hacher les jointures... »
En effet, « [...] on a été obligé de faire tirer les chevaux, savoir : ceux du bras droit à la tête, ceux des cuisses en retournant du côté des bras, ce qui lui a rompu les bras aux jointures. Ces tiraillements ont été répétés plusieurs fois sans réussite. Il levait la tête et se regardait. On a été obligé de remettre deux chevaux, devant ceux attelés aux cuisses, ce qui faisait six chevaux. Point de réussite.
[...]

Qui est Damiens ?
Cet homme a tenté d'assassiner le roi Louis XV. Il est le dernier à être écartelé légalement, en France, sous l'Ancien Régime.

Vocabulaire
1 - Qu’est-ce qu’un régicide ?
2 - Trouvez, dans le dictionnaire, d’autres mots finissant par « -cide ».
3 - Cherchez également le mot «grève». Donnez son origine.
4 - Qu’est-ce qu’un exécuteur ?
5 - Qu’est-ce qu’un échafaud ? Donnez un mot de la même famille.

Après deux ou trois tentatives, l’exécuteur Samson et celui qui l’avait tenaillé ont tiré chacun un couteau de leur poche et ont coupé les cuisses au défaut du tronc du corps, les quatre chevaux étant à plein collier ont emporté les deux cuisses après eux, savoir : celle du côté droit la première, l’autre ensuite ; ensuite en a été fait autant aux bras et à l’endroit des épaules et aisselles et aux quatre parties ; il a fallu couper les chairs jusque presque aux os, les chevaux tirant à plein collier ont remporté le bras droit le premier et l’autre après.
Ces quatre parties retirées, les confesseurs sont descendus pour lui parler ; mais son exécuteur leur a dit qu’il était mort, quoique la vérité était que je voyais l’homme s’agiter, et la mâchoire inférieure aller et venir comme s’il parlait. L’un des exécuteurs a même dit peu après que lorsqu’ils avaient relevé le tronc du corps pour le jeter sur le bûcher, il était encore vivant. Les quatre membres détachés des cordages des chevaux ont été jetés sur un bûcher préparé dans l’enceinte en ligne droite de l’échafaud, puis le tronc et tout ont été ensuite couverts de bûches et de fagots, et le feu mis dans la paille mêlée à ce bois. » (2)

Damiens devant ses juges (Wikipédia)
Source : Wikipédia

Notes :

1 - Pièces originales et procédures du procès fait à Robert-François Damiens (tome III, pages 372 à 374).
2 - Cité par A.L. Zevaes, Damiens le régicide (pages 201 à 214)

Le chevalier de la Barre

Le chevalier de la Barre
Source : Wikipédia

L’affaire commence par un acte de dégradation. Le 9 août 1765, la statue du Christ s’élevant sur le pont neuf d’Abbeville a été tailladée à plusieurs endroits par un instrument tranchant. L’émotion dans la cité picarde est immense car, selon l’Église catholique, par ce geste, c’est Dieu, et non pas seulement une statue, qui est frappé.

Qui a commis ce sacrilège ? Les rumeurs vont bon train mais, faute de preuve, il faut recourir aux interrogations pour réparer l’offense. Les curés incitent même à dénoncer le coupable lors des messes du dimanche. Finalement, l’enquête est menée par Duval de Soicour, lieutenant de police d’Abbeville, qui s’implique avec acharnement, n’hésitant pas à fournir de fausses accusations et de faux témoignages, et par le lieutenant du tribunal d’élection Belleval, qui est un ennemi personnel du chevalier de La Barre, depuis que sa tante, l’abbesse de Willancourt, a repoussé ses avances.

Intimidées, les personnes interrogées accusent le chevalier de La Barre et deux «complices» d’avoir chanté deux chansons libertines irrespectueuses à l’égard de la religion et d’être passés devant une procession en juillet 1765 sans enlever leur couvre-chef. Ils les accusent également d’avoir refusé de s’agenouiller lors du passage de cette même procession. Après dénonciation, une perquisition menée au domicile de La Barre amène à la découverte de trois livres interdits (dont le Dictionnaire philosophique de Voltaire) qui achève de le discréditer en dépit d’un solide alibi.

Vocabulaire :
1 - Qu’est-ce qu’un couvre-chef ?
2 - De quels mots «couvre-chef» est-il composé ?
3 - Mettez ce mot au pluriel.

Pensant être innocenté grâce aux relations de sa famille, le chevalier de La Barre ne prépare pas sa fuite, et il est arrêté le 1er octobre 1765. Malgré ses défenseurs, la condamnation aux galères obtenue en première instance est commuée en condamnation à mort. Le roi de France lui-même est sollicité, mais peu convaincu des arguments des défenseurs du chevalier, il lui refuse la grâce malgré l’intervention de l’évêque d’Amiens. (1)

Voici ce qu’écrit Voltaire au sujet de cette histoire :

« Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.
Ce n’est pas dans le XIIIe ou dans le XIVe siècle que cette aventure est arrivée ; c’est dans le XVIIIe. » (2)

Notes :

1 - D’après Wikipédia
2 - Dictionnaire philosophique (article Torture) de Voltaire

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