Ballade des Enfants sans souci

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Source : Wikipédia

Ils vont pieds nus le plus souvent. L’hiver
Met à leurs doigts des mitaines d’onglée (1).
Le soir, hélas ! ils soupent du grand air,
Et sur leur front la bise (2) échevelée
Gronde, pareille au bruit d’une mêlée (3).
À peine un peu leur sort est adouci
Quand avril fait la terre consolée.
Ayez pitié des Enfants sans souci.

Ils n’ont sur eux que le manteau du ver,
Quand les frissons de la voûte étoilée
Font tressaillir (4) et briller leur œil clair.
Par la montagne abrupte (5) et la vallée,
Ils vont, ils vont ! À leur troupe affolée
Chacun répond : « Vous n’êtes pas d’ici,
Prenez ailleurs, oiseaux, votre volée (6). »
Ayez pitié des Enfants sans souci.

Un froid de mort fait dans leur pauvre chair
Glacer le sang, et leur veine est gelée.
Les cœurs pour eux se cuirassent (7) de fer.
Le trépas (8) vient. Ils vont sans mausolée (9)
Pourrir au coin d’un champ ou d’une allée,
Et les corbeaux mangent leur corps transi (10)
Que lavera la froide giboulée.
Ayez pitié des Enfants sans souci.

ENVOI

Pour cette vie effroyable, filée
De mal, de peine, ils te disent : Merci !
Muse (11), comme eux, avec eux exilée,
Ayez pitié des Enfants sans souci !

Albert Glatigny, Le Parnasse contemporain

Notes :

1 - La mitaine est un gant qui laisse à nu les deux dernières phalanges des doigts.
2 - La bise est un vent sec et froid. On est échevelé quand on a les cheveux en désordre.
3 - Bataille au corps à corps, lutte.
4 - Être agité sous l’effet d’une émotion. Sursauter, tressauter.
5 - Escarpée, raide.
6 - Votre envol.
7 - S’armer, se protéger d’une cuirasse. Au sens figuré, se protéger, s’endurcir.
8 - La mort.
9 - Tombeau.
10 - Engourdi par le froid.
11 - Déesse de la poésie.

Questions

La forme du poème

1. Combien y a-t-il de strophes dans ce poème ?

2. Qu’est-ce qui distingue la dernière strophe des autres ?

3. Qu’ont pourtant en commun chaque strophe ?

4. Combien les vers comptent-ils de syllabes ? Comment les appelle-t-on ?

5. Examinez la première strophe, combien y a-t-il de rimes ? Comment sont-elles disposées ?

L’errance miséreuse

6. Relevez les différentes utilisations du verbe « aller » dans l’ensemble du poème.

7. Comment sont accueillis les enfants sans souci ? Trouvez quelques exemples.

8. Relevez tous les mots et expressions qui montrent la grande pauvreté des enfants sans souci.

9. Relevez le champ lexical de l’hiver.

10. Avec quel mot rime « filée » ? Combien de sons ces deux mots ont-ils en commun ?

11. Qu’est-ce qu’un « exil » ? Trouvez, dans le poème, un mot de la même famille. Quel autre personnage connaît également l’exil ?

Réécriture

Réécrivez ces vers en conjuguant les verbes à l’imparfait.

Vocabulaire

a - Qu’est-ce qu’un « souci » ?

b - Donner un verbe de la même famille que « souci ».

c - À quelle classe grammaticale appartiennent les mots « insouciance », « soucieusement » et « soucieux » ?

d - Que signifie l’expression « C’est le moindre de mes soucis » ? 

La ballade

La ballade désigne un poème du Moyen Âge dans lequel le poète évoque - le plus souvent - ses sentiments amoureux.

Comme le rondeau, la ballade est une forme poétique associée à la danse. Ballade vient du verbe baller qui voulait dire « danser » (il a la même origine que notre mot « bal »).

Une ballade est composée de trois strophes (des huitains) de huit (des octosyllabes) ou dix syllabes (des décasyllabes). Chaque strophe s’achève sur un refrain. Ces strophes comportent trois rimes (a, b, c).

Le poème se termine par une strophe de quatre ou cinq vers que l’on appelle l’envoi (possédant deux rimes), qui nomme le destinataire du poème (souvent, au Moyen Âge, un prince ou une princesse).

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