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La journée de la jupe

journee_jupeJe ne serai jamais en phase avec l’actualité cinématographique… avec quelque actualité que ce soit au reste.

Toujours est-il que j’ai vu La journée de la jupe. Ce n’est pas grâce aux cinémas qui ont choisi de boycotter le film, lequel a eu le mauvais goût de passer en avant-première sur Arte. Fi !

S’il était sorti en salle, je serais certainement allé le voir. Au lieu de ça, je l’ai téléchargé gratuitement. Il y en a — vous savez ceux qui crient au scandale, qui disent que les internautes c’est rien que des méchants — il y en a, dis-je, qui ont la comprenette un peu difficile…

Bon, je l’ai vu donc.
Eh bien, j’ai beaucoup aimé. En tant qu’enseignant d’abord.

On nous montre une école en dérive que l’incurie de ses responsables tant politiques (la ministre de l’intérieur — en pantalon celle-là-, le ministre de l’éducation, le grand absent du film) qu’administratifs (le principal), la démagogie et la pusillanimité de certains de ses enseignants entraînent vers la catastrophe. C’est sans concession. On se dit même que c’est trop au début, mais il faut dire que je n’ai pas eu le privilège d’enseigner dans un établissement de ce genre (je vais faire quelques libations et sacrifices, et je reviens de suite).

Et puis, j’ai aimé le rôle qu’incarne Isabelle Adjani. Cette actrice que l’on croyait oubliée et qui nous revient avec les disgrâces dues à son âge (c’est assez inélégant comme remarque, je sais) est magnifique. C’est le hussard noir du XXIe siècle, en jupe, affirmant sa féminité, sa laïcité et son professionnalisme jusqu’à la mort. C’est pour cela que les enfants — malgré la prise d’otage dont elle responsable — finissent par être de son côté , parce que c’est une femme bien, malmenée par la pratique d’un métier dont personne ne voudrait. Ce n’est pas un vulgaire syndrome de Stockholm.

Il y a le lieu aussi. Cela se passe sur une scène. Ce n’est pas une saynète de la vie ordinaire. On est dans le drame : une enseignante obtient malgré elle le pouvoir par le truchement d’une arme, pouvoir de faire cours, pouvoir de se faire entendre selon la double acception du terme, pouvoir de faire entendre les choses (qu’est-ce que l’école ? qu’est-ce que la laïcité ? qu’est-ce que la religion ?). Le cinéma révèle le théâtre du monde.

Peut-être y a-t-il in fine une jubilation de l’enseignant à en voir un autre obtenir enfin le silence, mais — chose drôle — même sous la menace d’une arme les élèves n’arrêtent jamais vraiment de parler.

 

Sur le site d’Arte, il y a 209 commentaires !

Je vais aller voir.

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