Les figures de style

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Les figures de style sont parfois désignées, dans les manuels ou dans un questionnaire le jour du brevet, par l’expression procédé d’écriture. Cette expression montre que la figure de style est un procédé, une manière d’écrire, de dire les choses.
Plus précisément, ce procédé consiste à produire un effet particulier. Par exemple, dans le cas de l’euphémisme, on peut vouloir atténuer son propos pour ne pas choquer l’interlocuteur ; la métaphore marquera les esprits par une image particulièrement réussie ; ou encore, pour évoquer un dernier exemple parmi des centaines d’autres, la catachrèse exprime une réalité qui n’avait jusque-là pas de nom.

La liste ci-dessous n’est pas exhaustive. Il existe beaucoup d’autres figures de style, mais vous devriez au moins connaître celles-ci. Elles ont été classées selon un ordre permettant une compréhension progressive de la notion de figure.

La comparaison, la métaphore et la catachrèse ont déjà fait l’objet d’un cours.

Le chiasme

Ajoutez quelque fois, et souvent effacez (Nicolas boileau, Art poétique)

Cette figure fait apparaître les mots en un ordre croisé selon le schéma A B B A. Dans l’exemple ci-dessus, l’impératif du premier hémistiche Ajoutez (A) fait écho à l’impératif du deuxième hémistiche effacez (B). Entre les deux, on trouve les adverbes quelquefois (B) et souvent (B) :

Ajoutez quelque fois, et souvent effacez
ABBA

On remarquera que le chiasme est ici construit sur des antonymes, c’est-à-dire des mots de sens opposé (Ajoutez/effacez, quelque fois/souvent).

L’antithèse

Cette réunion d’antonymes s’appelle l’antithèse :

Elle est le mystère et la clarté, la grande énigme et la grande explication... (L'Île aux trente cercueils de Maurice Leblanc)

Dans cet exemple, mystère s’oppose à clarté, énigme à explication.

La personnification

La personnification consiste à attribuer à un objet ou à un animal des sentiments, des pensées, un comportement humains.

Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s'en excusa,
Disant qu'il ferait que sage
De garder le coin du feu [...] (« Le Pot de terre et le Pot de fer » de Jean de La Fontaine)

Dans l’exemple ci-dessus, les pots sont personnifiés puisque l’un propose à l’autre de faire un voyage.

L’allégorie

Souvent l’allégorie repose sur la personnification, non d’un objet ou d’un animal, mais d’une idée abstraite comme la fortune ou ici la mort représentée par un squelette ou une femme portant une faux pour faucher la vie :

- Ô homme ! murmura d’Avrigny ; le plus égoïste de tous les animaux, la plus personnelle de toutes les créatures, qui croit toujours que la terre tourne, que le soleil brille, que la mort fauche pour lui tout seul ; fourmi maudissant Dieu du haut d’un brin d’herbe ! (Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas)

On trouve de nombreuses représentations de la mort dans l’art pictural (voyez cette page).

La périphrase

Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ; (« Le crapaud » in La Légende des siècles de Victor Hugo)

Dans cet exemple, le crapaud est personnifié. Il regarde le soleil, mais au lieu d’être simplement nommé, le soleil est désigné par l’expression la grande auréole solaire. C’est ce qu’on appelle une périphrase : le mot (soleil) est remplacé par une expression (la grande auréole solaire).

La répétition

La répétition n’est pas forcément une maladresse. Elle est aussi un moyen de renforcer une idée comme dans l’exemple ci-dessous où la répétition (que l’on pourra définir comme étant la reprise d’un ou plusieurs mots) du participe présent tombant exprime la durée de la chute :

En même temps, Dantès se sentit lancé, en effet, dans un vide énorme, traversant les airs comme un oiseau blessé, tombant, tombant toujours avec une épouvante qui lui glaçait le coeur. (Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas)

L’anaphore

Si l’on répète un même mot à la même place (ici en tête de vers), on ne parle plus de répétition, mais d’anaphore :

Ce bras qu'avec respect toute l'Espagne admire,
Ce bras qui tant de fois a sauvé cet empire... (Le Cid de Corneille)

La métonymie

Toute la ville se laissa berner. (L’Odyssée d’Homère)

Lorsqu’on lit cette phrase, on comprend bien que ce qui est berné (trompé), ce n’est pas la ville elle-même, mais les habitants de la ville. Autrement dit, les habitants de la ville sont désignés par la ville. C’est ce qu’on appelle une métonymie.

On en utilise fréquemment. Lorsqu’on dit Boire un verre, on ne boit pas le verre, mais ce qu’il y a dedans. On a désigné le contenu par le contenant.

Il existe d’autres types de métonymies :

- quand on emploie la matière pour désigner l’objet qui en est fait : J’ai froid, je mettrais bien une petite laine.
- quand on désigne une chose par son lieu d’origine : Ce coulommiers est crémeux à souhait (le coulommiers est un fromage fabriqué à Coulommiers).
- quand on emploie l’instrument pour celui qui l’emploie : C’est lui, le premier violon (l’expression désigne non pas l’instrument, mais celui qui en joue).
- quand on emploie la cause pour l’effet : J’ai encore lu un Victor Hugo (en fait, c’est le livre de Victor Hugo qui est lu).

En somme, la métonymie est une figure de style qui consiste à désigner un objet (le fromage par exemple) par un autre objet (la ville qui le produit), mais qui possède un lien avec celui-ci.

La synecdoque

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur (« Demain dès l’aube », Victor Hugo)

Les voiles désignent évidemment les bateaux. Le procédé consiste à désigner un objet (le bateau) par une de ses parties (la voile). Si je dis J’ai besoin d’un toit, le mot toit est en fait mis pour une maison.

L’antiphrase

Quand on emploie un mot dans un sens contraire à celui qui lui est habituel, on a recours à l’antiphrase.

La large zébrure d’une vieille cicatrice courait d’un oeil au menton et, en contractant les chairs, elle avait relevé un côté de la lèvre supérieure : trois dents sortaient de la gencive. Une tignasse orange s’enracinait bas sur son front.
« Un Adonis, n’est-ce pas? ironisa l’inspecteur [...] » (« L’homme à la lèvre tordue » de Sir Arthur Conan Doyle)

Un Adonis désignant un jeune homme d’une grande beauté, l’emploi de ce mot est ici un trait d’humour, d’ironie.
Lorsque l’on félicite quelqu’un (Ah ! bravo !) qui vient de faire une bêtise, on fait une antiphrase. L’ironie - qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense pour se moquer - a souvent recours à l’antiphrase.

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