Le train

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La Gare Saint-Lazare (1877) de Claude Monet
La Gare Saint-Lazare (1877) de Claude Monet
Source : Wikipédia

Jacques est mécanicien et conduit la locomotive qu'il a affectueusement nommée la Lison. Il est accompagné de Séverine, qui a tenu à faire le voyage ainsi.

La nuit tombait, Jacques redoublait de prudence. Il avait rarement senti la Lison si obéissante ; il la possédait, la chevauchait à sa guise, avec l'absolue volonté du maître ; et, pourtant, il ne se relâchait pas de sa sévérité, la traitait en bête domptée, dont il faut se méfier toujours. Là, derrière son dos, dans le train lancé à grande vitesse, il voyait une figure fine, s'abandonnant à lui, confiante, souriante. Il en avait un léger frisson, il serrait d'une poigne plus rude le volant du changement de marche, il perçait les ténèbres croissantes d'un regard fixe, en quête de feux rouges. Après les embranchements d'Asnières et de Colombes, il avait respiré un peu. Jusqu'à Mantes, tout allait bien, la voie était un véritable palier, où le train roulait à l'aise. Après Mantes, il dut pousser la Lison, pour qu'elle montât une rampe assez forte, presque d'une demi-lieue. Puis, sans la ralentir, il la lança sur la pente douce du tunnel de Rolleboise, deux kilomètres et demi de tunnel, qu'elle franchit en trois minutes à peine. Il n'y avait plus qu'un autre tunnel, celui du Roule, près de Gaillon, avant la gare de Sotteville, une gare redoutée, que la complication des voies, les continuelles manœuvres, l'encombrement constant, rendent très périlleuse. Toutes les forces de son être étaient dans ses yeux qui veillaient, dans sa main qui conduisait ; et la Lison, sifflante et fumante, traversa Sotteville à toute vapeur, ne s'arrêta qu'à Rouen, d'où elle repartit, calmée un peu, montant avec plus de lenteur la rampe qui va jusqu'à Malaunay.

La lune s'était levée, très claire, d'une lumière blanche, qui permettait à Jacques de distinguer les moindres buissons, et jusqu'aux pierres des chemins, dans leur fuite rapide. Comme, à la sortie du tunnel de Malaunay, il jetait à droite un coup d'œil, inquiet de l'ombre portée d'un grand arbre, barrant la voie [...].

Et Jacques, ayant poussé la Lison pour lui faire franchir la rampe de Motteville, la laissa souffler un peu le long du plateau de Bolbec, puis la lança enfin, de Saint-Romain à Harfleur, sur la plus forte pente de la ligne, trois lieues que les machines dévorent d'un galop de bêtes folles, sentant l'écurie. Et il était brisé de fatigue, au Havre, lorsque, sous la marquise, pleine du vacarme et de la fumée de l'arrivée, Séverine, avant de remonter chez elle, accourut lui dire, de son air gai et tendre :

— Merci, à demain.

La bête humaine d’Émile Zola, 1890

Questions

Pour faire ce travail, vous pouvez utiliser différentes couleurs afin de souligner les passages demandés.

  1. Soulignez les indications de lieu. Combien en trouvez-vous ?
  2. Soulignez les indications de temps.
  3. Soulignez les passages qui indiquent le travail du mécanicien conduisant la locomotive. Y en a-t-il beaucoup ?
  4. En quoi consiste essentiellement le travail du mécanicien ?
  5. Soulignez les termes qui semblent montrer que la Lison est vivante.
  6. Comment appelle-t-on la figure de style qui semble donner vie à un objet ?
  7. En vous appuyant sur le texte, dites à quel animal la Lison semble être assimilé.

Évaluation

À ce moment, le train passait, dans sa violence d’orage, comme s’il eût tout balayé devant lui. La maison en trembla, enveloppée d’un coup de vent. Ce train-là, qui allait au Havre, était très chargé, car il y avait une fête pour le lendemain dimanche, le lancement d’un navire. Malgré la vitesse, par les vitres éclairées des portières, on avait eu la vision des compartiments pleins, les files de têtes rangées, serrées, chacune avec son profil. Elles se succédaient, disparaissaient. Que de monde ! encore la foule, la foule sans fin, au milieu du roulement des wagons, du sifflement des machines, du tintement du télégraphe, de la sonnerie des cloches ! C’était comme un grand corps, un être géant couché en travers de la terre, la tête à Paris, les vertèbres tout le long de la ligne, les membres s’élargissant avec les embranchements, les pieds et les mains au Havre et dans les autres villes d’arrivées. Et ça passait, ça passait, mécanique, triomphal, allant à l’avenir avec une rectitude mécanique, dans l’ignorance volontaire de ce qu’il restait de l’homme, aux deux bords, cachés et toujours vivaces, l’éternelle passion et l’éternel crime.

La bête humaine d’Émile Zola, 1890

Questions

  1. Recopiez la phrase puis soulignez les mots qui donnent l'impression que le train est un être vivant. (3 points)
  2. Comment appelle-t-on la figure de style qui semble donner vie à un objet ? (1 point)
  3. Relevez un verbe qui est répété plusieurs fois et dites combien exactement. (1 point)
  4. Comment l'auteur souligne-t-il la vitesse de ce train ? Relevez au moins deux exemples. (1 point)
  5. Comment exprime-t-il la violence du train ? Donnez au moins deux exemples. (1 point)
  6. Relevez les termes en rapport avec le bruit. (2 points)
  7. Quel impression se dégage de ce train ? Répondez en vous appuyant sur vos réponses précédentes. (1 point)
  8. Où va ce train ? Pour quelle raison ? (1 point)
  9. Quelle phrase montre que l'auteur voit ce train comme un signe inquiétant du progrès ? En lisant attentivement cette phrase, dites pourquoi. (2 points)
  10. Écrivez une suite de dix lignes maximum. (7 points)

Barème pour la suite

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