De la visite

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Lecture analytique des pages 137 à 150

Vendredi et Robinson
Source : Wikipédia

Le refus de la civilisation

Contrairement à ce que le lecteur aurait pu penser, Robinson ne profite pas de l’aubaine que représente l’arrivée du seul bateau durant les 28 années qu’il aura passées sur Sperenza. Il choisit de rester sur son île. Il ne veut plus rien à voir avec la civilisation (que les hommes venus avec le Whitebird représentent). Celle-ci l'écœure, à la façon du repas trop épicé qui lui est servi à bord du bateau.

Tout alors le dégoûte : la violence des hommes prêts à s'égorger ou à dévaster l'île pour ramasser les quelques pièces d’or qui jonchent le sol, la guerre qui a opposé les colonies anglaises de l’Amérique du Nord à l’Angleterre, la traite des Noirs.

Enfin, avec l'arrivée des hommes (et de leur calendrier), Robinson prend conscience du temps. Il comprend qu'il est désormais un homme de 50 ans, alors qu'en compagnie de Vendredi, il se croyait jeune. Il souhaite donc rester « fidèle à la vie nouvelle que lui avait enseignée Vendredi » (page 145).

La vie sauvage

Autrefois, Robinson voyait dans Vendredi un sauvage. Le mot est alors péjoratif. Il désigne un individu non civilisé dont le mode de vie est primitif, inférieur et dont on n’aurait rien à apprendre. Mais, à la fin du livre, le mot devient mélioratif. La vie sauvage est synonyme de joie, de liberté, de bonheur, de fraternité, de bonté. Ce sont alors les hommes civilisés qui paraissent sauvages. Leur cupidité, leur violence, leur racisme sont insupportables à Robinson. Celui-ci fut d’abord le « héros de la solitude », un « orphelin de l’humanité tout entière » et, grâce à Vendredi, il découvre la vraie vie (non sans avoir d’abord essayé de façonner Vendredi à son image).

Alors que le Robinson de Daniel Defoe voulait restaurer la civilisation perdue, le Robinson de Michel Tournier est tout entier tourné vers les promesses d’une nouvelle existence, promise par l’autre, par l’étranger. Le héros n'est donc pas Robinson mais le personnage secondaire de Daniel Defoe. D'ailleurs, le titre du livre le montre bien et la conjonction de coordination « ou » révèle que ce titre pourrait aussi être « la vie sauvage ».

Dans Le Vent Paraclet, Michel Tournier explique qu’il aurait voulu dédier ce livre « à la masse énorme et silencieuse des travailleurs immigrés de France, tous ces Vendredi dépêchés vers nous par le tiers monde, ces trois millions d’Algériens, de Marocains, de Tunisiens, de Sénégalais, de Portugais sur lesquels repose notre société et qu’on ne voit jamais, qu’on n’entend jamais, qui n'ont ni bulletin de vote, ni syndicat, ni porte-parole [...] Notre société de consommation est assise sur eux, elle a posé ses fesses grasses et blanches sur ce peuple basané réduit au plus absolu silence ».

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